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Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé

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Prince de rien (Lukas R.)


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MessageSujet: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Jeu 1 Sep - 19:12


Généralement, le duc de Rainforth n'était pas un homme à se lever dès l'aurore. Il peinait à sortir de son lit, la tête embuée par des rêves qui avaient peuplé sa nuit généralement agitée. Comme il s'endormait tard, il traînait la patte dans sa chambre avant de se préparer et descendre. Même les rayons du soleil qui perçaient au travers des rideaux n'aidaient pas à le réveiller, écorchant sa vue plutôt qu'ils ne tiraient l'Ünik de son engourdissement. Calvin Murray, majordome émérite à la maison Rainforth depuis plusieurs années, n'avait jamais réussi à tirer son maître de ses torpeurs matinales. La seule solution était de laisser dans la chambre du noble une cafetière brûlante, bien remplie de café très serré, et d'attendre qu'il ne la consomme entièrement. Alors, et seulement après ce rituel étrange, il sonnait pour qu'on l'habille et descendait prendre son petit-déjeuner. Mais ce matin-là, il en alla d'une toute autre façon.

A six heures pétante, Lukas sonna à l'office. Tous, qui étaient déjà sur le pied de guerre depuis un moment, cessèrent leurs activités et tournèrent un regard éberlué vers le tableau des clochettes. Celle dont le battant tremblotait contre la robe dorée était bel et bien celle de la chambre de leur patron. Soucieux de ne plus entendre aucun bruit parmi ses bavards de subordonnés, Murray sortit de son bureau où il astiquait l'argenterie et demanda ce qui justifiait cet arrêt de travail inqualifiable. A peine un valet lui eut-il expliqué la situation qu'il arracha son tablier, jeta la pièce d'argenterie qu'il tenait dans les mains d'une servante, attrapa sa veste d'uniforme et se dirigea à l'étage rejoindre son maître. Bien qu'il ait monté les escaliers quatre à quatre à une vitesse folle, il frappa à la porte de chambre de son maître droit comme un « i », sans haleter ni prendre le temps de souffler un peu. Que pouvait bien signifier ce geste inhabituel ? Monsieur était-il malade ? Derrière la porte, la voix feutrée de l'intéressé l'invita à entrer. Il ne perçut rien d'anormal à son écoute. Il obéit et entra.
« Est-ce que tout va bien, Monsieur ? » s'enquit immédiatement le majordome.
Les rideaux avaient été tirés et la fenêtre ouverte afin d'aérer un peu les draps défaits, mais sagement dépliés sur le grand lit à baldaquins. La cafetière avait été bue, et il flottait dans la pièce une drôle d'atmosphère. Celle d'un homme éveillé depuis plus longtemps qu'il n'y paraissait.

« Bonjour Murray, répondit Lukas en haussant un sourcil.  
- Veuillez me pardonner Monsieur, articula le serviteur, un peu contrit. J'ai été si surpris de vous entendre sonner si tôt que je m'en suis oublié »
Lukas sourit et émit un petit rire amusé.
« Je ne suis pas à l'article de la mort. Cela vous rassure-t-il ?
- De grâce, ne parlons pas de malheur ! » éructa Murray, qui était définitivement un homme bien plus sensible que son apparence de brute épaisse ne laissait penser, surtout lorsqu'il était question de son employeur. Cependant, à bien observer Lukas, Murray constata qu'il avait déjà fumé plusieurs cigarettes et que ses jambes croisées s'agitaient nerveusement.
« Si je puis me permettre, Monsieur, je crains que le tabac de si bon matin ne soit pas très recommandable pour la santé.
- Il n'est pas dans mes habitudes de fumer aussi tôt, je vous l'accorde. Mais ce matin, j'en avais besoin. Comprenez que cela me détend. Sans cela mes nerfs m'auraient sans doute poussé par la fenêtre ».
Lukas passa une main lasse sur son visage. Sous ses paupières lourdes se dessinaient deux cernes plutôt bien marquées lorsqu'on y regardait de plus près. Murray poussa un soupire de soulagement, car il avait assemblé les pièces du puzzle et voyait alors le dessin que formaient l'ensemble de ces attitudes bizarres.
« Soyez certains que Lady Abberline ne manquera de rien lors de son séjour parmi nous » Lukas blêmit à l'évocation de ce nom « Tous les domestiques veilleront à cela, tout comme je superviserai personnellement les choses, et de très près.
- Je me sens autant en forme que ces jeunes nobles la première fois qu'ils sont présentés à la Cour, lâcha le duc sans grande pudeur – il savait bien qu'il était inutile de cacher quoi que ce fut à son majordome dans cette affaire, il était trop aisé de lire en lui. Je mourrai de honte si quoi que ce soit venait à lui déplaire ou à l'importuner.
- Votre grâce naturelle vous permettra toujours de retomber sur vos pieds si d'aventure vous aviez trop le vertige » affirma Murray en ramassant le plateau de la cafetière. Lukas leva les yeux au ciel, amusé par la remarque de son majordome, généralement bien avare en compliments.

Comme il était désormais sept heures, Lukas demanda à ce qu'on l'habille. Chemise blanche sur pantalon, gilet et cravate noirs, comme à son habitude. C'était d'une sobriété à toute épreuve, mais c'était ce qui seyait le plus à sa grande silhouette émincée. Quand le majordome lui tendit la canne sur laquelle il avait l'habitude de s'appuyer, Lukas la refusa. Sa vieille blessure au dos exigeait parfois qu'il s'appuie sur cet objet de sorte qu'il puisse se tenir droit sans trop de douleur, mais il ne souhaitait pas paraître sous ce jour malheureux cette fois-là. Il laisserait ce geste aux vieillards et ferait un effort. Il ne laisserait pas voir sa souffrance si elle survenait. Pas devant elle. Une fois préparé – bien que sa chevelure soit encore dotée de quelques épis indomptables –  Lukas attendit que huit heures sonnent. Murray sortit, appelé par ses obligations à l'office. Une fois que le tintement de l'horloge se fit entendre, il descendit dans la salle à manger afin de prendre son petit-déjeuner. Il descendit les escaliers et retrouva un valet au pied de l'escalier, près du gong qui sonnerait ce soir pour annoncer le dîner.

« Veillez bien à prendre grand soin de notre invitée, souffla le duc non sans quelque agitation, décidément bien stressé par ce qui l'attendait ce jour-là. Je tiens à ce qu'elle se sente le mieux possible, surtout après tous les tristes événements qu'elle a bravé »
Le valet opina et rassura son maître, avant de lui ouvrir la porte de la salle à manger. Lukas pénétra la pièce avec autant d'appréhension qu'un acteur montant sur scène.


Dernière édition par Lukas Rainforth le Sam 26 Nov - 17:14, édité 1 fois
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bliss


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Ven 2 Sep - 16:20


Bliss soupira. Ses larmes refusaient de couler à nouveau. L'enterrement était passé, le plus dur a été fait et son père avait encore trouvé à y redire. Bien qu'elle fut venu accompagné de Lukas, Duc de Rainforth, cela n'arrêta pas son paternel d'oser la fustiger une fois au manoir. Sous certains airs, il avait obligé la blonde à revenir au domicile familial qui, dorénavant, ne comptait plus que eux deux. Il voulait l'avoir près de lui, trouvant que pendant cette guerre, elle n'avait pas été assez sous... son contrôle. Elle était hors de porté et hors de sa vue, détails qu'il ne voulait pas laissé passer de la sorte.

Lorsqu'elle rentra de la cérémonie, cet homme n'attendit pas même le soir pour lui annoncer « Je vais te présenter de potentiels maris. » Mais Bliss, d'habitude pleine de courage et de hargne, était restée muette. Elle n'en voulait pas. Elle n'avait d'yeux que pour quelqu'un mais, actuellement, ces derniers pleuraient la perte d'un être cher. La seule personne faisant barrage à cette foule d'hommes désirant la main d'une sublime femme comme elle, était sa tante. Sa tantine adorée pour qui elle aurait donné sa vie s'il l'avait fallu. C'était elle sa vrai famille et non ce patriarche omnipotent. Mais voilà qu'elle n'était plus et la jeune femme se sentait atrocement seule, abandonnée de tous.
Ainsi, ses orbes turquoises complètement inondés se levèrent pour implorer son géniteur « S'il vous plait, laissez moi un peu de temps. » Et devant l'ampleur de la situation, il ne pu qu'accepter, se calmant par force.

Le lendemain, elle savait son père absent pour la journée. N'ayant jamais oublié ce que son tendre aimé lui avait proposé, elle ne pipa mot et en profita pour faire un petit paquetage. Pensant dormir déjà dès la veille, chez ce noble, toutes ses affaires étaient donc déjà chez lui, disposées dans une chambre. Ici, elle ne voulait récupérer que quelques souvenirs. Lorsqu'elle y pensa, elle se trouvait ridicule « Comme si cela allait m'être éternel... » Même ça... Même ça ne durerait qu'un temps et, un jour, elle devra en subir la séparation déchirante. Sa vie n'était faite que de ça et elle commençait à moins bien se remettre de ces épreuves. Pour le moment, penser à Lukas ne l'aidait pas. Elle le savait, il fallait qu'elle fasse le deuil, une fois fait, elle arriverait à se relever.

