N'oubliez pas de voter toutes les 2h sur les top-sites ♪

Races minoritaires et recherchées : Qantiks et Parias, détails ici !


Partagez|

Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Dim 27 Nov - 14:33

[Précédemment]

Le voile sombre de la nuit avait déjà recouvert la canopée urbaine de la capitale Ünik depuis plusieurs heures. Hormis quelques veilleurs en charge de la surveillance des quartiers ou de la réception d'une urgence nocturne, la base des Chasseurs Ailées était entrée dans son rythme de sommeil. Les couloirs vides du manoir baignaient dans un silence apaisant et une obscurité diluée par la chatoyante lumière lunaire qui traversait les baies vitrées. Il n y avait que dans le jardin que l’écho lointain de l'activité d'Anathorey à ces heures tardives pouvait venir parfois troubler la sérénité des lieux. Cette petite parcelle de verdure et de fraicheur permettait toutefois à certains de se ressourcer après une longue journée difficile passée sous un soleil de plomb et dans un monde bruyant et vivant à tout allure.
De garde ce soir la, Alaryk avait quant à lui une manière bien personnelle de faire le tri : remplir son estomac. Dans la cuisine, ses yeux brillaient d'excitation devant les petits casse- croûtes qu'il se confectionnait avec amour.  Ses doigts parcouraient la table et assemblaient les aliments sur le rythme de la dernière chanson à la mode qu'il chantonnait allègrement. Une fois son œuvre achevée, il enveloppa avec soin son trésor dans une grande serviette avant de s'en saisir à pleins bras.

-C'est parti mon kiki. On va se ré-ga-ler ! déclara t-il avec enthousiasme.

Après avoir jeté un œil de part et d'autre du couloir afin de s'assurer qu'il ne tomberait pas nez à nez avec un supérieur, le colosse sortit de la cuisine en trottinant pour rejoindre son poste le plus rapidement possible. Un sourire béat  incrustait son visage à l'idée du festin qui allait suivre. Il prit le couloir du premier étage qui longeait le jardin lorsqu'il discerna une forme sombre approcher lentement en face de lui. Alaryk s'arrêta et plissa les yeux pour tenter de voir à qui il avait à faire. Par sécurité, il s'empressa de cacher son ravitaillement du mieux qu'il put derrière son dos. La silhouette approchait d'un pas lent et titubant, telle une âme errante trainant son fardeau. Lorsqu'elle passa devant une fenêtre, une lumière blafarde éclaira son visage, permettant à Alaryk de reconnaitre aussitôt Nancy. Il poussa un juron et s'approcha au pas de course vers la jeune fille qui semblait à peine tenir debout. Une fois à sa hauteur, il croisa son regard agar. Celui qui traduisait autant une grande fatigue physique qu'une profonde usure de l'âme. Une expression qu'elle ne quittait plus depuis son retour de l'épreuve dans la forêt Hybrid il y avait une semaine de cela.

-Wow wow wow. Je sais que tu es vaillante ma grande, lui dit Alaryk sur un ton presque paternel, mais marcher seule dans le noir après une semaine dans le pieux, ça me semble pas être la meilleure idée du monde. Même si c'est chiant de rester allongé je sais ...

En effet, comme une grande partie de la promotion plus ou moins gravement blessée pendant l'épreuve, Sally avait été placée dans l'infirmerie pour recevoir des soins à leur arrivée au quartier générale. Cependant, un profond traumatisme semblait avoir frappé la jeune femme, comme si une part de son âme s'était perdue la-bas, laissant une enveloppe de chair amorphe et insensible au monde extérieur. Son état avait nécessité de la perfuser pour éviter qu'elle ne dépérisse car elle ne s'alimentait plus par elle même. En soit la voir ainsi marcher ce soir tenait presque du miracle. Alaryk voulait faire attention à ne pas la brusquer dans sa tentative de retrouver ses repères, mais il devait aussi prendre en compte le fait qu'elle n'avait probablement pas pleine conscience de ses moyens.

-Tiens assis toi la !

De sa main libre, Alaryk la guida avec douceur mais implacablement vers une banc qui faisait face à la baie vitrée. Aussi légère et fragile qu'une feuille abandonnée aux mouvements d'une brise délicate, Nancy se retrouva assise là où le désira l'immense ünik. Ce dernier s'assit également à ses côtés, étendit ses jambes et se contenta de regarder le ciel en commençant à grignoter ce qu'il s'était préparé. Jusqu'à présent, faire la conversation avec elle n'avait abouti à aucune réaction de sa part. Un mur semblait séparer sa conscience de la réalité. Un imposant rempart contre lequel s'étaient malheureusement écrasés quiconque avait voulu essayer de le traverser. Que cela soit les médecins, des membres de la promotion avec qui elle avait traversé l'épreuve, ou des personnes plus proches d'elle comme Cécil et Ithilion, aucune réponse ne vint en retour. A ce propos, un autre point clochait et cela n'avait échappé à Alaryk. Il s'était étonné de constater que son coéquipier, contrairement au majordome, ne prenait pas la peine de venir chaque jour voir l'évolution de sa protégée. Il voyait bien que derrière le masque placide de son ami gangrenait une profonde remise en question. Cependant lorsqu'il avait voulu en savoir un peu plus, il n'avait été que le prétexte pour devenir l'étincelle qui avait embrasé la poudre. Après une violente engueulade à en faire trembler les murs du manoir, les deux coéquipiers avaient mis trois jours avant de s'adresser à nouveau la parole. Ithilion comme Nancy, ces deux la ne s'ouvriraient que lorsqu'ils l'auront décidé, les gens avaient commencé à le comprendre.

-Tu en veux ? essaya t-il quand même en présentant une grappe de raisin sous des yeux qui restèrent immobiles. Tiens je te le pose la, sers toi, ils sont frais d'hier ! Bon par contre tu te gardes ça pour toi. C'est pas vraiment réglementaire comme rationnement on va dire ...

En temps normal, il devrait prévenir tout le monde de ce changement d'état imprévu mais il préférait ne pas étouffer cette première tentative d'émersion par les directives des médecins et de ses proches.

-Tu n'as pas de chance, je n'ai jamais été à l'aise pour remonter le moral.
reprit-il pour briser la situation qui le mettait un peu mal à l'aise. En plus si ça se trouve tu préférerais que je ferme ma tronche, mais je considère que tant que tu ne me le diras pas, je m'octroie le droit de continuer.

Alaryk lâcha un petit rire discret qui fit trembler tout le banc avant de retrouver tout à un coup une expression de sérieux bien rare sur son visage.

- Pour être franc, j'ai toujours trouvé ce coup de foudre dangereux de la part d'Ithilion. T'embarquer comme ça au sein des Chasseurs Ailés sans être sur de tes motivations, de tes capacités, il y avait peu de chances que ça aille vers d'autres chemins. Actuellement je pense qu'il accuse également la responsabilité de ton état. La dernière fois que je l'ai vu comme ça, c'est lorsqu'on lui a annoncé la disparition de son maitre. Une paire bien singulière aussi....


L'évocation de cette période où la commandante de l'Ordre avait ramené sur un caprice un enfant de Nordkia sous prétexte qu'il avait la même couleur de cheveux lui provoqua un nouveau rire.

-Les chiens ne font pas des chats tu me diras. Enfin... imaginons que tu me le dises. Ithilion a peut etre sous estimé le fait que ce qui a fonctionné pour lui ne fait pas de son exception une généralité. Notre quotidien nous amène à traverser beaucoup d'expériences comme celle que tu as vécu. Certes la première fois est toujours la plus violente et précipite souvent au mieux vers une période de remise en question et au pire...Ouais non j'suis con de dire ça.


Sa main plongea dans sa serviette pour se saisir d'un petit sandwich comme pour se donner une contenance par rapport à ses propos.

-Je ne sais pas si tu ressens de la colère envers toi, envers lui, de la peur ou même si tu ressens quelque chose. Une chose est sure, c'est que pour sortir de ce merdier, il faut déjà que tu goutes à ce putain de raisin. s'exclama le chevalier gourmand. Franchement, y a rien de mieux pour se reconstruire.

Il détacha un fruit de la grappe pour le poser dans la paume de la demoiselle. Malgré son ton détaché, voir l'adorable Nancy dans cet état le contrariait quelque peu. L'histoire ne ferait-elle mieux pas de se terminer maintenant au sein des tireurs d'élite avant que les dégâts ne deviennent bien plus sérieux ? Elle allait devoir y réfléchir sérieusement.

-Tu sais , Thithi est quelqu'un d’impulsif, qui vit au jour le jour, mais d'un autre côté je ne pense pas qu'il t'aurait non plus embarqué si tu n'avais vraiment pas le truc pour réussir. Il connait ce parcours mieux que personne et il s'envole sur les traces d'Elionne Histo qui reste notre modèle inégalé.


Son regard se tourna soudainement vers le visage de Nancy, comme si il venait de se rendre compte d'une grosse bêtise, et il posa une main confidente sur le bras de la disciple d'Ithilion :

-Tu ne lui dis pas que je t'ai appelé Thithi hein? Avant de reprendre comme si de rien n'était. Tout ça pour te dire qu'au vu de ce qu'il s'est passé dans l'épreuve, je pense aussi que tu as les moyens pour suivre ses traces. Il faut juste que tu saches si tu es prête à encaisser et accepter le contre parti. Je ne peux te dire si le jeu en vaut la chandelle car c'est propre à chacun.

Finalement, Alaryk arrêta d'en dire plus après ces mots. Il savait que son discours ne ferait pas beaucoup avancer la reconstruction d'un esprit aussi morcelé. Au moins, ce petit moment d'intimité lui aura permis de vider son sac.  Et puis, qui savait si cela aurait à un moment donné un écho dans les choix qu'aura cette petite ? Pour l'heure, peut être devrait-il avertir les infirmiers pour la reconduire dans son lit. Il se laissa le temps de son casse croûte, en se disant que cela ne pouvait pas faire de mal à Nancy de se trouver quelques minutes ailleurs que dans son lit de mourante.



*******

Au même instant, allongé dans l'herbe humidifiée par la fraicheur de la nuit, Ithilion tentait de retrouver un remède à ses insomnies récentes. Beaucoup de choses chamboulaient ses pensées sans arrêt en s'emmêlant dans des nœuds inextricables et parfois douloureux. Des flots de paroles dures comme ceux de Sally sur la plaine :  « Ne me touche pas... » ou ceux de Cecil, il y avait trois jours en sortie de l'infirmerie : "Ta stupidité et ton égoïsme ont complètement détruit Nancy. Je te préviens que si elle ne récupère pas rapidement, je te détruirai à n'en pas laisser une miette".  Les images du visage blême de sa disciple, complètement dégarni de ce sourire qui lui faisait tellement de bien et marqué par la fatigue, la faim et le désespoir ne quittait pas son champ de vision, comme une image fantôme. Un fardeau invisible et pesant pourtant si lourd sur sa responsabilité et sa culpabilité dans la situation critique que traversait Sally. Le lien si puissant construit par des semaines de proximité et de confiance avait tout simplement volé en éclat à la fin de cette épreuve. Rendant Ithilion totalement impuissant face à la dérive inexorable de son amie. Une position de spectateur qu'il avait finalement accepté pour échapper aux puissantes et attractives mains de la folie.
Faute de mieux, il ne pouvait qu'attendre. Espérer que les morceaux se recollent à la bonne place. Et si cela venait, se demander si il prendrait le risque de les voir se briser de nouveaux. Son maitre lui disait toujours que le futur se forgeait avec la volonté qui guidait le marteau. Cependant, il fallait se rendre à l'évidence, cette fois-ci, sa volonté ne suffirait pas. La liberté des Chasseurs Ailés demandait un contre parti que beaucoup de personnes ne peuvent encaisser. Il avait vu une flamme dans les yeux de Sally, mais en voulant l'attiser il n'avait fait que l'éteindre sans rien pour la rallumer.

"Maitre, pourquoi apprenons-nous que de nos erreurs ?
demanda t-il aux deux lunes qui trônaient en reines au milieux du ciel.


Dernière édition par Ithilion le Dim 14 Mai - 14:48, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Mer 11 Jan - 21:45


Sally reprit ses esprits alors qu'Alaryk la tenait par la main. Il la fit asseoir sur le premier banc qui s'offrait à eux, juste devant une grande baie vitrée depuis laquelle on pouvait apercevoir les jardins du QG. Il lui parlait gentiment, d'un ton protecteur et avenant, comme il l'avait toujours fait. Elle, cependant, ne disait rien. Quelques bribes de réponse lui passaient par la tête, mais à peine voulut-elle ouvrir la bouche que les mots disparaissaient, la laissant engluée dans un silence léthargique. Elle regardait droit devant elle, sans voir ce qui s'offrait à sa vue immobile. Les bras ballants le long du corps, elle était semblable à une poupée de chiffon douloureusement retenue par un fil invisible qui courbait légèrement son dos. Alaryk parlait, juste à côté. Il riait un peu parfois. Tantôt sérieux, tantôt amusé. Sally ne disait rien.

Enthousiaste bien que mal à l'aise, le soldat finit par lui déposer au creux de la paume une grappe de raisin qu'il venait de dérober dans les cuisines. Elle baissa les yeux à ce contact froid et humide, et si mit à observer les grains qui reposaient entre ses doigts. Alaryk parla encore. Il posa sa main sur elle. Elle regardait sa paume. Elle sentait reposer sur elle la fragilité et la délicatesse du fruit. Son sang battait doucement contre la peau brune fraîchement lavée, de ce raisin qui ne bougeait pas et se contentait de rester là, dans sa main. Elle sentit ses mâchoires se serrer, son ventre se nouer, et soudain, elle écrasa la grappe faite prisonnière d'une main forte et cruelle. Alors que le jus coulait le long du bras qu'elle levait, Sally ouvrit ses doigts et laissa tomber au sol la bouillie flasque qui lui collait à la paume. Puis elle regarda sa main, puis Alaryk, qui fronçait légèrement les sourcils. Elle le dévisagea de son regard morne.
« Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça » dit-elle tout de go. C'était comme si elle n'avait pas résisté à quelque chose en elle qui s'était subitement « tordu », et qui lui avait commandé d'agir ainsi. Oui, c'était probablement l'explication qu'elle aurait donné si Alaryk le lui avait demandé. Mais l'origine de cette distorsion demeurerait un mystère, pour tous les deux.

« C'est la même chose quand vous appuyez sur la détente de vos armes, non ? On fait des choses sans savoir pourquoi ».
Elle ne clignait pas des yeux. Elle perforait ceux d'Alaryk. Le colosse resta muet devant la petite Nancy, qui en réalité ne s'appelait pas du tout comme cela.
« J'avais le choix face à ce garçon, poursuivit Sally d'une voix blanche, j'avais le choix. Mais si j'ai agi comme je l'ai fait... Je ne saurais dire. Le geste que j'ai eu, celui que vous avez tous vu, ce devait être mon choix. Mais je ne sais pas pourquoi. J'ai fait ce choix, c'est tout. S'il ne m'avait pas attaquée j'aurais peut-être décidé autre chose, ou peut-être que non. C'est... dur à dire ».

« Et l'autre... » Sally s'approcha un peu de son compagnon hébété, « J'ai vu le sang. J'ai vu la mort dans son regard. Je l'ai sentie poser sa main sur lui, et s'emparer de son souffle... comme une voleuse. Mais je ne l'ai pas aidé. Je ne l'ai pas fait, c'est tout ».
Elle sembla défaillir un instant, et lorsqu'elle se redressa, son visage prit une toute autre expression. A la fois triste, anxieuse et fatiguée, son air naïf habituel.
« Alaryk... » murmura-t-elle, comme si elle s'apercevait tout juste qu'il se trouvait à ses côtés. « Cecil... Où est-il... J'aimerais le voir... ».
Le Chevalier se redressa, dans un imperceptible mouvement de recul. Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?

¤¤¤¤

« Parce qu'il n'y a que les expériences douloureuses qui nous sont profitables ! » répondit Ethan à la question qu'Ithilion, le clochard dans l'herbe, venait de poser dans le vide, sans s'apercevoir que son ami s'approchait de lui. Il s'assit à côté de l'allongé, sans lui demander la permission. Il avait fermement l'intention de se faire entendre, même si leur dernière conversation avait quelque peu gelé leurs rapports.
« La famille de Siruy est venue chercher ses dernières affaires. Je ne peux pas m'empêcher de trouver le dénouement de cette épreuve tragique, bien que j'en connaisse parfaitement les risques. Eux aussi pensaient les connaître, mais au final... »
Ethan laissa son regard glisser jusqu'à Ithilion. Il avait une mine affreuse. Mais bien entendu ce n'était pas les malheurs de l'équipe Ünik qui le mettait dans cet état. Le problème portait un nom, et avait un joli minois que lui-même ne pouvait pas voir en peinture.

« Qui sème le vent récolte la tempête » ajouta-t-il. « A quoi t'attendais-tu en prenant cette fille sous ton aile ? Je ne comprends pas. Ce ne sont pas les recrues prometteuses qui manquent, dans le QG. Qu'est-ce qui a bien pu faire qu'une inconnue te tape à ce point dans l’œil ? »
Un vent froid se mit à souffler.
« Ne me sors pas ton discours habituel sur l'étincelle qui s'est enflammée en toi à la vue d'une fille qui t'a rappelé celui que tu étais. Cela ne prend pas avec moi. Tu n'es pas très malin, mais j'ose croire que tu as plus de jugeote que ça ».

Le silence s'installa. Mais Ethan n'entendait pas laisser Ithilion se défiler.
« Tu sais aussi bien que moi que cette histoire était vouée à l'échec. Nous sommes Chevaliers, mais nous ne sommes pas des héros. Tu ne peux rien faire pour Sally, tu n'as jamais rien pu faire. Rien ne sert de culpabiliser comme tu le fais. Maintenant, il faut que tu te fasses à l'idée de la sortir de ta vie, Ithi. Elle ne t'a apporté que des ennuis, et ce bien avant qu'on sache qu'elle est … qu'elle est ce qu'elle est ».
Le jeune soldat à lunettes s'approcha un peu de son ami. Il lui parlait d'un ton qui ne se voulait pas accablant. Au contraire, il se voulait persuasif.
« Et ce Fried... Le connais-tu ? Lui fais-tu confiance ? Et comme je sais que la réponse est non, pourquoi t'encombres-tu de lui ? Il est peut-être dangereux... Imagine que ce soit un noble qui ait eu envie de jouer les aventuriers, il connaît désormais des informations confidentielles sur l'ordre et pourrait s'en servir contre nous. En tout état de cause, si quoi que ce soit venait à éclater, les supérieurs n'auraient aucune pitié pour nous ».

« N'as-tu pas suffisamment pris de risques comme ça, Ithi ? »
Puis Ethan se tut.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 18 Mar - 13:20

Devant la main tremblotante de Sally, Alaryk fronça les sourcils.  Quelques gouttes du jus qui constituait  une grappe de raisin seulement quelques secondes plus tôt perlaient encore.  Ce geste de violence et de hargne pourtant infime prenait une ampleur d'une autre dimension entre les doigts de cette jeune fille d'ordinaire si douce et délicate. Son regard perdu croisa celui du colosse qui se retrouva aussitôt plongé dans un véritable désert d'émotion. Il allait lui rétorquer que ce n'était pas bien grave, bien qu'il aurait préféré qu'elle ne gâche pas de la si bonne nourriture, mais la voix neutre de Sally le coupa dans son élan. Tout son corps semblait figé dans le temps et l'espace, seules ses lèvres bougeaient légèrement afin de  laisser s'échapper ses pensées floues et tortueuses.
Alaryk ne comprit pas le sens de ces mots. Encore en pleine convalescence, l'esprit de la jeune disciple paraissait être bloquée dans une scène que lui ne pouvait apercevoir. L'épreuve marquait souvent les candidats au fer rouge et il arrivait malheureusement que certains en ressortent avec de profonds traumatismes.  Être confronté à la violence et flirté avec les limites de sa propre vie pouvait faire voler en éclat les volontés les plus fermes et même le temps ne réussissait pas toujours à rassembler toutes les pièces du puzzle. La voyant dans cet état, Alaryk avait bien peur qu'elle ne se soit fait happée dans ce cercle de la tourmente.

Elle parlait d'un garçon. Puis de "l'autre". De violence et de mort. Le décès du jeune et prometteur Siruy l'affectait-elle à ce point ? Pourtant, Alaryk ne se souvenait pas que la disciple d'Ithilion se soit rapprochée autant au cours de ces derniers mois des autres de son âge. A ce jour personne ne savait ce qu'il s'était vraiment déroulé pour Nancy et Siruy lors de l'attaque des marcheurs forestiers. Dawkins avait souhaité interroger la seule témoin de la scène afin d'entendre sa version, mais au vu de son état lors du retour, son maitre s'y était fortement opposé,  manquant au passage de se voir attribuer une lourde sanction pour s'opposer à nouveau à l'intendant. Par chance, les deux chevaliers-infirmiers accompagnant l'expédition avait soutenu sa défense, préconisant d'attendre que Nancy retrouve un état stable pour un interrogatoire non biaisé. Mais encore fallait-il qu'un jour elle retrouve un équilibre dans ses pensées.
Soudainement, Alaryk vit le visage de la jeune femme être envahi par les traits de la tristesse et de la fatigue après un moment d'absence. Comme si une autre personnalité avait repris les commandes de son corps et de son esprit. Proche de lui, elle souhaita dans un murmure aux allures de dernier souffle de voir Cecil.



- Il doit se reposer à l'heure qui l'est, il n'a pas beaucoup dormi ces derniers temps. lui répondit Alaryk, pas très à l'aise avec la situation. Je lui dirai demain de passer te voir, pour l'heure tu dois  te reposer. Tout n'a pas l'air clair dans ta tête et je pense que beaucoup de chose ne pourront par sa simple présence.

Bien que la relation qu'elle entretenait avec le jeune homme lui était complètement inconnue, le grand chevalier savait qu'un lien fort se tissait entre eux. Cependant, il ne pouvait se permettre de prendre le risque de laisser Sally s'éloigner de l'infirmerie. Surtout dans cet état.

- Tu sais, je n'ai pas vraiment compris ou tu as voulu en venir il y a quelques secondes. Je n'ai pas bité grand chose, lui avoua t-il sur un ton qui se durcissait.  Mais si tu penses qu'on ne sait pas pourquoi pourquoi nous appuyons sur la détente, tu te trompes lourdement. Si tu penses que notre Ordre est une bande de soldats sans cervelle qui lâche des pluies de balle à la moindre mission, alors c'est que tu n'as rien compris à notre philosophie et surtout que tu ne dois plus toucher une arme. Sa voix était posée mais ses paroles claquèrent presque dans l'air. Une balle, c'est une vie. Ici nous vivons tous avec le lourd poids de nos actes lorsque nous sommes amenés à la retirer. Pour certains, il s'agit presque d'un fardeau qui les hante chaque soir avant de s'endormir ou lorsqu'ils se regardent dans un miroir. Pourtant autant, nous ne vivons pas dans le regret, car cela signifierait que ces vies auraient été supprimées pour rien.

Alaryk se leva et se positionna devant Sally de toute sa hauteur. Son visage avait perdu  sa chaleur habituelle.

-Allez viens, je te ramène. Ne fais pas d'histoire s'il te plait, je t'amène Cecil demain, c'est promis. En attendant pose toi une bonne question ce soir : as-tu compris ce qu'est un Chasseur Ailé ?

Il laissa planer quelques secondes de silence histoire que ses mots fassent leur place dans l'esprit de cette poupée en miette avant de rajouter :



-J'ai soutenu Ithilion jusqu'à présent mais je ne lui permettrais pas de détruire âme fragile comme la tienne qui ne demande qu'à grandir par son entêtement. Cette voie n'est pas la tienne. Tu l'as foulé sans en comprendre les profondeurs et les conséquences. Mais par sa faute.



Ne voulant pas non plus que ses propos soit le coup de grâce de cette conscience en miette, il se força à se radoucir :

- Dans ma jeunesse, je voulais devenir scientifique...Il n y a pas de mal à se rendre compte que nous sommes pas fait pour quelque chose, cela ne veut pas dire que rien n'est fait pour nous. M'enfin ça c'est une autre histoire que je pourrais te raconter si tu retrouves le sourire un jour.






***********

La voix d'Ethan sortit immédiatement Ithilion de son sanctuaire. Son esprit apaisé se vit  quelque peu troublé par la présence impromptue de son coéquipier.  Au vu des récents épisodes, le chevalier aux cheveux blancs avait du mal à garder son sang froid près de celui qu'il considérait comme un traître. Une tension bien délicate pour le bon fonctionnement de son équipe, il le savait pertinemment, mais il avait du mal à digérer le comportement ce dissimulateur sournois à l'égard de Sally. D'ailleurs, il ne se faisait pas d'illusion quand aux raisons de sa visite.
Toutefois, Ithilion ne bougea pas d'un pouce lorsqu 'Ethan se permit de s'assoir près de lui en brisant son havre de paix. Il resta muet tout le long du discours de cet être perfide qui se permettait de profiter de la situation pour appuyer ses convictions. Il le voyait venir à des kilomètres et cela lui donna presque envie de vomir. Parler de la mort de Siruy et de la tristesse de ses parents pour amener sur le tapis la raison de son obsession : Sally.
Pour tenter de briser le silence que conservait paisiblement Ithilion, donnant presque l'impression que celui-ci n'écoutait absolument pas, Ethan revint plusieurs fois à la charge. Il porta des propos de plus en plus durs dans l'espoir de faire réagir son ami. Lorsqu'il se tut, il ne reçut toujours aucune réponse. Plus surprenant : aucune réaction. Cela dit, il ne partirait pas ici avant que cette histoire ne soit pas mis au clair. Les caprices du disciple d'Elionne mettait en péril l'Ordre, il fallait que cela cesse sur le champ. Il allait ouvrir la bouche pour rajouter un nouveau commentaire, lorsqu'un violent choc le cueillit dans la joue. L'impact le projeta à la renverse et sa tête percuta lourdement le sol. Un infecte goût de sang lui prit la gorge. Complètement sonné, Ethan mit quelques secondes à se redresser tant bien que mal en s'appuyant sur ses bras, avant de se rendre compte qu'Ithilion se trouvait devant lui s’élevait devant lui, le regard dévoré par une colère froide.

-Ethan. lâcha t-il sur un ton tranchant. Autant tes petites manèges fonctionnent sur les autres, autant si tu oses ne serait-ce qu'une fois encore utiliser tes petits manèges répugnants de manipulateur sur moi, tu le regretteras amèrement.

Puis d'un pas tranquille, il alla s'adosser contre l'immense tronc du chêne qui dominait fièrement la cours des Chasseurs Ailés. Comme si le contact avec l'imposant être millénaire l'aidait à absorber toute la fureur qui bouillonnait d'ordinaire en lui.

-Sally ou pas Sally, les marcheurs les auraient sans doute attaqué. Tu es tellement obsédé par sa présence dans l'Ordre que tu t'échines à trouver dans les liens possibles entre elle et un problème. Tu es pitoyable.

Ethan se releva en se massant la joue tout en fixant Ithilion avait un air mauvais. Cet imbécile continuait à jouer l'aveugle. Il se complaisant dans son rôle de mentor héroïque et ne comprenait pas qu'il ne faisait qu'empirer la situation pour cette inconnue et son compagnon douteux.  

-Tu veux une raison ? lui demanda alors soudainement l'ünik en contemplant de nouveau les deux astres.

-Non ! lui répondit sèchement Ethan, je veux que tu retrouves la raison. Pas que tu justifies ta stupidité.


-Je me sentais vide. continua Ithilion laissant totalement glisser l'autre partie de la discussion. Je pensais que marcher sur sa route me rapprocherait d'elle et la ferait revenir.

En retirant ses lunettes, Ethan baissa les yeux en comprenant à quelle personne son ami faisait mention. Ce sujet tabou dont tout le monde avait convenu de ne jamais parler. Même Dawkins. Etait-ce donc la base de tout ce fiasco ?

-Ithi...




-Elle a réussit avec moi pourquoi, ne réussirais-je pas avec Sally ?


Cependant cette fois cela allait trop loin. Ethan ne voyait plus d'autre solution. Au début, personne ne pensait que cela pourrait être si grave, que le jeune prodige de l'Ordre irait si loin par cette conviction, mais de toute évidence il valait mieux que tout cela s'achève maintenant.

-Ithi !



- Imagine la fierté qu'elle aura lorsqu'elle reviendra. Surtout que Sally a du potentiel, elle n'a simplement pas eu le même temps que nous pour...




-ELIONNE N'A JAMAIS EXISTE SOMBRE IDIOT !!

La phrase résonna dans la cours avant de se perdre dans la nuit. Ithilion jeta un regard absurde à son coéquipier. Il retrouva même son sourire narquois face à une telle absurdité



-Mais tu délires complètement Ethan...Regarde à quoi tu en viens tellement tu...

-Non, le coupa-t-il  d'une voix sèche. Il n y a jamais eu d'Elionne.  Jamais ! C'est un personnage que tu t'es toujours inventé, peut être qui t'a permis d'avancer aussi loin, qui t'a permis de te protéger du poids de l'Ordre, de justifier le prix sanglant de tes missions, mais qui n'a jamais existé ! Cela a plusieurs fois faillit te couter de graves problèmes, mais Alaryk et moi t'avons toujours couvert. Un psychologue renommé a permis de diagnostiquer que ton cas ne posait pas de problème dans l'exercice de tes fonctions à condition simplement d'éviter de t'en parler. Dawkins a accepté ce petit risque et a joué le jeu de l'intendant devant toi afin de pouvoir garder ton efficacité en mission. Cependant tu vas trop loin aujourd'hui. Tu m'entends Ithi ? Il faut que tu retrouves la raiso..