Bliss avait envie de pleurer. Elle toucha un petit bracelet avec son premier prénom inscrit dessus. Sa tante le lui avait fait faire, pour qu'elle cesse de dire à tout le monde qu'elle se nommait Bliss, justement. Aujourd'hui, elle le chérissait.
Finissant alors de remplir son petit sac rond et rigide, elle le fit porter à sa voiture pour qu'il soit chargé et prêt à partir. Encore une fois, sa femme de chambre tint à la coiffer de manière à ce que quelques mèches de devant ne soient tenues vers l'arrière et à l'apprêter, alors qu'elle n'avait même pas le moral d'y penser. Ce fut donc brillante mais terne qu'elle arriva dans la propriété du Duc de Rainforth en milieu de matinée.

Sur les coups de neuf heures trente, ce fut elle qui frappa à la porte. Elle avait une robe simple, sans volant, sans fioriture, tombante droite jusqu'à ses chevilles. Elle était légère, en flanelle de coton, presque transparente au soleil Des bottines à talons noires accompagnaient cette tenue très basique. Enfin... Basique aux yeux de la belle blonde. Car aucun de ses vêtements n'étaient "simple" en réalité. Evidemment, elle faisait tout pour être présentable, surtout aux yeux du Duc à travers lesquels elle voulait être impeccable, mais c'était une période creuse où elle faisait peu d'effort.

Dans la diligence, elle s'était focalisée sur l'homme qu'elle allait voir et chez qui elle allait vivre. Aucune appréhension au contraire, un brin d'impatience naquit. Enfin elle allait pouvoir se ressourcer, se reposer, prendre du temps pour elle. C'était tout ce qu'elle voulait après cette guerre et cette transition horrible vers la paix. Etre chez un homme pouvait être impensable à dire vrai mais ici, c'était tout ce dont elle avait envie. Juste se retrouver dans l'enceinte lui donnait un sentiment de fraîcheur.

Un serviteur, l'ayant accompagné, frappa à la porte pour ne pas qu'elle abîme ses jolies mains. Des questions idiotes fusèrent dans sa tête, elle se demanda si Lukas l'avait déjà vu les cheveux détachés, s'il allait la supporter pendant plusieurs jours, si elle ne le dérangeait pas, s'ils se souvenaient de quand ils étaient plus jeunes... La porte s'ouvrit en grand et un majordome l'accueillit sans même qu'elle n'ait eu besoin de se présenter « Lady Abberline... » Un petit sourire se fraya un chemin sur son visage quand il prononça son nom et son titre. Elle serait une lady lorsqu'elle sera mariée à un riche éminent. Du moins était-ce ce qu'elle pensait.

Curieusement, elle regarda les murs qui l'entouraient, laissant flotter un parfum de fleurs et de soie partout où elle passait. Peut-être était-ce comme cela que les gens la découvraient et la suivaient ? On l'emmena dans un petit salon, pour la faire patienter, le temps de l'arrivée du maître des lieux. Elle devait intervenir dans ses activités et vraiment, elle s'en voulait d'être si dérangeante dans son comportement qu'elle trouvait grossier.



Dernière édition par Bliss Abberline le Lun 5 Sep - 22:04, édité 1 fois
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Prince de rien (Lukas R.)


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Lun 5 Sep - 19:36


Etait-il nécessaire de préciser que Lukas avait à peine mangé ce matin-là ? Son estomac le préoccupait bien moins que les affaires de ce jour. Les portes de sa maison allaient s'ouvrir pour une visite qu'il redoutait bien plus que celle des Princes eux-mêmes, mais qu'il désirait aussi par dessus-tout. Celle de la personne devant qui, pour rien au monde, il ne voulait paraître faible ou misérable, maladroit ou imbécile. Depuis qu'elle était réapparue dans sa vie, il lui semblait que son quotidien avait repris des couleurs en nuance de pastel, belles mais fragiles, qu'il ne voulait pas voir s'effacer. Lorsqu'il fermait les yeux, il la voyait se dessiner, floue et délicate comme une aquarelle, souriant tendrement.
Lukas posa sa serviette de table et sortit de la salle à manger. Il ne pouvait rien avaler de plus, et sentait que s'il restait assis, il allait devenir fou. D'autant plus qu'il devrait veiller à ne pas paraître trop enthousiaste de la venue de la jeune lady, au vu des tristes circonstances qui la menaient chez lui. Elle avait perdu sa tante adorée lors de la guerre de la Purge dans des conditions atroces. Il avait vu sa peine, lorsqu'il s'était rendu chez elle comme un chenapan, et lors des funérailles où il l'avait accompagnée. Son aimée était restée digne et intègre, comme l'étiquette le préconise, mais tous savaient combien ces règles étaient un poids insupportable lorsque les cœurs étaient à ce point mis à l'épreuve. Mais elle avait surmonté cette épreuve, quoi qu'il lui en coûta. C'était absolument admirable de sa part. Lui se souvenait de l'époque où il avait perdu sa jeune sœur. Il avait sombré dans un désespoir tel que l'on avait tenté de l'évincer de l’Élite. Si certaines personnes n'avaient pas été là pour le sortir de sa torpeur, il ne savait pas ce qu'il serait advenu de lui.

Lukas marcha sans but dans son manoir pendant un moment avant finalement d'arrêter ses pas à la bibliothèque, le seul lieu qui l'apaisait vraiment lorsqu'il était contrarié. Il attendit là-bas en parcourant des ouvrages dont il ne retint rien jusqu'à ce qu'un valet vienne le chercher.
« Monsieur, Lady Abberline vous attend dans le petit salon » annonça-t-il, droit comme un piquet. Son maître se leva immédiatement et alla rejoindre son invitée au rez-de-chaussée. Sur le chemin il intercepta Murray et lui demanda de leur faire préparer un peu de thé. Une fois devant la porte du petit salon, il veilla à ce que personne ne le voit ou l'entende prendre une profonde inspiration. Il défroissa ses vêtements – si tant est que cela fut nécessaire – puis il posa sa main sur la poignée de la porte. Il frappa trois petits coups, et pénétra la pièce, adoptant l'allure la plus distinguée qu'on lui connaissait.
Il croisa son regard d'émeraude dès que sa tête passa le cadre de la porte. Aussitôt, un doux mais discret sourire se dessina sur son visage.
« Bonjour ma chère Bliss, dit-il avec tendresse. Il s'approcha d'elle afin de lui faire un baisemain. Je vous souhaite la bienvenue chez moi ».
Il lui proposa de s'asseoir sur l'un des confortables fauteuils du petit salon. C'était une pièce relativement petite pour un manoir de cette taille, ce qui la rendait intimiste. On y était plus facilement à l'aise quand dans la grande salle ou le salon principal. Lukas avait pensé qu'un tel cadre permettrait à Bliss d'être à l'aise plus facilement – en tout cas il l'espérait. Il prit place également, en prenant garde à ce que la nervosité ne s'empare pas totalement de lui. Une cigarette n'aurait pas été de refus, mais il était hors de question d'en fumer une à ce moment-là. Il devrait réserver cette activité pour les heures qu'il passerait dans son bureau pour les quelques temps à venir.

Tandis qu'ils se faisaient face, Lukas ne pouvait s'empêcher d'admirer la beauté éternelle de cette jeune femme. Elle était d'une grâce angélique, et d'une élégance à faire pâlir ces dames de la Cour. Vêtue d'une robe blanche comme la neige du matin, elle avait détaché ses longs cheveux blonds, qui tombaient le long de ses épaules comme des fils d'or. Jamais il ne l'avait vue ainsi, si naturelle et transparente. Et pourtant, jamais elle ne l'avait autant attiré que ce jour-là - ce qui n'était pas peu dire, quand on savait la place qu'elle occupait dans le cœur du jeune homme.
Malgré son air mélancolique - et quelque part peu à l'aise - elle était magnifique. Bien que pâle, bien que fatiguée, personne ne pouvait rester insensible devant un tel visage. Quand il la regardait dans les yeux, au fond de ses prunelles vertes comme des pierres précieuses, Lukas avait l'impression qu'elle se trouvait hors du temps et de l'espace, comme une idole sortie droit d'une légende pour embrasser l'humble vie Originaire. Plus il l'admirait, plus il sentait son coeur se gorger de sentiments doux et sincères à son égard. Il l'aimait, il l'aimait comme un fou. Et malheureusement, il devrait garder tout cela pour lui encore un moment. Derrière les frontières de la pudeur sociale, quand bien même bien des choses dans son comportements traduisaient son émoi.

Murray sortit brutalement Lukas de sa rêverie en toquant à la porte. Il entra quand il fut autorisé à le faire, les bras chargés d'un plateau sur lequel trônait deux tasses de thé. Alors qu'un valent l'accompagnant faisait le service, le majordome se racla la gorge comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'il voulait s'adresser à son maître, mais qu'ils n'étaient pas seuls.
« Les bagages de Lady Abberline ont été apportés dans la chambre d'argent, Monsieur.
- Très bien, ce sera tout Murray. Merci »
Dès que les serviteurs sortirent, Lukas poursuivit, sur un ton qui voulait ménager les émotions de son invitée.
« Je vous l'ai déjà dit par le passé, mais vous êtes ici chez vous. Vous pouvez rester autant de temps qu'il vous plaira. Que ce soit pour vous reposer, ou pour toute autre chose, la porte de mon manoir vous est ouverte, et mes domestiques à votre service ».