Un flash intense interrompit sa révélation et quelques secondes plus tard, le canon d'un revolver pointait dans sa direction. Le sourire d'Ithilion avait complètement disparu. Cette fois, ses yeux faisaient fenêtres sur la véritable ébullition des émotions à l'intérieur de lui.



-JE..T AVAIS...PRÉVENU !. articula Ithilion. Tu sais que c'est pas un sujet sur lequel il faut plaisanter ! TU LE SAIS !

Pour la première fois, Ethan sentit que la situation lui échappait totalement et qu'il avait franchit une limite qui pouvait être réellement dangereuse pour sa vie. Il n'esquissa pas la moindre tentative pour dégainer sa propre arme, connaissant trop bien les réflexes et les réactions de son coéquipier dans ce genre de cas. Il leva les mains et tenta de calmer le jeu.

-Ithi, ecoute moi s'il te plait. Ne fais pas de bêtise. S'il te plait, appelons Alaryk et d'autres Chasseurs Ailés et mettons ça au clair d'accord ?


-LA FERME !

La rage dévorait complètement la lucidité d'Ithilion. Sous la pression de son doigt, la détente se trouvait à quelques millimètres de lâcher une balle mortelle pour ce misérable sans scrupule qui se permettait d'appuyer sur les failles les plus sensibles pour arriver à ses fins.

-Ithi, as tu vu une photo ? Un cadre ? quoi que ce soit dans le chateau ?

-Bordel Ethan, juste ferme la ! Pourquoi fais tu tout ça ? Juste pour à cause d'une personne que j'ai pris sous mon aile ? sa voix déformée par la colère commençait à lui irriter la gorge.

-La n'est plus la question,lâcha l'unik en joue. Son expression traduisait un profond désespoir. Il faut que tu prennes conscience maintenant de ton propre cas..

Devant cette nouvelle allusion à l'existence de son maitre, Ithilion joignit sa deuxième main sous son arme pour signaler son intention de tirer. Il détacha chaque mot qu'il prononça ensuite comme pour leur inculquer tout le poids inébranlable de la vérité qu'il leur donnait :



-Elionne n'est pas un fantome !

Étant camarades et proches depuis tout petit, Ethan savait à quelle point cette vérité serait dure à avaler pour son ami. Il s'accrochait à cette être et son histoire façonnée de toutes pièces comme un dragon à son trésor. Lui faire prendre conscience de la réalité lui ferait sans doute perdre tout ses repères et bousculerait une partie de son monde. Ils n'auraient jamais dû le conforter dans ce mensonge et lui avouer beaucoup plus tôt. Aujourd'hui, il n y avait plus le choix et impossible de faire machine arrière.

-Ithi, pose cette arme et si tu ne veux pas m'écouter moi, allons...NON NE TIREZ PAS !

Deux coups de feux éclatèrent. Le morceau de métal pénétra le dos d'Ithilion avant de ressortir de l'autre côté. Le sol commença inexorablement à l'attirer et le monse s'assombrit tout à coup tout autour. En face de lui, Ethan s'écroula également. une rose rouge commença à fleurir au niveau de son flanc droit. Ithilion sentit une grande agitation autour de lui. Puis, plus rien.


*******

Le bip  régulier du cardiogramme fût le premier contact qu'Ithilion retrouva avec le monde. Encore trop faible pour ouvrir les yeux, il tenta naturellement de se remémorer la raison de son état. En vain, ses pensées arrivaient et reportaient comme un flot insaisissable. Il entendit une voix qu'il n'arrive pas à reconnaitre parler pas très loin de lui, mais il n'était pas encore prêt pour affronter la réalité des évènements. Il sombra de nouveau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Dim 19 Mar - 2:26


Qu'est-ce qu'elle fabriquait ici ? Comment était-elle arrivée dans ce couloir ? Sally ne se l'expliquait pas davantage que l'air tendu d'Alaryk. Il était rare qu'il ait une mine contrariée. Il ne voulut pas l'emmener voir Cecil tout de suite, car il estimait qu'elle devait d'abord se reposer. Mais Sally ne comprit pas pourquoi. Pourquoi parlait-il de ce qu'elle avait dit « il y a quelques secondes » ? Elle venait d'arriver. Un peu perdue, elle chercha du regard une quelconque réponse et remarqua que se trouvait une bouillie bizarre sur le sol. Ses doigts collaient aussi, et sentaient le sucre. Elle avait l'impression de se réveiller en plein rêve, avec la détestable sensation de perdre pied dans un trou insondable. Elle aurait voulu questionner Alaryk mais le ton cassant qu'il employait, presque dur, l'en dissuada. Il croisait les bras d'un air sévère et fronçait un peu les sourcils. Il lui faisait la leçon, dans une déferlante de reproches devant laquelle Sally ne put que rester stupéfaite. Jamais elle n'avait pensé une seule seconde que les Chasseurs étaient des personnes qui agissaient sans raison, qui résumaient la valeur de la vie à la pression d'une détente.
« Mais je... Je le sais, Ithilion me l'a enseigné... » articula-t-elle d'une voix chevrotante.
Le Chevalier ne l'écouta pas. Il avait décidé qu'il était l'heure de la ramener à l'infirmerie et lui intima de ne pas faire d'histoires. Le seul devoir qu'elle aurait pour ce soir, c'était de se demander si elle avait vraiment compris ce qu'était un Chasseur ailé.

Sally tiqua. Les traits de son visage s'affaissèrent, ses mains retombèrent et son regard brilla d'un éclat triste. Cette remarque lui avait fait l'effet d'une gifle cinglante. Elle avait toujours écouté scrupuleusement ce que lui racontait Ithilion. Elle répétait ses leçons le soir, elle y pensait la nuit, et recommençait son entraînement avec une solennité immense dès le lendemain à l'aube. Elle avait obéit, elle s'était soumise aux règles, n'avait jamais fait le moindre caprice, s'était faite discrète, aplatie devant les supérieurs, avait poussé son corps dans ses retranchements et souffert, oui, souffert le martyre pour gagner un contre la montre impossible. Alaryk parlait, mais elle ne l'entendait plus. Une seule phrase résonnait dans sa tête, qui cognait dans un écho cruel sur les murs de son esprit fragilisé.

Cette voie n'est pas la tienne...
A cet instant, quelque chose se brisa en elle.

Les mains de Sally se mirent à trembler, ainsi que ses épaules. Mais elle n'avait pas peur. Elle n'avait pas froid non plus. Elle était crispée. Très crispée, si crispée que ses muscles étaient au bord de la tétanie. Elle n'avait pas fait de gros effort, et pourtant elle avait du mal à respirer. Une boule acide et chaude roula dans son estomac jusqu'à sa gorge, soudain très sèche, et fini par submerger son cœur. Alaryk n'aurait su lui faire plus mal, même en lui crachant au visage. Dans le regard que la jeune femme leva doucement vers lui scintillait le reflet de la colère. D'une immense colère. Son œil bleu était semblable au canon d'une arme chargée à bloc, qui tenait Alaryk en joue. C'était trop, beaucoup trop, plus qu'elle ne pouvait en supporter. Et Sally n'en pouvait plus.
« Pourquoi tu me dis tout ça ? demanda-t-elle d'une voix feutrée mais menaçante. Pourquoi tu me regardes comme ça, Alaryk ? ».
Il lui faisait penser à Etan, qui la regardait toujours comme si elle était une immondice abandonnée sur le sol. Elle écarquilla les yeux et secoua doucement la tête, ce qui lui donnait un air inquiétant dans l’obscurité de ce couloir. Alors qu'elle était en proie à un tourbillon émotionnel dont la tristesse était totalement absente, sa parole se libéra, après des mois de retenue.
« Tu n'as jamais pensé que je pourrais trouver ma place ici. Tu es comme les autres.
- Sally, tenta Alaryk, touché par cette remarque. Mais la jeune femme recula subitement devant la main qu'il tendait.
- Non, fit-elle sèchement. J'en ai assez. J'en ai assez que vous fassiez tous semblant, alors que je ne suis qu'une étrangère à vos yeux. Vos principes, vos regards... je n'en peux plus. Vous n'êtes guidés que par ça. Mais vous êtes aveugles. Tous autant que vous êtes ».

Elle sentait une chaleur désagréable s'emparer de ses joues. Le Chevalier l'observait, interdit, ne sachant s'il devait être désolé, inquiet, ou se fâcher davantage. C'était comme si les paroles de Sally et les siennes étaient déconnectées depuis le départ, se mêlant dans une conversation qui n'avait plus de sens. Ce qui se passait dans la tête de cette fille était une énigme, mais il n'était pas stupide au point de ne pouvoir lire la souffrance sur son visage. Et la colère, cette colère intense qui l’interpellait. Jamais il n'avait vu la jeune femme dans un tel état.
« Écoute, dit-il dans un soupire. Je suis navré si ce que je t'ai dit t'a froissé. La vérité, c'est pas toujours évident à entendre, mais je t'assure qu'une fois que tu y auras réfléchi, tu verras que...
- La vérité ! lâcha Sally en faisant soudain un pas en avant. Ce que tu prends pour la vérité, n'est-ce pas une idée toute faite que tu avais dès le début ? Vous aviez déjà décidé que ça ne marcherait pas alors même que j'ignorais où se trouvait le quartier général ! ».
Le sang tapait fort contre ses tempes, point qu'elle en avait mal dans les oreilles, suivant le rythme rapide de son cœur prêt à éclater.
« Vous n'avez jamais voulu me laisser ma chance. Jamais. J'étais l'inconnue qui dérangeait, puis tout a été plus facile quand je suis devenue l'indésirable Paria.
- J't'interdis de dire ça ! gronda la voix puissante d'Alaryk. Tu es injuste. Nous t'avons couverte, alors qu'on risquait nos peaux dans cette histoire !
- Mais je ne vous ai rien demandé » répliqua froidement Sally.

Alaryk resta muet. L'insolence de la jeune femme ne faisait aucun doute, et s'il s'était écouté il lui aurait flanqué une bonne gifle pour lui remettre les idées en place. Il l'aurait fait, si elle n'avait pas eu raison.
« Rappelle-toi, cracha-t-elle d'une voix mauvaise, c'est toi qui m'a parlé à la banque la première fois. Si tu ne t'étais pas accroché à moi, Ithilion ne serait jamais intervenu. Tu aurais pu te contenter de m'ignorer, mais tu as choisi seul de m'approcher ».
Le géant flancha, ne sachant pas quoi répondre à ces dires. Elle n'avait pas tort. Mais lui tout ce qu'il avait vu à l'époque, c'était une petite brune mignonne avec qui il aurait bien partagé une pinte. Il n'aurait jamais pensé, une seule seconde, qu'ils en arriveraient là. Elle, qu'il effrayait à cette époque, lui tenait ce soir un discours aussi accablant que tout ce qu'il venait de lui lancer au visage. Était-ce normal ? Il était sans voix, baissant un regard incertain à son interlocutrice, qui semblait vouloir le brûler vif, ou l'engloutir pour ne plus avoir à l'entendre.
« C'est vous qui êtes venus me chercher... Et aujourd'hui vous voulez me chasser. Qui est vraiment injuste, je te le demande Alaryk.
- Personne ne t'a forcée à suivre Ithilion, répondit le Chasseur les poings serrés. Le visage de Sally exprimait tout le mépris que lui inspirait cette réplique facile.
- Eh oui, j'avais besoin de croire qu'on voudrait bien de moi quelque part ».

Le colosse sentit son cœur se serrer vivement. Cette conversation n'avait aucun sens... Il fallait arrêter cela. Ils s'étaient suffisamment disputés. Tout le monde était certainement très fatigué, très à cran depuis cette épreuve. Il leur faudrait à tous dormir, s'excuser, et tout rentrerait dans l'ordre autour d'un bon repas. Ils en riraient bientôt, ce ne serait qu'un mauvais souvenir. Alaryk savait que c'était un souhait naïf et puéril, et pourtant c'était ce que lui criait son cœur. Stop. Il ne fallait pas que les choses tournent ainsi avec Sally. Ithilion ne le lui pardonnerait jamais. La situation lui échappait totalement et il ne savait pas quoi faire pour rattraper les événements. Des engrenages s'étaient emboîtés et se mettaient en marche, sans qu'il n'y puisse rien. Il le voyait dans le regard de Sally, il l'entendait dans sa voix. Elle l'observait d'un air à la fois désolé et dégoûté. Il se demanda si ce n'était pas le reflet des regards qu'elle subissait elle-même, depuis la révélation de la vérité. Dans quoi s'étaient-ils tous embarqués ? Le problème, finalement, allait bien au-delà de la question de savoir si Sally était faite pour être Chasseur ou non. Ils étaient face à la force de la fatalité. Et pourtant... devait-il penser tout ça de cette jeune femme ?
« Sally...
- Assez. Elle recula encore. Maintenant, je vais voir Cecil ».
Sally trottina rapidement jusqu'à l'angle du couloir et disparut dans le noir. Alaryk resta immobile, les yeux fixés sur les pathétiques restes de raisins qui traînaient sur le tapis. Il avait le sentiment d'avoir fait une bourde énorme. Du genre qu'on regrette toute sa vie.

A peine Cecil ouvrait la porte de sa chambre à sa fébrile compagne, les yeux gonflés de larmes, que de puissants coups de feu se firent entendre brutalement dans le QG. Toutes les lumières s'allumèrent, les soldats sortirent de leur chambre, et l'agitation s'empara de l'ensemble de l'ordre jusqu'à ce que l'on trouve l'origine de ces tirs alors qu'on était en plein couvre-feu. Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour savoir ce qu'il en était, et la vérité fut si dure à entendre que les jambes de Sally n'en supportèrent plus son poids. Ce soir-là, tout alla si vite qu'elle ne se souvenait de rien de ce qui avait succédé l'affreuse nouvelle. Sa conscience avait été absorbée dans un trou noir, jusqu'au lendemain matin.

¤¤¤

Dawkins pressait le pas dans tout le QG depuis la nuit précédente. Les rapports aux supérieurs et t la mise au courant de l'ensemble des factions de l'ordre – pour les rassurer à grands coups de mensonges – lui avaient pris un temps fou. Il était aussi consterné par la tournure des événements qu'il se sentait coupable d'avoir laissé un telle histoire perduré si longtemps. C'était presque aussi fou que de garder une Paria sous leur toit. Il savait à présent que la mission qui l'occuperait pour au moins les dix prochains mois consisterait à étouffer l'affaire dans l’œuf. Si tous les petits secrets des Chasseurs ailés remontaient aux oreilles du Conseil des Princes, tous pouvaient dire adieu à cette vie.

Mais pour l'heure, il avait l'intention de rendre visite à son ami. Ithilion, malgré son esprit dérangé, était l'un de ses plus précieux amis. Et rien n'entamerait l'estime qu'il éprouvait à son égard, car il connaissait sa grandeur d'âme et ses vertus, que nulle folie n'aurait su simuler. Lorsqu'il arriva devant la porte de la salle de confinement, réaménagée en chambre d'hôpital pour le temps de convalescence du garçon, Dawkins se retrouva nez à nez avec Alaryk et Cecil. Ce dernier s'était d'ailleurs avéré être un allié de premier choix pour infirmer les clameurs des habitants du QG depuis la veille. Le vice-capitaine saurait s'en souvenir. Toutefois il n'était pas encore temps de s'en soucier. Cecil affichait une mine sombre, tandis qu'Alaryk avait l'air totalement atterré – personne ne savait quelle avait été l'horrible soirée qu'il avait passé la veille.
« Comment va-t-il ? »
On ne lui répondit que par un haussement d'épaules.
« Sally est avec lui » souffla Cecil. L'Ünik vêtu de noir avait la triste impression que depuis quelques temps, sa protégée n'avait plus d'yeux que pour un seul homme. Il laissa planer son regard vers la porte voisine, à la recherche de l'ombre sortante de Sally. Mais elle restait à l'intérieur.

A côté du lit où reposait le blessé, Sally courbait la nuque d'un air désolé. Le monde autour d'elle était totalement fou. Cet ordre des Chasseurs ailés, où elle avait bêtement cru trouver la stabilité et la chaleur d'un foyer, n'était qu'un nid de violence et de mensonge – dont elle-même était complice, à son plus grand dégoût. Elle serrait avec douceur et fermeté la main de son ami, de son très cher ami, qui lui non plus ne saurait plus guère ce qui lui arrivait une fois réveillé. Elle avait appris de quoi il retournait de la bouche de Dawkins, qui contre l'avis d'Alaryk, avait jugé qu'elle devait savoir de quoi il retournait, de par la relation qu'elle entretenait avec le jeune homme.
« Pourquoi a-t-on voulu te faire du mal, Ithilion ? » demanda-t-elle à celui qui n'ouvrait pas les yeux, plongé dans un sommeil presque mortel.
Elle se souvenait, maintenant. Ces mots durs qu'elle avait prononcé à son encontre à la fin de l'épreuve. Il ne méritait pourtant pas d'être traité ainsi. Elle n'osait imaginer le choc qu'il avait du ressentir lorsqu'il avait découvert que son entourage le plus proche lui mentait depuis sa plus tendre enfance. Elle connaissait ce sentiment de trahison, bien qu'elle n'ait su le nommer ainsi. Finalement, Ithilion l'avait peut-être acceptée facilement parce qu'ils se ressemblaient beaucoup lui et elle. Mais ce n'était peut-être là qu'un souhait stupide de la jeune femme.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, une petite lumière brilla au creux de leurs paumes alors qu'elle serrait de plus en plus l'étreinte de ses doigts sur la main du malade. Allez, songeait-elle. Tu ne peux pas me laisser comme ça. Réveille-toi.

Précision:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Dim 19 Mar - 19:46

Complètement libéré de toute contrainte, Ithilion flottait paisiblement dans cet espace sans dimension  qui l'entourait. Aucune douleur, aucune sensation étrange. Il avait l'impression de faire parti d'un tout  sans y être connecté. Contrairement à ce qu'il l'imaginait, il ne se retrouvait pas enfermé dans un noir infini complet; Autour de lui se dessinaient des formes et des couleurs qui n'avaient guère de sens et qui se mélangeaient à la manière du tumultueux flot de pensées qui avaient traversé son esprit avant de sombrer. Ces images se trouvaient bien loin. Ici, un calme apaisant régnait dans lequel il se laissait simplement dériver. Qu'il était bon de ne plus crouler sous le poids des problèmes, de subir la torture des décisions difficiles, de ne plus souffrir du regard narquois ou haineux des autres. Plus rien n'avait d'importance, ni d'impact. Les bras chaleureux du repos le berçaient avec un rythme délicatement hypnotique.
Le temps qu'il passa dans cette transe harmonieuse ne pouvait vraiment se définir. Une poignée de secondes ?  De minutes ? D'heures ? De jours ? Il n'en savait strictement rien et à vrai  dire, il s'en moquait à présent. Pour rien au monde, il ne quitterait ce cocon dépourvu de tout les maux pourrissant l'existence sur Origin's. Bien que sa mémoire et ses pensées s'échappaient petit à petit de sa tête, fuyant tels des courants d'air aux mille couleurs et rejoignant le tourbillon d'images difformes à l'horizon, il acceptait ce compromis. Une petite voix curieuse au fond de lui chantonna le désir de s'en approcher mais il la refoula à plusieurs reprises. Ce n'était plus son problème.
Ses yeux captèrent toutefois un éclat étranger au paysage. Une sorte d'étoile qui se détachait du lot, resplendissante et à la lueur chatoyante. Il essaya de s'en détourner, mais elle retint son regard aussi surement qu'un énorme aimant. Qu'elle en était la source ? Qu'elle en était la signification? Le ton mielleux de la douce voix revint à la charge. Plus attrayante. Difficile de résister à la tentation de découvrir les nouvelles surprises qui existaient dans cet univers. A sa grande surprise, son corps s'était dors et déjà mis à s'avancer, la décision n'appartenant plus aux ruines de sa volonté.
Le flux déferlant de motifs  grossissait au fur et à mesure qu'il progressait. Lorsqu'il fût suffisamment proche, il put alors se rendre compte qu'il s'agissait en réalité d'immenses tableaux.  Un mystérieux floutage recouvrait leurs représentions,  cependant leur vue fît entrer l âme d'Ithilion en résonance. Une vibration au début infime qui se mit à s'amplifier alors que sa course en direction du point lumineux s'accéléra encore et encore. Le torrent de tableaux ne se trouvait plus qu'à quelques mètres lorsque le jeune Ünik comprit, trop tard, que ne pas rentrer en collision avec l'un de ces obstacles démesurées tiendrait du miracle.
En pénétrant dans ce qui pouvait s'apparenter à un cercle d'astéroïde en mouvement, toute l'agitation se stoppa net. Tout comme lui d'ailleurs. Puis tout les immenses tableaux se mirent à s'aligner en face de l'étoile scintillante formant ainsi une rangée parfaite. Toujours totalement indépendamment de sa décision, son corps se rapprocha du premier cadre. Ithilion n'arrivait toujours pas à distinguer nettement l'image incrustée mais il sentait son esprit et tout son être prêt à exploser tellement leurs vibrations s'intensifiaient. Lorsqu'il rentra en contact, un puissant flash jaillit à l'intérieur de sa tête. La scène du tableau lui apparut alors dans les moindres détails.
Il assista à une vision de lui, encore loin de l'adolescence, dans un décors qui ressemblait aux rues populaires de Nordkia, le visage reconnaissant et la main tendue vers une ravissante personne. Une femme d'une beauté inouïe et charisme si attractif qu'il était difficile d'en apprécier le reste du tableau. Sa longue chevelure à la couleur aussi pure que la neige encadrait un visage aux traits délicats, mais ce qui fascina le plus Ithilion fût ces yeux grisâtres qui portaient  sur sa jeune version un regard chargé de sagesse et d'illumination. L'écho d'un nom vint briser les murs du silence cloisonnant cette dimension. : Elionne.
Soudain le flash s'arrêta et Ithilion sortit du premier tableau pour se diriger lentement  vers le second. Une puissante vague d'émotion le foudroya sur place. Un mélange de regret et de nostalgie qu'il avait été à la fois heureux d'abandonner mais aussi heureux de le sentir de nouveau. Pour une fois peu importait le prix, pour revoir le visage de cette personne qui lui inspirait tant de respect et d'admiration, il serait prêt à sacrifier beaucoup. En rentrant dans le deuxième tableau, le phénomène se répéta. Ithilion retrouva au même endroit dans les ruelles de Nordkia, il se revît avec le même âge, toujours la main tendue, sauf que la comparaison avec le tableau précédent s'achevait la. Les traits sur son visage dessinaient cette fois ci de la détermination et de la peur.  En face de lui se tenaient deux hommes, dont l'un tendait un feuillet au jeune garçon. Ithilion les reconnut rapidement car ces üniks faisaient partis du service de recrutement des Chasseurs Ailés. Mais pourquoi les voyaient-ils ici ? Ithilion eut l'impression de recevoir une nouvelle balle, mais l'étrange force qui le manipulait ne lui offrit pas le temps de réfléchir. Dès qu'il fût ressorti, sa course s'accéléra d'un coup. Les flashs se succédèrent à une vitesse phénoménale, remontant le cours de sa vie. Sauf qu'à chaque scène où se trouvait le prestigieux maitre d'Ithilion se voyait suivre  une scène identique à l'exception de sa présence. Soit Elionne n'apparaissait tout simplement pas, soit elle était remplacée par une tierce personne.
Le chevalier aux cheveux blancs eut la sensation que son ventre se remplissait de cette avalanche de souvenirs, d'émotions bonnes ou mauvaises, remontant jusqu'à son abdomen. Le défilé stroboscopique touchait à sa fin et la vision de sa discussion avec Ethan dans la cours apparut et se terminant par son effondrement dans l'herbe. Soudain Ithilion fut totalement happé par l'imposante masse lumineuse qui lui fit face et celui-ci se redressa en sursaut dans son lit d’hôpital en aspirant une grande bouffée d'oxygène.
Une intense douleur le saisit aussitôt au niveau de ses côtes et il se mit à tousser violemment. Des gouttes de sueurs perlaient de son front et son coeur tambourinait avec vigueur à l'intérieur de sa poitrine. Le souffle haletant, il mit quelques temps à reprendre ses esprits et d'enfin se rendre compte de la présence d'une personne à ses côtés. La douceur et la délicatesse de ses doigts  refermés avec force autour des siens. Des yeux qui  même rongés par les cernes et gonflés par les larmes offraient un océan de mystère dans lequel il était difficile de ne pas plonger. Combien de temps était-elle resté à ses côté ? Si son expression ne ressemblait plus à celle qu'elle affichait au retour de l'épreuve, Ithilion sentit une profonde brisure en elle. Une observation qui amplifia cette maudite boule qui pesait au milieu de ses entrailles.
-Tu as pleuré ?! La honte...la voix éraillée et faiblarde d'Ithilion trahit l'assurance dont il avait voulu faire preuve. Comme si une balle pouvait suffire.
Sa tête lui faisait l'effet d'une véritable cocotte minute. Pour l'heure si des brides d'évènements arrivaient à se figer distinctement dans son esprit, il ne réalisait pas pas totalement sa situation. D'ailleurs, il ne parvenait pas réellement à retrouver suffisamment de repère par rapport à ce qu'il venait de voir. Le miroir de la conviction à travers lequel il avait regardé le monde venait de voler en éclat. S'était-il vraiment inventé ce personnage ? Difficile d'accepter que sa vie s'était construite sur une simple illusion. Que ses ressentis n'étaient que le fruit d'une imagination irrationnelle. Que son entourage l'ait maintenu dans ce mensonge. L'image d'Ethan s'écroulant survint de nouveau.
La boule remonta vers sa gorge et un vertige le saisit. Sentant qu'il perdait à nouveau pied, il se raccrocha à la seule branche qu'il savait  inébranlable et qui jamais ne romprait pour le lâcher dans les flots obscurs :
-Disciple...J'ai...faim !
Cependant, sa pointe d'humour ne suffit pas à retenir le barrage de larmes qui se mit à déferler le long de ses joues. La douleur la chair n'était rien comparé à cette cassure au sein de sa réalité. Même son orgueil se retrouva impuissant, laissant Ithilion en pleure face à ses souvenirs déchirés et face à sa disciple.
                                                          *********
(5 jours avant le réveil d'Ithilion)
En effet, le corps d'Ithilion ne semblait pas avoir donné de signe de vie. Dawkins se retourna pour aller s'assoir prêt d'Alaryk. Pourtant bâti d'une constitution plus que respectable, le contraste restait flagrant aux côté du colosse à l'air abattu. Le jeune capitaine comprenait sa tourmente. Ses deux coéquipiers se trouvaient entre la vie et la mort et cette histoire aurait quoi qu'il en était un aboutissement regrettable.
La porte s'ouvrit et Klegan entra alors dans la pièce. Deux autres hommes entrèrent au pas de course et refermèrent derrière eux. Dawkins se leva pour saluer en bon et due forme, tandis qu'Alaryk porta mollement sa main au dessus de son front.
-Je suis passé voir monsieur Malic. informa alors Klegan. Les infirmiers pensent qu'il est hors de danger. Je pensais que cela pourrait vous soulager de le savoir.
Le menton appuyé sur les paumes de ses deux mains, le regard dans le vide, Alaryk ne réagit pas tout de suite à la nouvelle. En vrai, il se fichait bien que des gugus en robe blanche fassent des suppositions sur l'état de santé de son ami. Il souhaitait simplement que les deux puissent se lever de leur lit au plus vite. L'étiquette lui imposa cependant à répondre à son supérieur hiérarchique de façon convenable :
-Merci monsieur.
Pourquoi diable en étaient-ils arrivé la ? Alaryk n'avait jamais été vraiment à l'aise avec cette histoire, mais sa profonde amitié pour Ithilion lui avait toujours permis d'agir sans regret pour son bien. Pour son bien. Plusieurs fois la question de le démettre de ses fonctions était revenue sur la table. Seules ses capacités et ses réussites exceptionnelles lors des missions lui avaient sauvé la mise, ajouté à un diagnostique de plusieurs psychologues à sa plus grande discrétion. Le maintenir dans le mensonge avait été jugé plus rentable et efficace que de prendre le risque d'aggraver ce qu'ils avaient appelés sur un ton si dégradant : "un trouble mentale". Voila le résultat aujourd'hui. Vivre dans le mensonge n'amenait rien de bon et cela demandait beaucoup trop d'efforts pour le maintenir. L'erreur subsistait inévitable. Seule la durée du compte à rebours n'avait pas été pris en compte.
-Pour le cas de monsieur Gwendilan,reprit le maitre de l'Ordre sur un ton plus grave. Bien qu'il y ait encore quelques vérifications à effectuer, l'affaire ne devrait pas d'ébruiter.
Encore une fois, l'information fit une belle jambe à Alaryk. Il ne se sentait pas d'humeur à discuter et réfléchir, mais apparemment son supérieur ne lui en laissait pas le choix :
-Cependant, il va peut etre falloir au minimum  songer à une suspension de votre coéquipier. Vu son état, il ne sera pas opérationnel avant plusieurs semaines.
-Logique, c'est le minimum quand on se prend une balle dans le dos. répliqua sèchement Alaryk.
Klegan ne releva pas l'affront.  Dawkins lui posa une main amicale sur l'épaule de son ami pour le calmer. L'identité du tireur n'avait pas été révélée pour ne pas créer de dissension au sein des Chasseurs Ailés. N'en déplaisait à Alaryk, aucune sanction ne lui sera d'ailleurs attribué sous le couvert d'avoir réagit à une situation d'extrême urgence pour sauver une vie. Alors que le chevalier aux cheveux blancs lui avait bel et bien menacé et tiré sur son coéquipier.
-J'ai dit au minimum. La gravité de la situation va peut être devoir me faire prendre de lourdes mesures à son sujet. Cela dépendra beaucoup des résultats de son interrogatoire et surtout de ses tests d'analyse psychologique. Dans les faits, votre équipe est dissoute jusqu'à nouvel ordre et il se peut qu'elle ne soit jamais reconstruite avec lui.
-Quoi ? Vous n'y pensez pas monsieur ?!! s'insurgea Alaryk en bondissant sur ses deux jambes. Je ne vois pas pourquoi Ithilion devrait payer pour avoir été mené en bateau !!!
-Il suffit ! J'ai parlé. intima Klegan en s'approchant sans une once de peur de la montagne de muscles.  Je ne peux me permettre de prendre ceci à la légère. Il en va de la réputation de notre Ordre et surtout de sa survie. J ai pris le risque de garder un cas comme Ithilion, mais c'est choix qu'effectivement je n'aurais pas du faire. Tout ceci sera débattu dès son réveil. Tout comme il faut que j’entende sa disciple par rapport à l'épreuve.
Sur ces mots, il tourna les talons et sortit de l'anti-chambre, suivi par ses deux administratifs et laissant les trois hommes totalement abasourdis.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Lun 20 Mar - 1:13