Il lui sourit, puis se tut. Comme il ignorait dans quel état psychologique la jeune femme se trouvait, il préféra ne pas trop parler pour le moment. La soûler d'un flot de paroles interminable était à éviter. Il se demandait cependant ce qui lui plairait de faire le temps qu'elle serait présente sur le domaine Rainforth. Cela ne le regardait sans doute pas. Tout ce qui comptait pour lui, c'était que Bliss se trouve à ses côtés. Et il se trouva bien égoïste de songer à de telles choses...
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bliss


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Mar 6 Sep - 9:38


Comme à son habitude, les yeux émeraudes de la princesse glissaient jusqu'à la petite fenêtre adjacente. Elle regardait le grand terrain vert à l'extérieur, dont l'herbe ondulait doucement sous le vent. Cette vision la calma légèrement, emmenant son cœur dans un autre monde. Elle entendait d'ici la brise qui agitait la nature et irrémédiablement, elle se revoyait, petite, chez sa tantine près de la marre.
Avant même que les larmes silencieuses ne montent, des coups discrets retentirent à la porte du petit salon. Bliss n'eut pas l'audace de se lever, ni même de bouger. Elle ne tourna pas la tête, jusqu'à sentir la présence de l'homme. A ce moment là, son instinct tout entier l'incita à agir, à se démener pour ne vivre dorénavant que pour lui.

Les orbes vertes de la jolie blonde, étudièrent l'objet des désirs sans sous-entendus. Quand il prononça son nom, s'arma de manières révérencieuses, elle esquissa le plus fin des sourires. Lukas était un homme charmant et personne ne la connaissait comme lui. Ils avaient, tout deux, une pudeur sacrée dans laquelle la princesse se plaisait pour le moment. Bien qu'il recelait une odeur de tabac froid, il était beau. Non de cette beauté brute lorsqu'on voit un homme... Il était plein de charme. On le voyait, on sentait sa présence. Aussi bien éduqué soit-il, on ne pouvait s'empêcher de tourner le regard pour voir le noir lui aller si bien. Il était longiligne, à la peau claire, créant un contraste qui rendait son port des plus fermes...
En réalité, elle avait envie de se jeter dans ses bras mais, au lieu de ça, elle le laissa prendre place dans un autre canapé, posant sur lui des yeux plein de tendresse. Bliss aimait cet homme, mais elle avait peur. Peur de faire un transfert. Que tout l'amour familial qu'elle ne pouvait dorénavant plus ressentir, elle le transmette à Lukas, superposant le sien, pour faire de ses sentiments un sac de nœuds indémêlable. Pourtant, il fallait qu'elle s'y attèle un jour.
En ce moment, son regard ne nouait que amour et tristesse. L'un pour son aimé, l'autre pour sa défunte tante.

Quand Lukas parla, elle se réveilla, comprenant qu'elle ne pouvait pas rester muette toute sa vie. Papillonnant quelques secondes, ses yeux finirent par s'animer un peu plus. Sans plus de manière, la blonde soupira mettant une main sur sa joue « Je... Lukas, je suis tellement gênée de vous imposer ma présence encombrante... Je ne vis presque plus ces derniers jours et je ne veux pas être une légende fantomatique dans votre manoir... » Le baisemain qu'elle reçut de ce Duc la fit esquisser un sourire. Elle aurait aimé qu'il l'étreigne un peu plus... Mais il ne fallait pas y penser « Je suis... » Bliss ne pu enchaîner, un hoquet de chagrin la saisit brutalement. Mettant cette fois-ci ses deux mains sur ses yeux, elle tenta de se contenir. Hors de question de pleurer devant Lukas une énième fois, il fallait qu'elle soit forte ! Un peu de nerf !
Les encouragements étaient bien inutiles « Je suis... tellement désolée... » Elle se sentait nulle. Bliss le forçait à recevoir une âme en peine... Elle aurait mieux fait de rester chez son père.

Une fois un peu plus calme, ayant sécher ses larmes, la comtesse pu prendre la parole de manière moins saccadée « Je suis perdue... Mon père, cet affreux tyran, veut tout vendre. De ma personne, jusqu'à à la maison de ma tante. Il se fiche de ce que je peux lui dire, de ce que je peux ressentir. La mort n'est pour lui qu'un procès quelconque et l'enterrement, une formalité. Je regrette qu'il m'ait forcé à rentrer même le temps d'une nuit. Je n'ai pas les armes contre lui, je ne sais pas me battre. Ni pour lui faire comprendre que je ne veux pas de ces maris, ni pour récupérer la maison de ma tante qui, pour lui, est devenue une charge supplémentaire. » Bliss leva les yeux vers Lukas. Dès qu'elle le regardait, elle désirait s'écouter, se laisser aller, se rapprocher de lui pour finir dans ses bras. Ils ne s'étaient jamais vraiment dit quoi que ce soit sur leur situation. Ils étaient secrets, même envers eux « Je vous remercie de ne m'avoir pas retenu pour rentrer chez mon père. Bien que ce ne fut pas ma destination première, il le fallait, pour mettre les choses au clair. Et je dois vous faire une confidence... Il ne sait pas que je suis ici et que je compte y rester. Je suis partie dès qu'il a quitté le manoir, pour ne plus jamais rentrer... »


Après un long moment de discussion sur son père, Bliss laissa un petit silence avant de dire « Parfois, je pense à nous. » Plus elle parlait, plus sa petite voix redevenait audible, normale « Pour ma part, j'estime avoir eu énormément de chance que de vous revoir à cette grande réception. C'était... Inespéré. » Ses doigts se tordirent doucement entre eux, sans pour autant s'agiter comme des mandibules « Je suis... particulièrement heureuse de vous avoir retrouvé, Lukas. » Alliant le geste à la parole, elle dégrisa sa petite mine endeuillée pour lui faire un sourire. Le genre de sourire qui pouvait se craqueler à tout moment mais pourtant, quand il était fait, était sincère. Oh, qu'elle l'aimait ! Et ça se voyait, ça transpirait. Sa petite voix claire chantait son nom dès qu'elle le prononçait et bien qu'actuellement, le moral était au plus bas, il était dans sa vie son petit souffle frais qui la maintenant éveillée. Bliss savait qu'elle en attendait beaucoup de son hôte et il ne pourrait surement pas lui apporter toute l'affection qu'elle demandait implicitement, dont elle avait besoin.

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Prince de rien (Lukas R.)


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Mer 7 Sep - 23:33


Bliss commença par s'excuser d'imposer sa « présence gênante » dans le manoir de Lukas. Comme à son habitude, elle se souciait avant tout des bonnes manières, du paraître en bonne société. Il ne répondit que par un hochement de tête indiquant qu'elle n'avait pas à s'en faire pour cela, mais Lukas nourrissait l'espoir de la débarrasser de ces principes encombrants lorsqu'elle était en sa présence. C'étaient là des choses bien suffisamment pénibles lors des sorties au grand jour pour qu'elle ne se les impose également dans un cadre intime ou familial. Fébrile comme un petit oiseau, elle tremblait légèrement. On pouvait lire sur son visage toute la peine, toute la fatigue du monde, et pourtant elle essayait encore d'honorer ses obligations de Lady. Bliss n'en avait certainement pas conscience, mais elle était d'une force que peu de gens égalaient.

Malgré tout, elle était à bout. Elle ne pouvait en supporter davantage. Quand le sel des larmes vint lui picoter le nez, elle s'excusa à nouveau. Désarmé, Lukas se précipita vers elle. Tant pis s'il était accroupi devant elle, tant pis si c'était inconvenant. Il serra sa main dans la sienne, silencieusement. Aucune parole de réconfort n'aurait su être plus éloquente que son geste et son regard en cet instant. Il était là pour elle, il ne la laisserait pas tomber. Elle pouvait se reposer, enfin. Et si elle éprouvait le besoin de pleurer, qu'elle verse des larmes, même toutes les larmes de son corps si cela pouvait un tant soit peu soulager son âme, si durement mise à l'épreuve récemment. Après quelques instants de sanglots, Bliss recouvra un peu son calme et commença à se confier à Lukas, d'une voix chevrotante et faible.
Ce qu'il entendit lui glaça le sang. Finalement, le monde d'Anathorey était peut-être tel que Fleya l'avait décrit lorsqu'il le lui avait expliqué. Froid, mécanique, sans amour. Quand la mort frappait une famille et la guerre tout un peuple, alors même que la paix n'était encore qu'à l'état d'un fragile équilibre, certains hommes ne songeaient qu'à leurs intérêts. Intérêts matériels et matrimoniaux, et le sort, plus malicieux que les démons, avait voulu que Lady Bliss Abberline compte dans sa famille un homme qui n'avait aucune considération pour elle. Cet homme qui avait balayé d'un revers de main le décès de la tante bien-aimée de sa fille, et qui ne songeait plus qu'à la marier à des inconnus, cet homme qui était son père, n'avait plus aux yeux de Lukas un quelconque droit d'être respecté par lui.