Un jour de plus qu'ils passaient tous devant cette porte. Cecil balayait son regard froid sur les visages tendus et fatigués de ses deux compagnons. A sa gauche, Dawkins qui venait d'arriver, avec son allure pressée qui ne le quittait plus depuis la nuit des coups de feu. Il tentait de garder contenance mais il était clair que cette histoire le tracassait en profondeur. La preuve en était qu'il ne parlait presque plus, ce qui était inhabituel chez cet homme qui maniait l'art de la conversation comme un noble. A sa droite, Alaryk, totalement prostré au pied du mur auquel il était adossé. Le visage plongé dans sa grosse main maladroite, il semblait être dépassé par la situation jusqu'au désespoir. Quoiqu'il n'en faille pas beaucoup à ce nigaud pour se sentir dépassé, songea Cecil, qui raide comme un i tâchait de garder la tête froide. Tout ce qu'il avait appris lui semblait tellement absurde, tellement énorme qu'il avait du mal à y croire. Ce nabot braillard aux cheveux blancs avait bien des défauts, mais la folie ne sautait pas aux yeux quand on le regardait. Le noble noir, qui avait d'ordinaire de l'intuition pour ces choses-là, dut admettre qu'il avait été particulièrement surpris. C'était Dawkins qui s'était chargé de le tenir au courant. Étrangement, le capitaine voyait en lui un allié de prestige, à croire qu'il lui faisait confiance. Ce n'était pas réciproque, mais Cecil prêtait une oreille attentive à tout ce que ce soldat pouvait lui dire d'utile. Néanmoins, il avait désormais prit le parti de se méfier scrupuleusement de ce qui sortirait de la bouche de cet homme. Après tout il avait tue cette maladie dont était atteint Ithilion et laisser Sally et lui-même à ses côtés. Il aurait pu s'avérer dangereux, ou que savait-il.

Cedric perçut rapidement cette lueur de méfiance dans le regard de Cecil lorsque leurs yeux se croisèrent. C'était peut-être un aspect des événements qui l'ennuyait autant que les malheurs d'Ithilion. Comme pour oublier le froid qui s'était installé entre lui et l'Ünik vêtu de noir, il se tourna vers Alaryk, qui ne disait rien.
« Allons mon vieux, dit Dawkins d'un ton qui se voulait rassurant, le principal est qu'il ne soit plus en danger de mort ».
Alaryk ne répondit que par un hochement de tête. L'état de son ami l'inquiétait fatalement, mais il y avait aussi celui d'Etan, et cette histoire de suspension, de dissolution de leur équipe. Bordel... Ils étaient ensemble depuis qu'ils étaient mômes. La perspective que plus rien ne serait comme avant l'attristait autant qu'elle l'effrayait. Il ne se voyait pas progresser sans ses deux amis réunis. Pourquoi avait-il fallu qu'ils se fassent autant de cachotteries ? Pourquoi Etan avait-il agi dans le dos d'Ithilion ? Il connaissait pourtant les risques... Leur ami détestait le mensonge. Il n'avait pu être que déçu. Les relations au sein de leur groupe n'avaient jamais été aussi tendues, et à présent, on ne savait pas s'ils allaient pouvoir un jour de nouveau partager une mission, un repas, une pinte de bière. Pourquoi ?
Le visage de Sally apparut soudainement dans sa tête. Non, Alaryk refusait de penser à cela. Il n'avait rien compris à ce qu'il s'était passé l'autre fois. Il avait parlé durement à une fille inexpérimentée, qui sortait traumatisée d'une expérience de violence inédite pour elle. Quand il y repensait, c'était vraiment pas malin de sa part. Quel con. Et maintenant la petite ne le regardait même plus, ni ne lui adressait la parole. S'était-il trompé, avait-il dit la vérité, il l'ignorait et à vrai dire ce n'était pas cela qui le tracassait. Quand Ithilion serait sur pieds, et qu'il apprenait cet échange, il savait que son ami lui en voudrait, d'une manière ou d'une autre. Il lui dirait peut-être en souriant qu'il avait agit avec sa conscience de gros lourdaud, mais comprendrait que cela ne partait pas d'une mauvaise intention. A moins qu'il ne lui dise qu'à l'instar d'Etan, lui aussi l'avait déçu. Quant à Sally... Il ne savait pas s'il était censé espérer une réconciliation.

La veille, il avait fait un rêve étrange, si étrange que sa nuque en frissonnait encore. Dans ce rêve, il était allongé dans un immense lit à baldaquins aux draps de soie rouge. Nu comme un ver, il éprouvait la délicieuse sensation de la décontraction de l'ensemble des muscles de son corps. Une sensation qu'il n'avait eue depuis des lustres. Il soupirait grassement, entouré de femmes plus belles les unes que les autres, qui s'en venaient à pleine bouche dévorer son anatomie de guerrier. Il redécouvrait les plaisirs de la chair comme s'il était adolescent, émerveillé par les caresses et baisers enchanteurs qu'il recevait, au point de contracter une envie si solide et dure qu'elle en était parfaite. Au moment où il sentit qu'il voulait éprouver plus, beaucoup plus que ce qui lui était déjà offert, il sentit le bassin d'une de ces femmes glisser et s'empaler contre lui avec conviction. Son cœur fit les montagnes russes, tout comme ces vas et viens qu'il subissait, allongé comme un pacha tandis que l'une de ces créatures somptueuses lui offrait un plaisir si grand qu'il en arriva en peu de temps au point de rupture. Soudain, il s'aperçut que celle qui se trouvait au-dessus de lui n'était autre que Sally. Rougie par la chaleur, essoufflée par le rythme, ses cheveux collaient à sa peau nue d'une manière indécente. Alaryk avait senti son cœur se soulever vivement, et son corps se contracter d'une manière très désagréable, horrifié à l'idée de ce qui était en train de se produire. Alors que son regard croisait celui de la jeune femme, mi-clos et embué, il se senti céder bien malgré lui, fatalement arrivé au sommet de cette valse charnelle.
Mais Sally n'avait plus l'air de trouver cela agréable. Au contraire elle arborait une mine froissée, comme si elle souffrait. Elle gémissait, suppliait, tentait se de dégager mais n'y parvenait pas, à mesure que le colosse se déversait en elle. La jeune femme se mit à pleurer, à crier même, de plus en plus fort. Le décor autour d'eux s'était mis à tourner à toute vitesse et à s'assombrir. L'écho de ce hurlement à glacer le sang avait fait bondir Alaryk hors de ses draps, le dos trempé de sueur, le cœur battant et les membres tremblants comme des feuilles gelées. Il était revenu dans le monde réel, et s'était rendu compte que tout cela n'était qu'un cauchemar, un affreux cauchemar. Sur le sol de sa chambre, Alaryk se demandait pourquoi il avait rêver d'une chose aussi atroce. Jamais il ne violenterait une femme de la sorte... Il voulut se convaincre que cela n'était que le fruit de son inconscient, et certainement dû à la dispute qu'ils avaient eu quelques jours auparavant, mais cette nuit-là, il ne parvint pas à retrouver le sommeil.

Au même moment, à l'autre bout du QG à l'infirmerie, Etan se réveillait également. La blessure lancinante à son flanc devait en être la raison. Il grogna un peu en tentant de trouver une nouvelle position, gêné par ses bandages et la clarté des deux Lunes derrière la fenêtre. Un craquement sec dans la pièce, juste derrière lui, le fit sursauter si vivement qu'il en poussa une exclamation de surprise. Son estomac se serra douloureusement lorsqu'il vit se découper dans le noir une silhouette silencieuse et sombre, qui se tenait debout, immobile, près de la porte. Lorsqu'elle s'approcha, il put reconnaître Sally. Il soupira, comme soulagé de n'avoir à faire qu'à elle.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » lui lança-t-il sèchement. Il avait assez d'ennuis comme cela, ce n'était pas pour que cette idiote vienne en ajouter une couche. Elle ne lui répondit pas. Elle l'observait de ses grands yeux bleus, inexpressive, si pâle dans la nuit qu'elle en était fantomatique. Elle s'approcha encore du lit d'Etan, dans lequel il se redressa en hâte.
« Qu'est-ce que tu fais ici ?! » répéta-t-il d'une voix puissante. Mais il n'obtint pas davantage de réponse. Sally demeurait muette et avançait d'un pas lent, jusqu'à buter contre la couche du blessé. Elle ne le quittait pas des yeux. En proie à la douleur et au sommeil, le soldat se sentit angoissé.
« Sors d'ici, murmura-t-il, sors d'ici je te dis, tu n'as rien à y faire ! Dégage ! »
Il criait presque. Pourtant Sally n'obéit pas. Elle pencha la tête sur le côté, et émit un petit ricanement. Puis elle se mit à rire franchement, à rire d'une drôle de façon, sans jamais le lâcher du regard. Stupéfait, Etan ne pouvait que contempler. Cette fille avait l'air de sortir du royaume des ténèbres. Sa beauté et son rire lui donnaient des airs de folies absolue. Il voulut se boucher les oreilles et ne plus rien entendre, mais rien n'empêchait ce rire affreux de parvenir à ses oreilles. Soudain effrayé, il sentit son cœur rompre dans sa poitrine, et en un clignement d'yeux, c'était déjà le matin. Il se réveilla dans l'exacte position de son endormissement. Avait-il rêvé ? En tout cas, il était trempé de sueur. De sueur froide.

Une main se posa sur l'épaule d'Etan, et il écarta ses questions pour un moment.
Une autre se posa sur l'épaule d'Alaryk, et il cessa de songer à son cauchemar.

Et celle de Sally serra davantage le doigts d'Ithilion lorsqu'il se mit à lui parler, d'une voix cassée par son long repos. Il était inutile de lui faire croire qu'elle avait résisté à ses larmes, il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Elle se retenait de le faire à présent qu'il était réveillé, en rassemblant toute la pudeur dont elle pouvait faire preuve. Un sourire triste mais ô combien se dessina sur son visage pâle et fatigué. Il essaya de faire de l'humour, il tenta d'égayer la situation, mais Ithilion avait compris que désormais tout ce qui avait été son monde n'était plus qu'une illusion lointaine et grotesque, à laquelle il avait été brutalement mis fin. Alors qu'un intimait à sa disciple de lui apporter de quoi manger,  de lourdes larmes coulèrent le long de ses joues. Sally comprenait que son ami était en proie à un immense sentiment de solitude. Pour la première fois, elle n'obéit pas à un de ses ordres. Elle porta sa main libre au visage d'Ithilion et essuya ses joues mouillées avec une douceur infinie. Elle n'aimait pas le voir comme ça. Elle serrait sa main et séchait ses larmes, en lui murmurant des paroles rassurantes, et agit ainsi jusqu'à ce que ce tourbillon émotionnel se soit terminé.

Un moment plus tard, elle s'assit un peu sur le lit du jeune homme, tenant toujours sa main dans la sienne, le regard posé sur lui. Ses yeux reflétaient à la fois de la bienveillance et de la tristesse. Cecil lui avait parlé des révélations de Dawkins, et c'était peut-être la chose qui avait horrifié Sally autant que d'apprendre la blessure d'Ithilion. Elle ne savait comment en parler. C'était peut-être trop tôt.
« Comment tu te sens ? » lui demanda-t-elle d'une voix faible. Elle espérait qu'il aille un peu mieux, à tout le moins du côté de sa douleur. Elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle employait toujours sur lui un pouvoir de soin dont elle ne soupçonnait pas l'existence. Celui-ci brillait tout discrètement, au creux de leurs peaux, ne dégageant qu'une faible chaleur qu'elle prenait pour celle émanant de leur contact.
Sally croisa le regard d'Ithilion, ce qui acheva de la convaincre de lui parler. Elle lui avait déjà menti – sans vraiment le vouloir – sur sa nature, elle n'entendait pas poursuivre dans cette voie. D'autant que tout le monde autour de lui l'avait fait depuis si longtemps... Etan, Dawkins, et même son grand ami Alaryk... Cecil également. Au final, le Chevalier avait toujours été entouré de menteurs. Elle ne voulait pas en faire partie. Après tout ce qu'il avait fait pour elle, elle lui devait cette vérité. Du moins, le crût-elle.
« Ithilion, commença Sally d'un fébrile, ce que j'ai à te dire n'est pas facile à entendre. Mais je déteste l'idée que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre alors que je sais tout... ».
Elle lui dévoila tout ce qu'elle savait. Les intentions des supérieurs, les soins qu'il devrait subir, la dissolution de son équipe et sa potentielle suspension. Jamais Sally n'évoqua Elionne Histo, cette femme qu'elle avait imaginé rencontrer un jour. Celle qui était la mère de son ami, qu'il semblait aimer d'un amour profond. Elle savait à présent qu'elle n'était que le fruit de l'imagination d'Ithilion. Quand elle y pensait, c'était terriblement triste.

Après quelques instants de silence, Sally reprit.
« Il y a... autre chose. Je te demande pardon. Cela fait sans doute beaucoup de choses à entendre en peu de temps. Mais du peu d'expérience que j'ai de la vie, je sais qu'il est préférable de savoir les choses telles qu'elle sont, le plus tôt possible ».
Ce qu'Ithilion ne pouvait que lui concéder, au vu de sa situation. Sally aurait aimé savoir tout de suite ce que signifiait être Paria et pourquoi cela la rendait si spéciale aux yeux de Sullivan. Elle n'aurait peut-être pas vécu de la même façon en connaissance de cause. Mais il était trop tard pour songer à cela.
« Alaryk et moi nous sommes disputés le soir de... Enfin, ce soir-là. J'étais sortie de l'infirmerie et je cherchais Cecil. Je ne me souviens plus bien de ce qui s'est passé. Mais il a soudain eu l'air fâché, et m'a dit que ma voie n'était pas celle des Chasseurs ailés ».
Elle baissa les yeux vers ses genoux, faisant tomber quelques unes de ses longues mèches le long de ses épaules et de sa nuque.
« Ceux qui savent me regardent comme si j'étais un monstre... Pour eux, toi et moi avions perdu notre pari avant même de l'avoir lancé ».
Sally se redressa, pour affronter de nouveau les yeux blancs de son ami. Elle avait retrouvé son air mélancolique et inquiet, celui qu'elle arborait le jour de leur rencontre. Mais étrangement elle était bien plus sûre d'elle.
« Je ne sais pas ce que je vais devenir dans ce QG. Mais ce dont je suis sûre... C'est que si tu ne veux pas que nous soyons séparés, personne n'aura suffisamment de pouvoir pour nous y forcer ».
Ce disant, Sally serra encore la main d'Ithilion. Il devait le comprendre. Rien ne les séparerait à moins qu'il ne veuille plus la voir. Qu'il la chasse et qu'elle disparaisse de sa vie. Elle craignait que les autres Chasseurs ne cherchent à la renvoyer. Elle lisait sur tous les visages qu'elle croisait le reflet de sa chute en disgrâce. Elle, l'étrangère à l'armée, et pire, pour ceux qui le savaient, l'indésirable Paria.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 25 Mar - 13:33

Malgré son retour parmi le monde des vivants, une partie d'Ithilion semblait être resté la bas, de l'autre côté du miroir. Là où le temps ne s'écoulait plus et où l'espace évoluait sans frontière. Là où la douleur ne torturait pas à longueur de journée. Là où existait encore sa réalité auxquels une part de lui s'accrochait avec le désespoir d'un malheureux suspendu à une corde au dessus du vide. Un pied dans l'un, un pied dans l'autre, Ithilion avait l'impression de flotter dans un océan déchainé par une nuit noire. Seule la fébrile lumière du phare au loin que constituait l'écho de la voix et le doux contact de sa disciple lui permettait de ne pas sombrer.
Les larmes ne coulaient plus, les doigts de Sally les avaient chassé de son visage. Un geste de bienveillance à laquelle l'âme en détresse ne resta pas insensible, bien que son visage n'en dépeignit pas la résonance.
A la question de comment il sentait, Ithilion se détesta de ne pouvoir murmurer qu'un unique "bien" qui se brisa comme une vague à un rocher. La culpabilité de ne pas être à la hauteur en dépit des efforts de la jeune paria pour lui remonter le moral et lui démontrer son soutien infaillible mit un coup supplémentaire à son moral. Complètement en miette, il n'arrivait même plus à reprendre le contrôle de lui même. Tentant de rassembler l'ensemble des pièces du puzzle pour commencer dors et déjà à se reconstruire, ses mains n'étaient pas suffisamment grandes pour toutes les contenir. Alors comme dans les pires cauchemars d'enfant, elles continuaient à lui échapper au fur et à mesure qu'il en attrapait d'autres. Tuant dans l'oeuf la fébrile flamme de détermination crée par son instinct de survie et laissant place à l'angoisse de ne plus jamais redevenir maitre de son destin.

En même temps qu'il menait ce combat acharné mais invisible, Sally lui dévoilait tout ce qui pesait sur sa conscience. L'évènement avait sans doute touché un point sensible chez elle  et  lui avait fait prendre conscience que le mensonge pouvait se révéler aussi dévastateur que la maitrise des armes qu'on lui enseignait en ces lieux.
Apprendre que sa disciple connaissait l'ensemble de l'histoire ne lui assena pas la coup de grâce. Au fond, maintenant que la vérité éclatait au grand jour, il s'était douté à son réveil que tout lui aurait été expliqué. Le tabou n'existait plus. A partir de maintenant, il devenait juste un fou privé de son mensonge et condamné à contempler le reflet de sa déviance dans le regard des autres ou même dans le sien.
A ce titre, il n'osa même plus tourner sa tête vers Sally. Cette dernière pourtant  paraissait ne lui porter aucun jugement. Elle se tenait à ses côtés et continuait à veiller sur lui sans relâche, mais le poids de la honte lui écrasa toute lucidité et ne l'empêcha pas de tenir ce comportement si injuste et stupide au regard de sa gentillesse et sa douceur à son égard. Il s'apprêtait même  à lui demander de quitter la pièce en prétextant le repos, ne souhaitant plus qu'elle le voit dans cet état aussi misérable.
Toutefois, elle aborda un nouveau sujet qui atteignit Ithilion en plein coeur. Elle lui parla de la dispute avec Alaryk lors de la soirée où tout était parti en vrille. Les mots durs qu'il avait eu à son encontre tourmentaient sa détermination et sa légitimité chez les Chasseur Ailés. L'ünik sentit une profonde tristesse dans sa voix qui eût un écho particulier avec ce qu'il ressentait au même instant. Sans trop savoir comment, il comprit que quelque part cette fille subissait une situation similaire depuis des années. Dans ces moments la, une profonde connaissance des tréfonds de ce monde se dessinait au travers de son manque d'expérience de la vie. Lorsqu'il l'avait rencontré, Ithilion avait été frappé par cette enfant-adulte à l'esprit à la fois si candide et pourtant déjà marqué par ce que la grande majorité aurait pu traverser dans leur vie sans se relever. Au final, leurs deux vies ne se ressemblaient pas mais ils portaient un fardeau similaire. Eux, les indésirables, voués à se battre chaque seconde pour imposer son droit d'existence à la vue des autres.

Sally se redressa soudainement avec une détermination qui obligea Ithilion à croiser son regard. Les yeux de son amie brillaient d'une intime conviction forgée par ce lien incassable  qui les unissait depuis cette après-midi à la banque d'Anathorey. Malheureusement le chevalier n'anticipait pas tellement la suite des évènements. Aussi forte fût-elle, la volonté de Sally n'aurait que l'effet d'un souffle sur un mur si le QG décidait d'enfermer le soldat pour avoir tiré sur un coéquipier. D'autant plus que sa folie ne contribuerait pas à excuser son acte. Bien au contraire. Il était futile d'espérer que la situation puisse redevenir comme avant. Ithilion avait du mal à saisir la raison qui avait poussé ses supérieurs à le garder en toute connaissance de cause, mais à présent, il ne faisait nul doute que son cas serait balayé hors de tout service. 
Sa seule possibilité se résumait à attendre et assumer les conséquences. L'idée même de fuir ne fit pas l'enfeu. Sa pièce ne possédait aucune fenêtre, son état ne le permettait pas, le QG devait attendre patiemment son réveil hors de cette pièce et son dzêta lui avait été retiré. Cela étant dit, ce dernier point ne le dérangea pas. Jusqu'à aujourd'hui, il avait toujours cru qu'il s'agissait d'un précieux cadeaux de cette illusion femme qu'il respectait tant. Il en avait toujours pris grand soin, quitte à s'en séparer le moins possible. A présent, cet objet ne représenterait plus que le triste rappel de son passée illusoire, autant le garder le plus loin possible de sa vue.

Ithilion détourna la tête pour fixer le mur de la pièce en face de lui. Le silence lui rappelait chaque seconde que son amie attendait toujours une réaction de sa part, qu'il lui dise que tout allait bien se passer, que rien ne pourra freiner la progression de leurs envies, que leur résolution repousserait quiconque barreraient leur chemin.
En réalité, il n'en savait rien. Son arrogance, son optimiste, sa vision du monde, tout avait volé en éclat et il ne percevait plus que les reliefs les plus sombres du futur qui l'attendait. Blesser une fois de plus son amie le rendrait malade, la vérité allait être une pilule extrêmement difficile à lui faire avaler.


-Sally....commença t-il lentement pour retarder autant qu'il pouvait l'échéance. Ils risquent de m'enfermer pour ce que j'ai fait. Pour ce que je suis.


Cette vérité prit à contrepied l'espoir qu'essayait de construire sa disciple, mais il ne souhaitait plus lui donner de nouvelles promesses à la réalisation utopique.

-Pour moi tu as tout le potentiel qu'il faut pour devenir Chasseresse, mais que vaut finalement l'avis d'un fou ? Hein?

Sa voix tremblait et sur son visage pâle et fatigué apparaissait par sursaut des traits de démence. Toutes les idées noires se rassemblaient pour tenter de justifier sa situation et la raison ce châtiment. Sa haine pour les autres, ces traitres, ces menteurs et par dessus tout sa colère pour soit même s'embrasèrent au contact de la culpabilité d'avoir mené Sally dans un chemin de souffrances et de désillusions. De rage, il explosa son point contre le barreau de fer de lit. La douleur irradia son poing aussitôt mais cela ne renforça que son envie de frapper encore plus fort.

-Le seul monstre ici c'est moi. La barre résonna encore une fois et un bruit de craquement retentit. Le problème n'est pas que tu n'es pas faite pour ça mais que je t y ai amené n'importe comment. Et encore maintenant je te fais souffrir alors que tu n y es pour rien et que j'ai toujours souhaité le contraire. Je suis vraiment désolé Sally. L'excuse portait en elle tout le regret dont il était pourvu et pourtant mourut à peine sorti de sa bouche. Pourquoi ai-je été aussi débile ? POURRRQUOIIIII ?!!!

Le cri déchirant d'Ithilion se mêla au bruit de la porte de la chambre qui s'ouvrit en éclat pour laisser entrer Alaryk, Dawkins et Cecil en précipitation. Le grand colosse plongea sur le lit pour retenir la bête enragée qui s'obstinait à frapper encore et encore, se fichant totalement que la chair de sa main se faisait lacérer à l'impact de du barreau cassé. La douleur physique lui faisait presque du bien à côté de ce qu'il endurait au sein de son être.

-LACHE MOI ALARYK !! DE QUEL DROIT TU LA COUPES DANS SON ELAN HEIN??!! FOUTEZ NOUS LA PAIX !!!

La fine musculature du démon aux cheveux blancs se retrouva totalement paralyser par  la masse de muscle du colosse. Il tenta de s'en dégager par tout les moyens, mue par une hardeur infatigable contre cette emprise immuable. Alaryk encaissant sans broncher les injonctions de son ami. Les évènements le dépassait complètement il s'en fallait de peu pour qu'il craque à son tour. Fort heureusement, son affection pour Ithilion consolida sa constance pour tenir le coup face à cette épreuve.
L'infirmier entra à son tour rapidement dans la pièce munit d'une seringue mais Dawkins s'interposa en levant une main rassurante.

-C'est bon s'il vous plait on s'en charge.

Il fallut quelques minutes avant que le calme retrouve ses droits dans la chambre. La boule de haine subsistait encore. Ithilion la sentait palpiter dans un coin de son esprit, attendant d'avoir l'essence suffisante pour exploser à nouveau. Tout à coup, l'ampleur de sa réaction sous les yeux de sa disciple lui tomba dessus. Il ne voulait pas voir son visage déformée par les larmes, la peur ou pire, le dégout.
La poigne de fer d'Alaryk se détacha de lui lorsqu'il jugea que la tempête était passée, mais libéré, Ithilion resta immobile. Ses pensées naviguaient toujours entre le doute et la réalité. Une longue chevelure blanche flottait devant ses yeux défiant les frontières du mirage et des faux-souvenirs. Il devait s'en détacher, mais l'effort lui coutait trop. Beaucoup trop. Une nouvelle vague de vertiges le saisit.

-Pardonne moi... Je ne t'abandonnerai pas.


Ces mots murmurés s’élevèrent dans la pièce sans trop savoir son destinataire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Dim 26 Mar - 23:31


Un mal pour un bien. C'est ce que se dit Sally, désarmée face à la réaction d'Ithilion. Les révélations devaient avoir réveillé toute la tristesse qui dormait en lui depuis des années, comme un monstre terré dans sa caverne. Il savait qu'il allait très certainement être enfermé, et si ce n'était pas pour sa folie, ce serait pour avoir tiré sur Ethan. Sally ignorait ce qui avait bien pu se passer pour que son ami tire sur leur coéquipier, dont il était si proche. Elle ne pouvait croire à un geste gratuit. L'enquête ouverte par les supérieurs apporterait peut-être des réponses. Mais comment s'assurer qu'on ne chercherait pas à mener les investigations à charge, connaissant le désamour de Klegan à l'égard d'Ithilion ? Sally ne confia pas ses inquiétudes à Ithilion, qui lui répéta sa conviction de ce qu'elle était capable de devenir une Chasseuse chevronnée. Il apporta une nuance cruelle à sa remarque, témoin de ce qu'il ne croyait plus en lui, et qui mena la jeune femme sur la même pente. S'étaient-ils tous les deux trompés depuis le départ ? Il était détestable pour elle de voir son ami dans un tel état. Lui qui était si assuré d'ordinaire n'était plus que l'ombre de lui-même.

Elle aurait voulu le réconforter, elle aurait voulu être la main apaisante qui le soulage de ses maux comme lui l'avait été auparavant pour elle. Mais rien ne semblait pouvoir arrêter ce flot d'émotion qui déferlait d'une façon incontrôlable. A mesure que ses pensées cavalaient dangereusement entre son esprit et son cœur, la tristesse se changea en colère. Une colère sourde et profonde qu'aucune parole n'aurait su calmer. Les coups de poings qu'Ithilion assénait dans les ridelles de métal bordant son lit s'en voulaient l'écho incessant. Les craquements secs de ses phalanges se faisaient entendre entre ses hurlements. Il avoua s'en vouloir, il avoua culpabiliser terriblement à l'idée qu'il avait mené Sally sur un chemin où elle ne trouverait que des embûches et de la souffrance, contre très peu d'espoir.
« Non, ne dis pas ça ! » s'écria la jeune Paria, que ces coups – si brutaux fussent-ils – n'impressionnaient pas. La violence, elle connaissait bien. Elle avait bien tenté d'arrêter Ithilion au premier coup donné, mais celui qui parvint à contenir l'ire du Chevalier fut Alaryk. Arrivé en trombes dans la chambre, suivi par Cecil et Dawkins, il mit toute sa force au service de l'immobilisation du blessé. Cecil attrapa Sally par le poignet et l'attira à lui comme pour la protéger. Sous la contrainte, Ithilion ne s'égosilla que davantage. Le faux majordome contempla ce triste spectacle d'un air aussi interdit que sidéré. Jamais il n'avait pensé que l'état du petit Chevalier ait pu être si grave. Il se débattait comme un forcené et criait à en vriller les tympans. C'était absolument incroyable... Que t'a-t-on fait ?