Comment osait-il ? N'avait-il jamais regardé sa fille dans les yeux ? N'avait-il jamais écouté le son de sa voix lorsqu'elle lui parlait ? Le duc savait combien il était difficile d'être une femme dans la haute société Ünik. Considérée comme de faibles et débiles créatures, les hommes avaient bien trop d'emprise sur elle. D'un point de vue juridique, il était difficile pour une femme d'hériter ou de gérer un domaine à l'égale d'un homme. Mais les pères aimants et les maris attentionnés accordaient au moins de l'attention à leurs filles et épouses, et les respectaient. Il semblait que Lors Abberline ne soit pas de cette trempe. Lukas en avait plusieurs fois entendu parler lors de soirées mondaines. Il était arriviste. Froid. Seul le statut social et la stabilité de son nom l'importait. A ses yeux, Bliss n'était qu'une marchandise pourvue d'une dot qu'il offrirait au meilleur parti. Penser à cet homme, qui régissait la vie de sa fille comme un comptable tiendrait son livre de compte, plongea Lukas dans une colère profonde.
Tandis qu'il sentait ses mâchoires se serrer à l'écoute du triste récit de sa compagne, il l'observa. Elle tremblait et se débattait avec ses sombres pensées. Et pourtant, elle déclara qu'il avait été nécessaire pour elle de retourner chez son père, de sorte qu'elle comprenne ce à quoi se résumait sa nouvelle réalité. Lukas n'avait pas l'étoffe d'un sauveur, ni d'un héros, et pourtant tout son cœur lui hurlait qu'il devait apporter son aide à Bliss, et une fois que cela serait fait, la garder près de lui pour toujours et à jamais, afin que plus jamais elle ne soit importunée de la sorte. Il s'arrogerait le droit de dire que sa vie lui appartenait, elle serait sienne et quiconque oserait l'approcher ou la toucher mériterait de mourir.

Il se sentit trembler un peu à son tour lorsque la belle Lady rappela à son bon souvenir cette soirée durant laquelle ils s'étaient retrouvés.
« Comment pourrais-je l'oublier » souffla-t-il. Il la revoyait, si belle, si merveilleuse, comme un ange de pureté au milieu de ce salon mondain grouillant de commères et de prétentieux. Elle lui avait sourit si sincèrement que ses yeux verts en avait brillé. Et lui, il s'était senti minuscule, puis grandi par cette manière si spéciale qu'elle avait de le regarder. Depuis ce jour il n'avait cessé de penser à elle, sans vraiment s'en rendre compte, jusqu'à ce qu'un jardin secret ouvre ses portes en son cœur et son esprit. Il l'y entendait chanter, dès qu'il fermait les yeux...
Il leva son regard sombre vers le visage de celle qu'il aimait. Elle était en train de sourire. C'était un sourire fatigué, mais il illuminait ses traits tirés par les sentiments obscurs qui la dévoraient depuis si longtemps. Lukas passa doucement une main sur la joue de la belle, et parla en la regardant droit dans les yeux.
« Je n'entendais pas vous laisser partir... » déclara-t-il d'une voix plus déterminée que jamais.
Sans réfléchir, il se laissa entraîner par un élan auquel il aurait voulu succomber bien plus tôt. Il avait suffit de tendre un peu ses jambes pour que cela arrive. Alors que ses doigts s'emmêlaient doucement dans la chevelure de Bliss, les lèvres de Lukas vinrent buter contre les siennes pour lui voler un baiser. C'était tendre et audacieux à la fois, pas de ces étreintes qui se contentent de dire « je t'aime ». Par ce geste, Lukas exprimait des désirs plus profonds, plus forts, de lier sa vie à celle de la jeune femme qui se trouvait face à lui. Bliss avait la peau douce, et son parfum était absolument enivrant. Il voulait s'en imprégner, qu'il pénètre chaque parcelle de son corps de sorte qu'elle le marque à jamais, qu'ils ne fassent plus qu'un. Il l'aimait Il était amoureux, amoureux fou de cette jeune femme. Aucun mot n'aurait su décrire le sentiment de plénitude et de plaisance qui l'emplissaient en cet instant... Il sépara leurs bouches après un moment, pour ajouter quelque chose qui éclaircirait sur son état d'esprit.
« Et aucun inconnu n'aura votre main. En tout cas pas de mon vivant. Je vous le promets... »

Il lui adressa à son tour un sourire, qui se voulut discret mais encourageant. Il luttait cependant pour que le remord ne le prenne pas de cours. En l'embrassant de la sorte, n'avait-il pas profité de la situation, de la faiblesse de Lady Abberline ? Mais qu'y pouvait-il. Cela faisait trop longtemps qu'il sentait ces sentiments lui brûler les entrailles... Un petit bruit sec derrière la porte se fit entendre, le tirant immédiatement de sa réflexion. Mais il reporta bien vite son attention sur sa belle.

Derrière la porte, fort justement, une petite femme de chambre avait plaqué sa main contre sa bouche. A force de coller son oreille contre la porte, elle n'avait pas vu qu'elle avait déséquilibré le guéridon juste à côté d'elle, trop concentrée pour écouter ce qui ce disait dans le petit salon.
« Bon sang Ivy ! Fais attention, tu vas nous faire repérer ! » murmura un valet mécontent qui se trouvait accroupi sous elle.
« T'es marrant, je suis dans une position pas très confortable à cause de toi, monsieur le curieux » répliqua ladite Ivy, en lui flanquant une pichenette sur le crâne.
- C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Qui voulait en savoir plus sur ce qui se passait entre la Lady et notre maître ?
- Chhht, j'entends rien ! »
Il n'y avait plus un bruit. Ivy recula et soupira profondément. Le valet, nommé James, se redressa à son tour et remis en place sa livrée. Ils échangèrent un regard complice.
« Résultat des courses ?
- Notre maître semble avoir des rivaux. Mais il n'entend pas la laisser lui échapper. Ça promet d'être très intéressant !
- Qu'est-ce que vous fabriquez ici, tous les deux ? »
Les deux jeunes domestiques furent pris d'un sursaut aussi brutal que violent à l'entente de cette voix caverneuse qui s'adressait à eux. Monsieur Murray, le très fidèle majordome de la maison Rainforth, se dressait face à eux, les mains jointes derrière le dos et le menton relevé. Aïe, songea Ivy, il a sa tête des mauvais jours...
« Vous mériteriez un blâme pour cette attitude aussi indigne qu'inqualifiable. N'avez-vous donc aucun respect pour la vie privée de Monsieur ? ».
Silence. Murray attendait une réponse. Il fronça les sourcils et serra les dents. Si James baissait les yeux comme s'il avait voulu rentrer sous terre immédiatement, Ivy poussa un soupire agacé.
« Murray, apprenez à péter un coup ! lança-t-elle avec insolence. Z'êtes tout pâle ! »

L'instant d'après, elle et James couraient dans le manoir pour échapper à la colère du majordome. Au même moment où Lukas se dit qu'il ferait mieux de prévenir Bliss de ce que la maison était généralement très... animée.

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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Mar 13 Sep - 18:22


Ça ne faisait que quelques minutes qu’elle était là. Moins d’une dizaine, mais déjà cela se ressentait sur son état d’esprit et son bien-être. Elle se sentait démunie d’une enclave à laquelle elle ne pensait pas échapper. Juste la présence du Duc faisait, autour de son coeur en sang, un bouclier qui la protégeait. Elle souffrait moins, ne culpabilisait plus, elle osait… penser à autre chose. La princesse voulait continuer de vivre, honorer la mémoire de sa tante à travers cette vie pleinement vécue et, inconsciemment, elle comptait sur Lukas pour l’y aider. Bliss avait une pleine connaissance de l’effet psychologique de transfert affectif qu’elle faisait, mais elle s’en fichait. Elle le mettait dans un côté de sa tête et n’y pensait plus. Ce qu’elle constatait c’était l'apaisement évident de toutes ses souffrances. Et, en cet instant, elle se serait damnée pour ça.

Lors du soubresaut d’un énième sanglot, qu’elle ne voulait pas faire subir à celui qu’elle chérissait en silence, Bliss se renferma. Mais Lukas balaya ses défenses d’un revers de la main, faisant voler en éclats la tour d’ivoire dans laquelle elle était en train de se sceller involontairement. Il exécuta un de ses désirs secrets, celui de la toucher. Celui de lui prodiguer un baume de soin à base de douceur et d’empathie. Il lui prit la main, dans un geste de tendresse qu’elle apprécia à sa juste valeur. Elle savait combien les codes dictaient des règles, et comment les outrepasser pouvait être risqué. Mais ici, personne ne les regardait. Ils étaient deux divergents de cette société qui vivait tant bien que mal. Alors comme chez elle, dans son petit salon intimiste, elle prit cette main. De ses doigts fins, frais, Bliss attrapa son poignet pour venir poser sa paume contre sa joue. Près de son visage, elle sentit l’odeur de la cigarette… Une odeur qu’elle associait immédiatement au Duc et qui, depuis maintenant leurs retrouvailles, elle appréciait. Bien que le tabac froid avait quelques émanations qui pouvaient procurer des réluctances, Bliss s’en accommoda sans mal. Elle préférait ce charme à celui de sa maison, de son père, de tout ce qu’elle connaissait et qui pouvait lui rappeler le passé.

Lorsque leur peau se toucha, elle ne put plus le cacher et, en effet, elle pleura à nouveau. Les yeux fermés, honteuse, sa poigne serra d’une petite force de jolie dame, le poignet du Duc « Je... » C’était difficile. Les hoquets de tristesses faisaient trembler sa voix, coupaient sa gorge, et les sons se faisaient désirer « Je suis Elizabeth Bliss Abberline, celle que vous avez élevée et que vous avez aimée. Puissiez-vous trouver le repos que vous méritez. Je ne vous oublierai jamais, ma tante. » A l’enterrement, elle n’avait pas pipé mot. Son père avait fait un discours élitiste plein d’apparats, mais elle… Elle n’avait rien dit. Pas de merci en réponse aux condoléances et pas d’adieu. Ses lèvres ne s’étaient pas ouvertes. Elles n’avaient jamais voulu s’ouvrir…
Mais cette frustration, cette peine, il fallait qu’elle l’expulse. Qu’elle fasse le deuil, une bonne fois pour toutes. Lukas jouait un rôle crucial. Elle ne lui demandait rien, mais attendait beaucoup de lui.

Maintenant, les problèmes de Bliss étaient tout autres. Il fallait qu’elle se marie rapidement si elle ne voulait pas que son père le fasse à sa place. Sauf qu’elle ne voulait pas précipiter les choses. Ni avec Lukas ni avec… quiconque. C’est subtil, plein de pudeur. Sa relation avec le Duc n’avait pas encore dépassé un certain stade, bien qu’elle l’aurait voulu, qu’elle le souhaitait même fortement. Mais il fallait qu’elle gère toutes ses émotions et dans un tel état de fragilité, c’était impensable.

Depuis le début, le Duc resta muet comme une tombe. Il ne parlait pas, ne répondait à aucune de ses phrases. Bliss se sentit très seule dans son discours. Pourtant, les yeux du brun parlaient pour lui. Tantôt la tristesse, tantôt la colère, elle voyait en cet homme combien il la chérissait. La douceur de ses actes… Alors que ses pensées étaient rouges de rage… Il arrivait à allier tellement de choses. Elle l’admirait profondément.

Lors de l’évocation de la soirée où ils s’étaient revus, les mêmes émotions jaillirent. La joie, le bonheur, la sincérité… Elle avait cet homme en estime et quand Bliss apprit la nouvelle que, finalement, il n’était pas mort, elle dut être la plus heureuse des deux. La jeune femme aimait sa voix. Elle aimait tout de lui, sans conteste, mais le son grave de ses cordes vocales avait le mérite de la faire chanceler. Il avait une manière de dire les choses et elle de les ressentir. Ça créait la complémentarité qui exista par la suite.

Bliss acceptait tout ce qu’il disait, bien qu’elle fut surprise par certains de ses mots. Elle découvrait un Lukas possessif, qui chérissait cette femme bien plus qu’elle ne le pensait. La blonde pensait être la seule, tourmentée d’un amour inconditionnel, mais il n’en était rien. La main de l’homme qui était sur sa joue glissa pour venir agripper doucement ses cheveux, fourrager dans les ondulations de la princesse. Surprise et muette par ce geste, elle se laissa faire dans un premier temps. Ce qu’elle désirait se réalisait, encore et toujours. Il n’arrêtait pas de la combler, de pallier à cette frustration. Eut-elle besoin de deux secondes pour s’en remettre, qu’elle finit par clore ses paupières, posant une main sur l’épaule du gentleman. Ses doigts glissèrent dans son dos, touchant malgré tout avec pudeur et hésitation, ce corps qu’elle ne connaissant pas. Elle ne cherchait à le provoquer, juste à lui faire comprendre qu’elle était réceptive et qu’elle aussi, l’adorait autant.
Prise d’un petit vertige dû à l’amour, elle vacilla un instant quand Lukas s’éloigna. Ce baiser représentait la consécration de leurs sentiments. Ils s’aimaient à s’en damner et Bliss n’hésita pas communier avec cet homme. Elle l’aimait… Elle l’aimait à s’en étouffer. Rien n’avait de place dans son cœur à part lui et lui seul. Ce que lui murmura son prince la fit défaillir « Oh… » Ses yeux émeraude brillaient de mille feux. Leur éclat était puissance et l’étincelle qui chatoyait dans ses prunelles, était le reflet brut de ce qu’elle ressentait, de la façon dont elle le voyait. Du bout des doigts, elle effleura alors sa joue avant de lui dire en souriant « Je ne comptais pas laisser le droit à quiconque de m’arracher à vous. À vous et à tout ce que nous bâtirons. » Et ce sourire n’avait rien d’accablant, au contraire. Bien que ses traits soient tirés, elle ne paraissait pas triste, elle ne paraissait pas au bord de la dépression nerveuse. Il avait su la galvaniser, lui donner des forces, par sa présence, ses gestes et ses mots.

« J’aurai… J’aurai aimé vous prendre la main, lors des funérailles. Je me serai certainement fait sanctionner par mon père, mais… Je vous remercie de m’avoir accompagné. Les choses s’arrangeront d’elles-mêmes par la suite… Vous savez… Je ne veux pas me croire plus forte que je ne le suis et il va me falloir du temps. Quelques jours, peut-être quelques semaines… » Bliss souhaitait, dans cette relation, faire comprendre à Lukas que malgré sa joie évidente, elle avait peur. Peur que son deuil ne vienne tout gâcher à l’aube de cette histoire. Et puis… Elle se sentait prête pour entamer quelque chose, sans pour autant entrer dans le vif du sujet du mariage, des désirs, ou quoi que ce soit dont elle ne se doutait même pas l’existence. Le Duc était un homme d’expérience, elle en était persuadée, mais elle… Bliss avait été tenue à l’écart, dans un cocon, pour que jamais un homme ne puisse la toucher. Elle ne commençait à vivre sa vie que maintenant. Mais l’inconnu lui faisait particulièrement peur… Et la relation qu’elle entamait avec ce bel homme était encore inconnue…

Dans le couloir, des bruits et des voix résonnèrent. Habituée aux serviteurs, Bliss n’y fit pas attention. Les rires l’interpellèrent, mais pour le moment, les suivants étaient là pour la maintenance de la maisonnée, voilà tout.

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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Lun 19 Sep - 0:34


L'espace d'un instant, le frisson désagréable d'un doute s'empara de Lukas. Avait-il eu raison d'agir de la sorte ? Lui qui réfléchissait toujours un moment avant d'agir avait succombé à ses sentiments de manière égoïste, voire inappropriée. Bliss était dans un état anormal de vulnérabilité, n'allait-elle pas penser qu'il avait profité de la situation pour lui voler cette étreinte ? Il n'osait penser à ce qu'il adviendrait s'il l'avait offensée, elle qui faisait toujours si attention à son image en société. En société, certes... Mais ils étaient en cet instant dans un petit salon discret, au fond d'un manoir privé, où personne ne les regardait ni n'était là pour les juger. Quand il avait pris sa main, elle lui avait caressé la joue. Quand ils s'étaient rapprochés au-delà des frontières de la pudeur, elle s'était abandonnée à son emprise, puis la lui avait rendue, grisée elle aussi par leurs sentiments. Lukas n'aurait pu se sentir davantage soulagé qu'à ce moment, même si elle avait formulé une phrase pour l'en assurer. Les mots eux-mêmes n'auraient su exprimer avec plus de justesse ce qui s'était tissé entre eux que les gestes tendres qu'ils échangeaient.