Alarmé par cette agitation, un infirmier se précipita dans la pièce, une seringue de sédatif à la main. Dawkins l'arrêta d'un geste militaire. Lui qui avait déjà du mal à supporter cette épanchement torturé refusa de se rendre complice d'un traitement forcé qui réduirait son ami à l'état de loque pour quelques heures. Ils étaient ici au quartier général des Chasseurs ailés, non dans un hôpital de soins palliatifs pour malheureux ayant perdu la raison. Ils soigneraient Ithilion dans le respect de s a dignité.
L'infirmer recula et Ithilion se calma presque instantanément, vidé de son énergie. Il s'immobilisa, se tut, et laissa son regard suspendu aux tréfonds de sa conscience perturbée. Il semblait essoufflé d'avoir traversé toutes ces émotions si violemment. Il prononça des mots dont personne ne comprit le sens véritable. Sally voulut s'approcher, mais Cecil la retint fermement.
« Sortons, ordonna-t-il sèchement. Laissons-le récupérer ».
A peine se trouvaient-ils tous à l'extérieur que Dawkins eut un échange mouvementé avec l'infirmier. Bien qu'il ne fut pas à blâmer d'avoir agi selon les obligations de son métier, le capitaine n'approuvait pas ces méthodes médicales qu'il jugeait barbares.
« Ithilion Gwendilan est un Chasseur ailé, qui plus est l'un des meilleurs que notre ordre compte en son sein. Il sera soigné comme un soldat de sa trempe mérite de l'être ».
Tout un chacun comprit qu'il était inutile de discuter sur ce point. Alors que l'infirmier s'en allait, Sally songea à Ethan. Elle ne l'avait pas vu depuis le soir où ces événements étaient arrivés. Dawkins posa une main sur son épaule, pour la tirer de ses pensées.
« Sally, le commandant Klegan a demandé à nous voir tous les deux. Suis-moi ».
Ça non plus, ce n'était pas discutable...

Ledit commandant les accueillit dans son bureau, toujours aussi pompeusement décoré de tous ses honneurs militaires. Derrière lui trônait toujours cette bibliothèque comptant les plus prestigieux ouvrages d'Urban City, dont il n'avait certainement jamais lu une seule page. Comme il était contrarié, son front se plissait en une vilaine ride qui le vieillissait d'au moins cinq ans. Le menton caché derrière ses mains jointes, il ne proposa pas à ses deux visiteurs de s'asseoir – à croire que même le capitaine des Chasseurs ailés ne trouvait pas grâce à ses yeux.
« J'ai pris une décision concernant Gwendilan, dit le commandant dès que la porte fut refermée derrière Sally et Dawkins. Dans son état actuel il m'est impossible de le laisser partir en mission. J'ai ordonné l'arrêt temporaire de son activité. Ses armes, son Dzêta et sa plaque militaire lui ont été retirés jusqu'à nouvel ordre.
- Que fera-t-il pendant tout ce temps ? demanda le capitaine, qui tâchait de cacher le mieux possible son inquiétude.
- Il restera au QG. Je n'aime pas l'idée qu'un de nos hommes aillent se faire soigner parmi les civils, qui sait ce qui se passe dans ces maudits établissements... J'ai fait appelé un spécialiste qui assurera le suivi de Gwendilan durant sa convalescence, et ce jusqu'à ce qu'il retrouve les idées claires.
- Il ne sera donc pas enfermé ?
- Disons plutôt assigné à résidence. En l'occurrence, le siège de l'ordre ».
Sally poussa un léger soupire de soulagement à l'entente de ces mots, heureuse de ce qu'elle et les autres n'aient pas à affronter l'horrible vision de leur ami emprisonné. Klegan lui jeta un rapide coup. L'intérêt qu'Ithilion portait à cette gamine lui paraissait aussi saugrenu qu'évident, pour une raison qui lui échappait totalement. Mais puisqu'elle était indispensable à l'Ordre, il avait dû agir en conséquence.
« Capitaine Dawkins, vous serez le nouveau tuteur de la recrue Nancy Hattaway. Mais comme je n'entends pas alléger votre charge de travail malgré les événements, vous partagerez cette tâche avec le lieutenant Alaryk. Continuez à travailler normalement et que je n'entendes pas parler de baisse de performance de votre part à tous. J'espère que je me suis bien fait comprendre ».
Ce disant il regardait Sally droit dans les yeux.
« Oui, commandant » répondit-elle de son air le plus assuré.
Avant qu'ils ne s'en aillent, Klegan ajouta des mots qui glacèrent le sang de la jeune femme.
« Notez bien que ce ne sont que des décisions provisoires. Si à terme j'estime que Gwendilan n'est pas apte à reprendre du service, je le chasserai de l'Ordre. C'est d'ailleurs ainsi que devrait être traité un homme qui tire sur les soldats de son escadron, qu'il soit fou ou non ».

Ils sortirent. Une fois dans le couloir, Dawkins échangea un regard avec sa nouvelle disciple pendant quelques secondes. Il se souvint de ce qu'elle faisait l'objet d'une requête civile, lancée par des Érudits soucieux de la ramener dans leurs Laboratoires. Il avait beau faire des pieds et des mains pour ralentir l'enquête – aux risques d'y perdre son uniforme – il se demanda combien de temps pourrait durer cette mascarade. Tôt ou tard, les masques tomberaient. Mais puisqu'il était son tuteur pour le moment...
« Où vas-tu ? » demanda-t-il à Sally lorsqu'il la vit partir bille en tête dans le couloir.
« J'ai quelque chose à faire » répondit-elle sobrement.
A vrai dire, elle se dirigeait d'un pas plus que convaincu vers la chambre d'Ethan. Si Ithilion avait toujours été là pour elle et la sortir des mauvais pas, il était temps pour elle de lui rendre la pareille. Dawkins renonça à l'idée de la suivre et préféra aller chercher Alaryk pour le tenir au courant de la nouvelle situation.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 1 Avr - 13:12

La porte se referma, laissant Ithilion seul. Son esprit commença à s'imprégner du vide environnant et le flot tumultueux de pensées s'apaisa pour reprendre petit à petit la forme d'un cours d'eau plus limpide. Ne plus avoir la lourde présence du regard de celle qu'il avait mené droit vers un mur sur un coup de tête l'aida à recentrer ses idées. Il se sentait toujours profondément coupable mais une part de lui continuait à lui souffler que cela n'avait jamais été une erreur. Contrairement à ce mensonge dans lequel on avait préféré le gardé. En réalité, pouvait-il vraiment les blâmer ? Le visage translucide qui le fixait avec un sourire enjôleur parfois du fond de la pièce provoquait chez lui une intense douleur. La douleur d'admettre sa déviance qui remettait toutes ses certitudes en cause à chaque instant. La douleur induit par ce sentiment horrible d'avoir perdu quelqu'un de cher que l'on ne reverra jamais. Pourtant elle se trouvait toujours là, en face de son lit, sauf lorsque ses yeux cherchaient à la scruter plus en détail, alors elle se volatilisait comme un mauvais souvenir.
Son poing se crispa de rage mais ses phalanges encore endoloris le rappelèrent aussitôt à l'ordre. L'image de son excès de frénésie de tout à l'heure lui déclencha une vague de frisson. Son corps ne semblait plus totalement lui appartenir, dirigé par des centaines de morceaux de son ancien tout sans aucune cohésion. Cette sensation de perte totale de contrôle l'effraya. Pour la première fois depuis des années, le tracé de son envol lui parut incertain. Ses ailes qui le portaient avec assurance venait de lui être arrachées, l'entrainant dans une chute infernale qu'il n'arrivait pas à maitriser. Pris de panique, ses pensées entrèrent à nouveau en ébullition mais ses réserves d'énergie déjà critique y coupèrent court. Ses yeux sombrèrent dans les ténèbres des songes.
 ************************
Durant les jours qui suivirent, l'ünik aux cheveux blancs resta alité sans prendre conscience du temps défilant en dehors dans cette pièce dépourvu de fenêtre. L'appétit l'avait également abandonné après cette histoire. Chaque fois qu'il essayait de manger, la boule présente dans son estomac manquait de le faire vomir.  Sa blessure par balle, bien que non anodine, lui avait causé beaucoup moins de dégât, contrairement à son moral, sapé par la fatigue et les remises en question. Presque personne ne lui rendit visite dans sa cellule d'isolement. Même ses idées se trouvèrent bridées aux quatre murs de cette pièce, focalisées sur cette femme qu'il voyait, dont il entendait le bruit lorsqu'elle se déplaçait ou dont le délicat parfums de cette fleur blanche du désert d'Anathorey parvenait à ses narines, tout en sachant qu'elle n'existait pas. Seul l'infirmier en charge de son cas rentrait quelques fois pour reprendre le plateau repas presque complet ou pour changer son bandage, sans prononcer un mot. Ses gestes secs démontraient du peu de considération qu'il avait à s'occuper d'un aliéné  qui s'était simplement créé un ami imaginaire. Parfois Ithilion percevait une ombre s'infiltrer de l'extérieur sous le battant de la porte avant de repartir quelques secondes plus tard. Sans doute cela faisait également parti de son imagination. Il s'était résigné à accepter son travers.
Puis un jour Dawkins vint lui rendre visite. Il déposa sur la table de chevet d'Ithilion une bouteille du cocktail dont ce dernier raffolait lorsqu'il sortait dans un bar. L'état misérable dans lequel se trouvait son ami pinça le coeur du jeune capitaine. Le teint blafard de son visage fantomatique faisait peur à voir. Il avait les joues rentrées, les pommettes saillantes et d'immenses cernes creusées sous un regard morne. Dawkins se trouva bête de ne pas s'être rendu compte plus tôt que cette pièce sombre sentant le renfermé de plusieurs jours d'internement ne présentait pas un lieu sain pour la récupération de son ami. Il se promit d'aller faire le nécessaire une fois sortie.

- Je me suis dit que ça te ferait plaisir. commença t-il à l'adresse d'Ithilion qui n'avait même pas tourné la tête en sa direction.
Difficile de savoir si il l'ignorait ou si il avait simplement pas conscience de sa présence, mais en fervent défenseur de son camarade, il se refusait de s'imaginer le cas d'Ithilion soit irrécupérable. Dawkins comprenait qu'après avoir fait l'objet d'un tel mensonge dans un corps aussi soudé que celui des Chasseurs Ailés, celui-ci ne leur pardonnerait pas de si tôt. Toutefois, il s'était construit lui même son propre fantasme et à voir son état une fois son monde illusoire  éclaté, cette solution n'avait peut être pas été la plus mauvaise.
- Je viens un peu te mettre aux nouvelles, elles ne sont pas aussi mauvaise que tu ne le penses.
Le capitaine lui expliqua toute la situation le concernant lui ainsi que sa disciple. La réaction de surprise ne marqua pas l'expression anesthésiée d'Ithilion lorsqu'il apprit que Klegan le couvrait dans l'espoir de pouvoir le réintégrer rapidement au service. Certes sous réserve d'un rétablissement prompt et des conditions psychologiques adéquats dont l'ünik démoli demeurait à des kilomètres, mais cela lui offrait déjà une perspective d'espoir à laquelle il s'accrocha immédiatement. Savoir que Sally n'avait pas été laissée pour compte ou chassée apaisa quelques points noirs dans son fort intérieur. Elle ne pouvait difficilement avoir meilleurs professeurs que Dawkins et Alaryk dans l'état actuel des choses. Enfin en dernier thème, le cas d'Ethan fût abordé. La simple prononciation de son prénom activa enfin quelque chose de visible chez Ithilion. Celui-ci se tourna enfin vers son interlocuteur.
-Comment va-t-il ? demanda alors une voix éraillée par tout le temps passé sans avoir servi.
-Il est debout. Il est également impatient de te voir sur pieds.
Différentes émotions accueillirent cette nouvelle dans l'esprit d'Ithilion. Il y avait celle qui ne pardonnerait jamais la traitrise de son coéquipier, celle qui bouillonnait à l'envie de le frapper si celui s'approchait de Sally pendant son absence, celle qui appréhendait le moment où ils devraient se faire face, celle qui s'en voulait d'avoir tirer et enfin celle qui lâcha un profond soulagement de le savoir en bonne santé. Enfin de compte sa situation avec lui était indéfinissable, il ne savait pas si il pourra lui réaccorder toute sa confiance dans le futur, si il ne sortirait pas de ses gondes à la vue de ses airs supérieurs d'intello ou si cette histoire déboucherait sur de nouvelles bases peut être plus saines.
Dawkins fût soulager de constater que ce sujet délicat à aborder n'embrasa pas le feu aux poudres. Toutefois une autre question le turlupinait mais il se devait de la poser. Le maitre de l'Ordre avait été clément mais il ne fallait pas que son ami rate le train en marche. Mal à l'aise, le gradé se racla la gorge avant de se jeter à l'eau avec une certaine  incertitude peu habituel :
-Je suis vraiment désolé de te demander ça .... mais...comment tu te sens par rapport à tout ça ? Est ce que tu t'es fait à l'idée que El..enfin qu'elle n'a jamais existé ?
Le coeur de l’interrogé fît un tour sur lui même à l'évocation de ce sujet encore ardent dans son esprit. Il ne savait quoi lui répondre. Bien qu'il acceptait petit à petit la situation, sa conviction possédait la robustesse d'un bâtiment en ruine. Son regard fuya aussitôt celui de Dawkins comme si le fait de ne plus le voir allait le faire disparaitre avec sa question. Malheureusement, il n'allait pas pouvoir fuir éternellement. Pas si il souhaitait encore fouler librement le sol de ce monde.
-Je m y fais...
Ces quelques mots parurent constituer une réponse suffisante. Dawkins se redressa avec un petit sourire satisfait. Il était content de constater que ce mauvais passage allait peut pouvoir trouver une fin raisonnable pour tous. Son optimisme ne pût apercevoir la délicieuse femme secouer la tête de manière navrée. L'homme se dirigea en annonçant d'une voix enjouée :
-Bon c'est pas tout, mais je dois filer, cependant j'ai trouvé important de ne pas t'amener qu'une simple bouteille. Remets toi bien mon ami.
Il disparut dans le couloir en ne refermant pas derrière lui. L'encadrement de la porte laissa se détacher une silhouette qu'Ithilion reconnut au premier coup d'oeil. Sa fierté ne savait pas si il était prêt à la revoir et à discuter mais une douce chaleur apaisa la douleur de ses muscles tendues par le stress. Soudain un doute le saisit : cette conversation avait-elle été réelle ? Tout comme cette personne qu'il entrapercevait, aveuglé par la lumière de l'extérieur.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Dim 2 Avr - 17:22


Avant-propos:
 

Sally entra dans la chambre d'Ethan immédiatement après avoir frappé trois petits coups secs. Le blessé, dont le torse nu était enturbanné d'un bandage énorme, se faisait faire une prise de sang par une infirmière. Celle-ci adressa un regard offusqué à Sally en fronçant les sourcils, mais il faudrait bien plus qu'un air sévère pour la convaincre de partir.
« Le commandant Klegan m'envoie pour que je transmette un message au soldat Ethan. C'est urgent.
- Je n'ai pas encore fini les soins, répondit l'infirmière.
- Vous les terminerez quand je serai partie » répliqua sèchement Sally.
Déstabilisée, la jeune femme jeta un regard à Ethan, qui l'autorisa à sortir d'un petit signe de tête. A peine avait-elle franchi la porte que Sally tourna le verrou, pour être certaine que personne ne vienne plus les déranger. Ethan la regardait avec méfiance. La Paria était là, près de la porte, comme dans cette étrange vision qu'il avait eue la nuit précédente. Il tâcha de paraître le moins mal à l'aise possible et mit une chemise sur ses épaules.
« Que me veut le commandant ?
- Rien. C'est moi qui aies quelque chose à te dire ».
Ethan leva les yeux au ciel d'un air de dire évidemment. Il détourna son regard de son interlocutrice, prêt néanmoins à l'écouter. Sally s'approcha et commença à parler d'une voix plus basse. Il ne fallait pas qu'on les entende.
« Les supérieurs ne t'ont pas encore convoqué pour entendre ta version des faits ?
- Non. Tout le monde sait qu'interroger un convalescent perfusé au sédatif n'est pas des plus malin quand on veut entendre une histoire cohérente. Je ne le suis plus que depuis ce matin.
- Tu sais ce que tu vas leur dire ? » reprit Sally en essayant de ne pas prêter attention au ton hautain qu'Ethan employait pour s'adresser à elle. Il soupira d'un air profondément las.
« Parce que ça t'intéresse, peut-être ?
- Dans la mesure où son avenir au sein de l'Ordre en dépend, oui, ça m'intéresse » répondit la jeune femme, dont les yeux encore plus bleus que ceux du Chevalier transperçaient son interlocuteur.