Les paroles du jeune duc, possessives au possible, n'avaient pas effrayé Bliss. Au contraire, son regard luisait d'un éclat de bonheur, comme le soupire que pousse quelqu'un dont le cœur est soudainement déchargé d'une charge trop pesante. Elle qui craignait de rester prisonnière se voyait offrir une liberté par cet homme. Lukas ne songeait plus qu'à elle. Il lui offrait ses douces pensées, la clé de sa maison, son cœur, sa vie entière, tout son être lui serait consacré, elle était la route qui donnait un sens à son existence vide. Bien qu'il ait eu des activités ducales, il ne semblait à Lukas qu'il n'avait repris goût à la vie que depuis très peu de temps, que depuis le jour où son regard avait croisé ses yeux verts et qu'il s'était senti grandi, du fait de cette simple caresse invisible. La douceur de la princesse avait harponné si violemment l'âme de l'Ünik qu'il ne se figurait plus de mener une vie loin d'elle. Ou bien il aurait le sentiment de n'être qu'une enveloppe charnelle, qui marche droit devant elle, jusqu'à ce qu'elle atteigne le portail de la mort et disparaisse de ce monde. Ce que Bliss lui confia à son tour le conforta dans la figure qu'il se faisait à présent du véritable bonheur : personne n'aurait le droit de s'immiscer entre eux, ni ne parviendrait à les empêcher de construire tout ce qu'ils désiraient entreprendre. Autour d'eux tournait le monde, entre eux naîtrait leur réalité. La jeune femme lui adressa un sourire porteur d'espoir, qu'il lui rendit avec la même sincérité. Bien qu'ils fussent seuls dans ce petit salon, ce rapprochement qui les avait uni était le symbole de ce qu'ils criaient à Anathorey toute entière : ils n'avaient pas peur, malgré les malheurs qui talonnaient leurs deux vies, qui les avaient ponctuées de douleurs si infâmes que leurs esprits et corps en seraient meurtris sans doute jusqu'à leur propre mort.
La douleur de ne pouvoir appeler à l'aide lorsque l'on est un noble renforce l'ampleur de ces souffrances. Lukas serra davantage la main de Bliss alors qu'elle évoquait leur triste passé récent.
« Je l'aurais tenue, dit-il à voix basse, j'aurais tenu votre main, en dépit de tout ce que ces personnes auraient pu raconter. Toute cette bonne société qui passe son temps à nous épier aurait alors compris le vrai sens des mots s'intéresser à autrui »
Lukas embrassa les doigts fins de sa belle ce disant. Oui, ceux qui commentaient toujours plus ce que faisaient les autres nobles, sous l'hypocrite motif de l'inquiétude qu'il portait à leur image, auraient enfin compris la signification véritable de ce qu'est l'attention portée à son égal. Leurs commérages et leur venin en étaient si loin que c'en était affligeant. Et pourtant, devant cela, quand on ravale ses larmes, on est complètement seul.
« Je vous prie de me pardonner, poursuivit-il plus humblement. Je n'ai pas osé, ce jour-là, avoir le moindre geste à votre égard. Je craignais de vous choquer, de vous importuner par un contact que vous n'auriez pas désiré. Aujourd'hui je regrette mes scrupules ». Il y avait aussi le fait qu'il ne souhaitait pas attirer les foudres de Sir Abberline, non pas à son encontre, mais à celle de Bliss, qui souffrait suffisamment comme cela pour en plus supporter un sermon de la part de celui qui ne voyait en elle que la porteuse à marier d'une dot.

On dit que le temps guérit tout. C'était tout ce que Bliss demandait à Lukas : un peu de temps, pour aller mieux, car elle ne voulait prétendre à davantage de force qu'elle n'en était capable. Le duc sourit à nouveau.
« Vous êtes courageuse. Vous avez bravé plus de tempêtes que vous ne semblez le croire » Il s'assit à ses côtés, sans la quitter du regard, déterminé à la mettre en confiance et à lui faire comprendre qu'elle pourrait se ressourcer à loisir dans ce manoir, qui constituait son nouveau foyer.
« Je sais que vous y parviendrez. Mais promettez-moi de faire les choses comme vous le pouvez et à votre rythme ».
La vie reprendrait son cours un jour, et le regard pétillant d'espoir de Lukas en cet instant lui en faisait le serment. Mais derrière cette lueur, il tut le secret qui entachait sa propre vie. Lui, avait mis de très nombreuses années avant de pouvoir se relever de la perte des êtres qui lui étaient chers. Mais désormais qu'il avait retrouvé Bliss, il n'était plus seul.

Une dizaine de jours plus tard

Murray, deux valets et deux femmes de chambre accueillirent un livreur venu d'Anathorey dans la cour extérieur du manoir Rainforth. Vêtu d'une manière quelque peu excentrique, il faut aisé pour le majordome de reconnaître un des employés qui travaillait pour la couturière un peu excentrique de Monsieur connaissait bien. Une demi douzaine de paquets furent déchargés de la voiture puis portés à l'intérieur de la maison. Les valets s'occupèrent d'emmener une malle dans la garde-robe de leur maître tandis que le reste fut emmené dans le boudoir. Une fois que les paquets furent défaits, Murray alla immédiatement chercher le jeune duc, qui avait passé une partie de la matinée à travailler. A peine avait-il frappé à la porte que Lukas surgit sur le pallier de celle-ci.
« Lady Bliss a-t-elle des ennuis ? s'enquit-il immédiatement
- Pas à ma connaissance, Monsieur, répondit le pragmatique Murray, à la fois surpris et pudiquement amusé de voir son maître dans un tel état de nerfs.
- Grâce au ciel, lâcha le noble sans se retenir. J'ai tout de même mauvaise conscience, Murray. Moi qui n'ai cessé de lui tenir compagnie depuis son arrivée sous mon toit, j'ai été contraint de la laisser seule toute une partie de la journée.
- Il est important d'honorer votre travail de duc, envers et contre tout. Lady Abberline a également été chaperonnée, ne vous inquiétez de rien.
- Cela se conçoit. Quand bien même, je suis soulagé d'avoir terminé ce que j'avais à faire. J'ai aperçu une voiture dans les allées des jardins, a-t-on reçu cette fameuse commande ? »

Murray acquiesça et affirma que c'était pour cela qu'il s'était permis de venir le déranger. Une fois que Lukas eu vu ce qui avait été installé au boudoir, il demanda à ce que l'on fasse venir Bliss. L'heure du déjeuner approchait mais peu importait : il ne voulait pas attendre une minute de plus. Lorsque l'intéressée arriva devant la porte fermée de la pièce, Lukas était seul et l'attendait. Il lui sourit et l'embrassa tendrement sur le front pour la saluer.
« Ma chérie, j'espère que vous me pardonnerez d'avoir été un hôte si détestable aujourd'hui. J'espère  que ma petite attention saura vous faire plaisir malgré tout »
Il ouvrit la porte du boudoir et laissa la lady entrer. Au centre de celle-ci se trouvait un buste de couture sur lequel avait été délicatement installé le contenu des commandes livrées il y avait de cela à peine une heure.

Spoiler:
 

De la mousseline, du satin, de la soie et de la dentelle composait cette robe de bal blanche, sertie de quelques touches noires. Elle était d'une grande élégance tout en restant, quelque part, modérée par la sobriété de ses couleurs. Loin d'être ternes, les tissus leurs donnant des reflets nacrés pour le blanc et bleutés sur le noir, elles savaient mettre en valeur n'importe quelle lady qui la porterait. Cependant si Lukas l'avait commandée, ce n'était pour que la première venue ne l'arbore.
« Ce n'est qu'un modeste présent, dit-il à son aimée tandis qu'il la laissait regarder le vêtement de luxe. Mais j'espère de tout mon cœur qu'il sera à votre goût ».
Le contenu des autres paquets avait été placé sur la petite table voisine. Il s'agissait une paire de chaussures à talons en taffetas, ainsi qu'une parure de perles fines avec bracelets et boucles d'oreilles assortis. Lukas n'avait pas regardé à la dépense. Mais il se fichait bien des questions d'argent, ce qu'il avait voulu faire, c'était un geste qui ait pour seul et unique but de faire plaisir à Bliss, qui ne soit associé à aucun sentiment de tristesse, ni à aucune occasion particulière. Un duc n'avait pas besoin de raison pour faire plaisir à la femme qu'il aimait, après tout.


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Lun 10 Oct - 16:38


Bliss n’avait pas à faire d’efforts pour se sentir à l’aise en présence du Duc. Il était un ami si cher qu’il avait finit par prendre une autre place dans son coeur. Leurs âmes s’étaient rapprochées et, aujourd’hui, attendaient de communier comme il se devait. Lukas était d’une tendresse infinie avec elle. Et la pauvre en avait besoin… Plus que jamais elle doutait d’elle, de sa réelle utilité ici, depuis que toute sa famille avait disparue et qu’il ne lui restait que son père pour unique fardeau. Elle douta, plutôt, jusqu’à ce que Lukas formule ce qu’elle souhaitait le plus entendre. Que la lueur d’espoir qu’il représentait se concrétise, jusqu’à être complètement submergée par cette présence. Sa joie n’était pas assez forte pour pallier à son chagrin mais elle ne manquait pas de gagner du terrain de jour en jour, inlassablement, amenuisant ainsi la souffrance et les pleurs. Ca irait mieux. Tout irait mieux… Avec du temps et de la patience. Ce fut ce qu’elle lui demanda, et il le comprit plus que jamais. Il la félicita, comme on encourage un malade, et elle se sentit pathétique. Ils n’avaient pu profiter de ce début de bonheur, leur relation commençant sur un décès. Comment la vie pouvait-elle être plus cruelle que cela ?

Avec une pointe d’amertume, elle fit une petite moue, au bord des larmes, posant sa main sur son front, comme pour se prendre la température. Mais nul besoin de savoir si elle était fiévreuse ou non, c’était là un geste de gêne. Lukas n’y était pour rien, au contraire, elle était la seule fautive… « J’ai… Tellement de chance de vous avoir… Comment aurais-je fait sans vous… » Alors qu’il s’était assis à ses côtés, elle resserra sa main sur la sienne, souhaitant à tout prix garder le contact. Glissant doucement sur le coussin du sofa, elle se rapprocha à peine de lui, de manière à annihiler la distance entre eux sans pour autant manquer de bienséance. Et puis… Ce qu’ils faisaient depuis tout à l’heure était déjà très déplacé, pourtant, elle s’accorda une certaine pudeur pour les grandes embrassades. Aussi, quand sa hanche toucha celle du Duc, elle se tendit légèrement, n’étant pas habituée à ce contact qu’elle provoquait pourtant d’elle-même « N’ayez aucun scrupule mon tendre ami, nous aurons le loisir de profiter dans les semaines qui arriveront. L’enterrement était… Compliqué. Je suis contente que tout cela soit passé… » La blonde tourna enfin sa tête vers lui. Ils étaient si proche qu’elle pouvait détailler le mouchetage de ses iris. Si proche qu’elle était persuadée qu’il entendait son coeur tambouriner dans sa poitrine, son sang pulser dans ses veines. Pour la première fois de sa vie, dans un moment tel que celui-là, elle eut les mains moites. Ca devait être déplaisant à souhait, quand bien même y aurait-il fait attention…
Pourtant, Bliss était d’une rare beauté dans cet instant suspendu. Et Lukas… Si près… Lui rendait toutes les couleurs dont son visage disposait à l’accoutumé. Ses yeux ne cesserait de percer son regard avant que ses paupières ne se baisse, indiquant qu’elle regardait ses lèvres. La blonde se torturait : que devait-elle faire ? Elle avait tellement envie…
Mais n’eut-elle pas le temps de finir de penser, que son corps lui avait donné l’impulsion du mouvement. Un de ses bras se leva impunément, venant se poser sur l’épaule du Duc, alors que ses lèvres embrassait les siennes. Elle n’était pas vorace, mais en ce geste transparaissait autant son envie que tout son amour. S’il était réceptif, ses synapses ne manqueraient pas de lui signifier qu’ils étaient dans une position bien trop verticale pour se laisser aller à la réelle démence qui les prendrait. Car Bliss était aussi mignonne que ravissante, et ses gestes allaient avec sa personnalité. Ce baiser n’avait rien de fortuit ou d’anodin.
Elle était amoureuse.
Et elle ne le réalisait que maintenant. Ses muscles se relâchèrent alors que l’intégralité de son être se laissa porter. Bliss savait que ce qu’elle faisait allait à l’encontre d’absolument toutes les règles qui lui avait appris sa tante, mais elle n’en avait cure. C’était sa rédemption après ces semaines de labeur, de guerre et d’ennuis. C’était son moment à elle, sa gloire personnelle, de pouvoir embrasser Lukas Rainforth, Duc d’Anathorey.

Une dizaine de jours plus tard

Bliss se noyait dans des tas de draps de soie et de flannelle. Elle n’aurait jamais penser avoir droit à tant d’égard de la part d’un homme. Lukas était un prince. Il était son prince. Dans ce deuil infini, elle l’avait à ses côtés. Ou plutôt, était-elle à ses côtés à lui…
Les nuits où elle pleurait sa tante, ne trouvant pas le sommeil, finissant par regarder inlassablement à cette fenêtre qui lui indiquait toujours le même paysage, le majordome veillait. Il veillait silencieusement à son bien être. Parfois, elle reniflait en couinant le joli nom de Lukas, sans jamais l’appeler vraiment et, pourtant, il venait là. Son visage était encore quelques peu endormis, bien qu’il fit en sorte de paraître parfaitement éveillé. Des épis trônaient dans ses cheveux bruns, rebiquant au dernier moment, sans qu’il ne le sache. Alors il se tenait en face d’elle, silencieux, car il ne pouvait rien dire aux peines d’un deuil. Elle le regardait, le remerciant de ses yeux mouillés et ternes, avant de lever vers lui une main tremblante de sanglots. Pourtant, elle se calmait doucement. La jolie dame en mit une dans celle du Duc, se concentrant pour lever l’autre, caressant ces épis qu’elle remettait inlassablement malgré leur folie. Ce geste la calmait, la reposait. Alors elle faisait glisser ses doigts vers le visage de son être aimé, décrivant délicatement le pourtour de son visage qu’elle adorait tant. Et pour ne pas éclater devant lui, elle se colla doucement à son torse, entourant sa taille de ses bras. Parfois elle lui murmurait une excuse bien piètre, mais le plus souvent elle ne lui disait rien. Cela se passa quatre nuits non d’affilées. Le reste du temps, elle dormait, complètement épuisée. Pourtant elle s’occupait, la journée, d’activités en tout genre qu’une noble pourrait pratiquer.

Le soleil se levait, puis il se couchait, inlassablement. Et petit à petit, sa peine s'épongea. En dix jours, ce n’était pas assez, limite rien, mais la présence de cet homme faisait la moitié du travail. Bien évidemment il n’était pas vautré à ses pieds à longueur du temps, s’occupant du domaine d’une main de maître et jamais elle ne le dérangeait, se débrouillant par elle-même lorsqu’elle le pouvait. Mais la plupart du temps, on pouvait la trouver dehors en sa présence chaleureuse, munie de son ombrelle et d’une robe d’été. Bliss et Lukas arpentaient les jardins avant de s’asseoir à l’ombre de saules pleureurs. Ces arbres étaient la représentation idyllique de la jeune femme. Le vent leur soufflait dessus, des larmes perlaient comme les feuilles s’envolaient, mais il ne cessait de se renouveler, de grandir et d’asseoir sa présence de son pas léger.
Pourtant, la belle proposait son aide à Lukas, mais que serait un maître de maison s’il faisait travailler son invitée ? Elle le comprenait. Pour ça, et pour tout le reste, elle ne cessait de l’aimer.

Ainsi, un matin, elle se réveilla beaucoup plus tard que prévu. D’habitude très matinale, elle fut debout presque au zénith. Les serviteurs n’étaient pas venus la lever, surement sur ordre du Duc. Pour une fois qu’elle dormait, autant la laisser tranquille. En effet, la belle, tel un enfant, faisait ses nuits complètes.
De même, elle avait prit un tic des plus contraignants pour le personnel : elle ne sonnait pas pour qu’on l’habille, la lave et l’apprête. Le premier jour, ce fut le Duc qui la trouva à moitié prête dans sa chambre. Elle était lavée, habillée, mais ni apprêtée ni coiffée. C’était difficile d’expliquer qu’elle n’était pas… Prête, à sortir du confort de sa chambre. Qu’elle avait une barrière. Elle lui annonça qu’elle allait le faire mais les jours passèrent sans que personne n’entendit la cloche. Le seul signe qui indiquait son éveil était la lumière du jour qui passait sous la porte, preuve qu’elle avait ouvert les volets d’elle-même. Chez sa tante, Bliss aérait elle-même sa chambre et commençait sa toilette. Bien qu’elle mit à contribution des serviteurs pour lui montrer le comportement qu’elle devrait avoir plus tard, la tantine était quelqu’un d’assez simple.

Quoiqu’il en soit, le matin du dixième jour, ce fut la révolution dans la salle du personnel. La belle dormit paisiblement et, en plus, elle sonna. Une lingère un peu vieille et plutôt à l’aise avec les propos familiers, héla un jeune serviteur « Ca sonne chez l’Abberline là. Ouais toi, vas-y, moi faut qu’j’aille au linge. », « Qu… Quoi ? Moi ? », « Bha qui donc là ? L’curé p’t’être ? Alala, j’sais pas c’que tu fais là toi...  » Les deux se regardèrent et un silence flotta jusqu’à ce que la femme lui dit un peu plus fort « Bha alors t’y vas ou t’attends qu’elle fane ? » Le type fit demi-tour et monta dans les chambres pour venir frapper timidement à celle de la comtesse. Lorsqu’il ouvrit l’odeur d’un corps endormi envahi l’entrée du couloir et il prononça, timidement « Lady Abberline, je suis Erwin, je vais m’occuper de votre levé... » Un gémissement lui parvins et, prenant ça comme un oui, il entra fermant doucement la porte. Ses doigts tremblaient, ses mains aussi, il sentait ses jambes particulièrement molle. Pendant la traversée de la pièce principale, il se prit le tabouret de la coiffeuse et manqua de s’étaler « P… Pardon... » Il n’entendit rien venant du lit et reprit alors son chemin vers les fenêtres. Il en ouvrit les volets en grand et vint ensuite au pied du lit, sur la gauche de la couche. Bliss était étendu là, sur le ventre, les bras sous son oreiller. Ses draps la couvraient jusqu’à mi-dos et, pris d’un apné immédiat, le valet vit qu’elle était nue. Nue. Comment allait-il faire, devait-il appeler Rose et lui demander de venir ? Rose ou n’importe qui d’autre ? Il était même prêt à jeter Murray dans la pièce, pourvu qu’on l’y en sorte ! Mais alors qu’il ne savait que faire, la Lady tourna la tête vers lui en soupirant. Ses yeux émeraudes, pétillants, s’ouvrirent sur le serviteur et un sourire enchanteur s’afficha sur son visage. Sa voix était douce, pleine de bienveillance, comme à son habitude « Bonjour Erwin. Je suis Elizabeth Bliss Abberline et je m’en remet à vous ainsi qu’à tout le personnel. » Elle le gratifia d’un petit rire qui était trop intense pour lui. Jeune, nouveau et visiblement mal habitué aux dames de la noblesse, il s’effondra. Le coup contre le tapis que sa tête reçue lorsqu’il tomba, eut le mérite de lui faire reprendre ses esprits. Il devait assurer !
Sautant sur ses pieds, il dit « Pardonnez moi Lady, j’ai perdu équilibre. Je suis votre obligé. » Et comment aurait-il pu en être autrement ? Il comprenait pourquoi le Duc était si… Attaché à elle. Bliss lui indiqua où était rangée toutes ses affaires. Elle se vêtit d’une longue chemise de nuit pendant qu’il se détournait poliment faisant mine de ranger des chiffons. Erwin s’étonna de la vitesse à laquelle la noble le mit à l’aise et avec quelle aisance justement. C’était particulièrement agréable.

Au bout d’une heure, elle fut prête. Enfin Bliss avait décidé de s’occuper d’elle, de reprendre soin de ce corps et ce visage. Pendant sa toilette, elle discuta avec lui, lui posant des questions de tout ordres sur les nouvelles d’Anathorey et tout ce qui pouvait toucher l’actualité. Elle apprécia la pertinence avec laquelle lui répondit cet homme qui, à première vue, ne payait pas de mine « Je vais m’occuper de ma coiffure pour aujourd’hui. Entrainez-vous, et vous me coifferez les autres matins. » Si les femmes avaient les doigts légers pour lui faire des chignons les hommes ne s’en occupaient pas. Mais là, Erwin s’en fit la mission et, pour ça, il se ferait un plaisir d’arracher les cheveux de ses collègues juste pour s’entrainer et donc ne jamais blesser la belle.

Enfin… ENFIN, la matinée s’acheva en même temps que sa préparation. Elle avait une faim de loup mais Erwin lui annonça gentiment que Lukas l’attendait dans le boudoir. Surprise de cela, elle finit par s’y faire conduire puis se retrouva en tête à tête avec le Duc, devant la porte de la pièce « Bonjour mon aimé. » Elle se laissa embrasser doucement « Je ne vous en voudrai jamais pour de telles choses. Vous m’avez tant aimé et accompagné ces derniers jours… » Elle s’étonna au mot ‘présent’. Un cadeau ? Pour elle ? Mais que…
A peine eut-elle le temps de se demander ce qu’il lui avait préparé qu’elle vit une robe sur un bustier, des plus sublime. Une création originale, sur-mesure, et alors dans des couleurs qu’elle adorait « Je… » Elle en avait le souffle coupé. Tournant autour de l’oeuvre, elle en toucha les tissu avec délicatesse, avant d’en admirer chaque détail. Lorsqu’elle fit un tour complet et qu’elle se retrouva devant Lukas, elle se tourna vers lui « C’est magnifique… Je… Je suis tellement touchée par cette attention. Elle est tellement belle c’est trop… Je n’aurai… » Elle n’avait pas de mots… « Allons-nous danser prochainement très cher ? » Son regard passait de son vêtement à Lukas et de Lukas à son vêtement. Au bout de quelques secondes, elle se concentra complètement sur le Duc « Je suis… Tellement heureuse, vous ne pouvez pas vous imaginer. Autant d’égards... » Elle prit ses mains, enlaça ses doigts aux siens, relevant alors la tête « Je vous remercie du fond du coeur… » Elle se hissa sur la pointe des pieds, cherchant à s’approcher pour l’embrasser. Tout était sincère venant d’elle…

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Prince de rien (Lukas R.)


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MessageSujet: Re: Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé   Sam 26 Nov - 17:13


Ravi que Bliss soit enchantée du présent qu'il lui avait fait, Lukas se pencha vers elle et déposa un baiser sur ses lèvres. Comme il n'aimait pas perdre une occasion de serrer la jeune femme dans ses bras, il passa ses mains atour de sa taille afin d'être au plus près d'elle. Puis il lui adressa un sourire avant de satisfaire à sa curiosité.
« Bien que l'idée de vous combler me ravisse, j'admets que cette fois-ci j'avais une bonne raison ». Lukas, qui n'avait pas lâché Bliss, laissa couler son regard le long de sa belle chevelure dorée.
« J'ai reçu une lettre de Lady Annabel Albion, qui était une amie de ma sœur lorsque nous étions jeunes. Elle m'y annonce qu'elle s'est mariée avec le Duc Levingstone il y a quelques semaines et organise dans trois mois une réception publique pour fêter cet événement. Elle m'y convie, mais je n'ai pas envie de m'y rendre seul, comme un vieux célibataire ».

Cette perspective était plaisante, d'autant que la fête s'annonçait plus joyeuse que les salons mondains tristes et gris auxquels Anathorey avait habitué les membres de sa noblesse. Néanmoins, une crainte se dévoila. Lady Levingstone ne serait-elle pas offensée de voir arriver à sa soirée une jeune femme qu'elle n'a pas invitée ?
« Aucune personne saine d'esprit ne peut s'offenser de votre présence chez elle... » Les lèvres de Lukas glissèrent jusqu'au cou de son aimée. « Je serai votre garant. Et vous brillerez de mille feux, je ne le sais que trop. Acceptez-vous de venir ? ».

Il lui adressa un doux sourire lorsqu'il entendit sa réponse. Il était heureux. La simple perspective de pouvoir marcher avec Bliss à son bras l'emplissait d'une joie immense et d'un orgueil tout aussi grand.

¤¤¤

Ivy fila dans la cuisine pour y passer sous l'eau fraîche un petit torchon propre. Quand elle l'eut essoré, elle le posa gentiment sur le front d'Erwin, dont le teint avait pris une teinte écarlate des plus curieuses. Il se tenait légèrement en arrière sur une des chaises de l'office, et entouré de ses collègues valets et femmes de chambre, il marmonnait des propos que personne ne comprenait vraiment, l'air complètement hagard.
« Il est comme ça depuis qu'il est revenu de la chambre de Lady Abberline, souligna une petite femme de ménage, qui avait croisé le pauvre valet errant et ahuri dans les couloirs de l'étage.
- Il a un drôle de bleu sur la tempe, fit remarquer James. C'est quand même pas elle qui lui a flanqué un coup sur la tête ! »
Erwin écarquillait des grands yeux complètement hébétés, ce dont Ivy s'amusait follement.
« Ahlala, ces débutants... Remets-toi, on a du pain sur la planche. Tu vas te faire tirer les oreilles par M. Murray si tu continues »
L'intéressé ne répondit que par un gémissement à la fois plaintif et complaisant. Puis il commença à tenir un discours tout ce qu'il y avait de plus décousu.
« Derrière la porte... Une grande lumière blanche... – à peine eût-il prononcé ces mots que les autres serviteurs se dirent qu'il était devenu complètement cinglé. Elle était là, elle était... Je n'ose le dire ! Je suis tombée... Puis des vêtements... Et des anges... ! »
Un silence pesant s'empara de l'assistance. Puis certains commencèrent à pouffer, tandis qu'Ivy croisa les bras et lança un regard entendu à James.
« Ce qu'il dit n'a aucun sens, mais bizarrement, j'ai quand même compris ». La jeune femme était particulièrement enthousiaste à l'idée qu'un si jeune valet fut si ébahi par la beauté ensorcelante de l'inconnue lady qui séjournait dans la maison de son maître.

Quand Erwin eut repris ses esprits, la rougeur de son teint laissa place à une pâleur mortelle lorsqu'il réalisa le ridicule avec lequel il s'était conduit devant une invitée de son employeur. Chambré de toute part et cible des rires des autres, il en vint à regretter de ne pas s'être fait un traumatisme crânien en chutant sur ce fichu tabouret. Cette histoire matinale avait mis l'office dans une telle effervescence qu'elle ne tarda pas à attirer l'attention du patron des sous-sols.
« Qu'est-ce qui se passe ici ? » gronda la forte voix de Murray.
L'effet fut retentissant, chacun se redressa et ne dit plus un mot – bien que les sourires n'aient pas quitté les visages si facilement.
« Si vous avez le temps de vous amuser et de piailler comme des commères, vous l'aurez certainement pour accomplir les tâches qui sont les vôtres. Maintenant, mettez-vous tous au travail ! »

Les troupes se dispersèrent en quelques secondes, dans un bruit de trot général qui plongea l'office vide dans un silence surprenant dès que tout le monde fut parti.
« Franchement Murray, vous êtes dur » déclara Ivy, restée aux côtés du fier majordome.
« Il le faut, rétorqua-t-il avec aplomb. Les serviteurs sont le reflet de la dignité de la maison qu'ils servent. Je ne saurais tolérer que des gens comme nous salissent le blason d'un homme comme lui.
- Que de loyauté... » soupira la femme de chambre.
Au moment où le majordome allait tourner les talons, elle remarqua que quelque chose en lui avait changé.
« Calvin... Pourquoi t'es-tu rasé ?
- Ah ça... » Il passa sa main sur son menton, désormais débarrassé de l'éternel bouc qu'il arborait d'ordinaire. « C'était un conseil de Monsieur le Duc. Pour ne pas effrayer Lady Abberline ».



Fin
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Rien que pour vos yeux [PV Bliss A.] Terminé

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