Devant l'air dubitatif de ce dernier, elle lui conta tout ce qui avait été dit dans le bureau de Klegan. L'équipe dissoute, le risque de ce qu'Ithilion perde son titre de Chevalier, qu'il soit potentiellement enfermé pour ce qu'il avait fait ou pour sa folie... Ethan frissonna, horrifié par la tournure des choses. Il frotta ses mains qui tremblaient un peu, et leva les yeux devant lui, pour faire face de nouveau à cette fille qui le dévisageait. Elle était droite comme une statue. Seules ses paupières qui battaient un peu lui donnaient l'air vivant.
« Qu'est-ce que tu attends de moi ? demanda-t-il d'une voix blanche.
- Une déposition à décharge »
Ethan écarquilla un regard offensé. Il secoua la tête doucement.
« Mentir dans un rapport militaire... Tu ne comprends décidément rien à rien.
- Détrompes-toi j'y vois parfaitement clair. Je sais ce qu'il reste à  faire si on veut sortir Ithilion de cette impasse.
- Tu ne sais même pas ce qui s'est passé ! s'écria-t-il.
- J'en sais suffisamment ! répondit Sally sur le même ton. Que cela te plaise ou non, moi aussi je commence à le connaître. Il s'énerve vite et il en faut peu pour le mettre en colère. Mais jamais il ne tirerait sur quelqu'un pour une simple dispute. Surtout pas sur un ami ».
Dans le cas contraire, Cecil serait déjà mort depuis très longtemps. La mâchoire d'Ethan tremblait un peu, comme s'il voulait dire quelque chose. Mais rien ne sortit de sa bouche, tout comme rien n'avait traversé son esprit. Il avait eu le temps de réfléchir aux événements. Il savait que c'était à cause de cette révélation choquante qu'il avait faite qu'Ithilion était sorti de ses gonds. S'il ne s'était pas lui-même laissé emporté, ils n'en seraient pas arrivés là, et son ami n'en paierait pas le prix fort.

Il jeta un œil à Sally qui restait plantée devant lui, inébranlable et déterminée. Qu'est-ce qui pouvait bien la pousser à vouloir aider Ithilion avec autant de ferveur, au point de lui demander, à lui le soldat, de mentir à ses supérieurs dans sa déposition ?
« Si je porte l'entière responsabilité de l'incident, je m'expose à des risques importants. Parmi lesquels la perte de mon uniforme »
Les yeux de Sally se firent perçants. Entendre Ethan dire une chose pareille lui sembla totalement incompréhensible.
« Tu as été blessé, assez gravement pour garder le lit une semaine. Ithilion a fini dans le même état que toi, mais personne n'est mort. Tu ne risques rien de plus qu'un blâme ».
Ethan passa une main nerveuse sur son visage soudainement creusé par la fatigue. La situation dans  laquelle il se trouvait avait quelque chose de cruel et d'ironique. Il ne récoltait que ce qu'il avait semé... Et il fallait que ce soit cette Paria qui le remette à sa place.
« Rien ne dit que mes paroles pèseront lourd dans la balance » dit-il après un silence qui lui parut durer une éternité. La Paria ne l'avait pas quitté des yeux. Mais elle n'avait pas ce visage mort qu'elle portait comme un masque lors de son rêve. Elle avait l'air inquiet, de grosses cernes s'étant fait une place sous ses grands yeux clairs. Elle baissa la tête d'un air plus concerné que jamais.
« Klegan dit qu'un homme qui tire sur ses condisciples ne mérite pas mieux que le renvoi, ou pire : l'enfermement. Mais s'il entend de ta bouche que la réaction d'Ithilion est due à une provocation de ta part, il en ira autrement.
- Tu me demandes de payer pour sa folie ? »
- Il paye bien pour vos mensonges à tous ».

L'orgueil faisait dire à Ethan des choses qu'il ne pensait pas. Abstraction faite de toutes les révélations que cette insolente venait de lui faire, il savait qu'il était allé trop loin. Il s'était laissé emporté par la colère, sans jamais avoir cherché à se mettre à la place d'Ithilion. Et maintenant, leur équipe allait payer pour le trouble qu'il avait causé. Sa gorge se déséchait instantanément rien qu'à cette pensée. Il y avait un risque pour que plus rien ne soit comme avant alors qu'il avait agi pour atteindre le but opposé. Dire qu'il s'en voulait relevait de l'euphémisme. Mais il était hors de question de le montrer à cette fille. L'idée qu'elle lui ait damé le pion en avançant sous son nez cette solution évidente lui donnait la nausée.
« Il ne s'agit pas de le faire pour moi, reprit Sally comme si elle avait lu ce qui taraudait Ethan dans son regard. Mais de le faire pour lui ».
Un moment de silence.
« Nous n'avons rien en commun Ethan, hormis l'affection que l'on porte tous les deux à Ithilion. On n'a pas le droit de le laisser tomber après tout ce qu'il a traversé. Penses-y au moment où les supérieurs t'appelleront ».
Interdit, le Chevalier regarda le dos de Sally s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse vers la porte. Bien qu'elle n'ait rien fait qui s'en rapproche, il ressentait une drôle d'impression. Comme si elle l'avait giflé.

***

La grosse main d'Alaryk tapotait la tablette d'un des casiers d'entraînement au tir qu'utilisaient les Chasseurs. Ils étaient seul dans la grande salle striée d'immenses couloirs de tirs, au bout desquels des cibles en forme d'Ünik pendouillaient comme des condamnés à mort. Les bras levés vers son objectif, Sally expira doucement pendant quelques secondes. Quand elle bloqua sa respiration, la détonation partit. La jeune femme replaça la sécurité sur son arme avant de la poser devant elle. Elle se débarrassa du casque de protection auditive et appuya sur la commande qui permettait de ramener sa cible vers le casier de tir, par un ingénieux système de coulisse. L'Ünik de papier avait été atteint en plein cœur.
« Cinq tirs sur cinq droit au but, commenta Alaryk en souriant d'un air fier. Je vais commencer à croire que ce ne sont pas des coups de bol ».
La petite disciple ne répondit pas. Pour changer d'exercice, il lui tendit une arme de poing qu'il avait gardée à la ceinture.
« Et si je te demande de tirer avec ça ? »
Sally l'examina un instant.
- Non. La sécurité est défectueuse. Ça fragilise la culasse. Si elle ne tient pas au tir, elle peut sauter. On risque de perdre un œil, ou la vie si elle se loge dans le front.
- Parfait, fit le soldat, un tantinet admiratif.
- J'ai eu un plutôt bon professeur » répondit Sally d'un ton laconique, sans le regarder.
Le sourire de l'imposant remplaçant s'effaça. Ils s'étaient disputés il y avait de cela une bonne quinzaine de jours mais rien n'avait entamé le froid qui gelait les rapports entre lui et la jeune recrue. Oh, elle lui obéissait et ne faisait pas d'histoire. Mais il ne la voyait plus jamais sourire, ni même lui adresser un regard un tant soit peu aimable. Sally était devenue si distante que même ce grand dadais de Cecil lui paraissait plus chaleureux. Cette épreuve avait vu mourir la petite disciple de son ami pour laisser place à une jeune femme revêche difficile à prendre en main. Au demeurant il n'oubliait pas qu'il avait eu des paroles dures à son égard, alors qu'elle était tout sauf en état d'entendre une leçon de morale. Mais au fond, il ne pouvait pas faire grand chose contre cela. La situation serait certainement comme cela désormais. D'autant plus qu'il n'arrivait pas non plus à s'ôter totalement de la tête ce rêve infâme qu'il avait fait. Lui non plus n'était pas très à l'aise.

Sally commença à charger de nouveau son arme mais Alaryk lui fit signe que cela irait pour l'entraînement. Elle rangea donc leur équipement.
« J'aimerais bien savoir pourquoi on nous a interdit d'aller le voir » marmonna-t-elle les yeux rivés sur sa tâche.
« C'est un ordre de la hiérarchie. Il n'y a que le capitaine qui puisse lui rendre visite pour le moment.
- Ça ne répond pas à la question.
- Quand on reçoit un ordre dans l'armée, c'est pas pour débattre mais pour obéir. Essayer de comprendre le pourquoi du comment, c'est pas toujours recommandé. Réfléchis pas et vis avec.
- Eh bien. Je ne dois vraiment pas être faite pour ça » lâcha Sally alors qu'elle s'apprêtait à quitter la pièce.
« Sally..., fit Alaryk, en posant une de ses grandes mains sur sa petite épaule. Le prends pas comme ça. Moi non plus ça me plaît pas. Mais on n'a pas le choix, faut prendre notre mal en patience. Jusqu'à ce qu'il aille mieux ».
La jeune femme lui adressa un regard plein d'inquiétude, surligné par des sourcils trop souvent crispés depuis quelques temps. Elle partit en trottinant juste après, direction les ailes principales du QG. Alaryk la suivit en traînant.

A la lugubre infirmerie de l'Ordre, Dawkins franchissait les portes de la chambre d'Ithilion, dans laquelle il avait passé une demie heure. Quand il disparut dans le couloir, Cecil sortit du renfoncement dans lequel il s'était glissé, précisément pour éviter le capitaine. Il s'approcha à son tour de la porte de la chambre du malade, mais il n'était pas la seule personne à avoir l'intention de lui rendre visite. Bien qu'elle soit de dos, il aurait reconnut cette jeune personne entre mille.
« Sally, dit-il, ce qui la fit sursauter. Dis-moi si je me trompe, mais j'ai l'impression que cela fait une éternité que je ne t'ai pas vue »
Il se pencha légèrement vers elle en souriant de son habituel air étrange. Sally ne put que lui concéder ce qu'il lui affirma. Quoiqu'au fond elle n'en fut pas spécialement dérangée. Si auparavant elle se sentait protégée par Cecil, elle se demandait à présent pourquoi elle avait droit à un traitement de faveur de sa part, alors qu'il connaissait très bien sa nature. Il n'avait pas l'air méchant comme Ethan lorsqu'il la regardait. Pourtant, son attitude, à l'instar du soldat, respirait le mépris et la condescendance.
« Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venu voir ton cher maître. Incroyable mais vrai.
- Il n'a pas droit aux visites...
- Dans ce cas, je te retourne la question »
Sally baissa les yeux d'un air triste. Cecil émit un petit rire supérieur, en caressant paisiblement les longs cheveux bruns de sa petite protégée. C'était fou de voir toutes les bêtises qu'elle était prête à faire rien que pour ce petit mec arrogant, même réduit à l'état de loque.
« Entre nous Sally, toi et moi ne sommes pas véritablement des soldats. Ces fichus ordres ne nous concernent pas. A présent, je te saurais gré de me laisser le voir le premier. J'ai quelque chose d'important à lui dire ».
Sans attendre la réponse, Cecil pénétra dans la pièce avec la furtivité d'un voleur. Il se retrouva face à Ithilion, qu'il n'avait pas vu depuis son accès de folie. La vision de ce corps amaigri, tapissé d'une peau parchemineuse décolorée par l'angoisse, lui donna des frissons d'effroi. Il tâcha de n'en rien laisser paraître et s'approcha de lui à pas lents.
« Mazette. Dans quel état es-tu... » dit le faux majordome, à mi-chemin entre le mépris et l'indifférence.
Un moment de silence passa. Complet et lisse, presque sordide. Mais nécessaire pour que les mots de Cecil parviennent à sortir de sa bouche. Une sorte de morale, ou plutôt un conseil, qui avait mûri dans son esprit alors qu'il comparait l'expérience d'Ithilion avec sa propre histoire. Peut-être que lui-même, s'il avait entendu ces mots à une certaine époque, il aurait eu la force d'essayer de se relever.
« Ne les laisse pas te rabaisser ».

Ce fut tout. Cecil sortit de la pièce, laissant la porte entrouverte sur Sally, sans vraiment comprendre pourquoi il avait agi de la sorte. Il l'avait fait, c'était tout.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 22 Avr - 16:48

La silhouette sombre aux allures de spectre de la mort s'avança alors dans la pièce, jusqu'à ce que le jeu de lumière éclaire le visage pâle et froid de Cecil. A la vue de sa présence, le corps d'Ithilion ne se raidit pas d'irritation comme à l'ordinaire. Au contraire, son échine et sa nuque ployèrent sous le regard impassible de son visiteur. Il imaginait déjà les traits hautains qui marquaient habituellement la face de cet unïk prétentieux et orgueilleux se déformer en un sourire goguenard. Après tout, après cet évènement et ces révélations, le compagnon de Sally  tenait enfin une position de force dans cette guerre sans pitié que ces deux hommes s'étaient toujours livrées. Lui le déviant. Lui le fou. Sa crédibilité perdue le condamnait à subir les remarques, les rires et les critiques de tout ceux qui ne l'avaient jamais supporté dans son entourage. Une sanction après tout peut être méritée car il ne valait guère mieux que ces charognes qui profiteraient de son état brisé pour se défouler.
Les premiers mots chargés de mépris de Cecil ne laissèrent aucun doute quant à la raison de sa présence. Démuni de toute volonté, Ithilion détourna la tête comme si ce simple geste suffirait à faire disparaitre la présence indésirable de cette chambre.
Le silence retombé lui fît presque croire que cette visite n'existait pas. Son imagination perfide l'aurait encore une fois plongé dans une réalité parallèle sans aucune valeur d'existence dans le vrai monde.  Pourtant la voix de Cecil brisa ce voile imaginaire afin de lui livrer un message dont le sens s'ancra immédiatement en lettres de feu dans son esprit.

« Ne les laisse pas te rabaisser ».

Surpris, le chevalier voulut confirmer que ces paroles sortaient bien de la bouche du faux majordome, mais il capta simplement un mouvement disparaitre au coin de la porte. L'ouverture sur le couloir constituait son seul indice pour se persuader de l'existence de cette échange. Marqués au fer rouge, les mots de Cecil continuèrent de résonner entre les parois sombres de sa petite cellule et prirent de l'ampleur. L'incompréhension de ce soutien provenant de l'une des dernières personnes dont il pensait en obtenir se répercuta tel un coup de revolver, crevant la bulle léthargique dans laquelle se noyait son esprit affaibli depuis des jours.
Mus par un relent de combattivité, les bras du jeune homme alités l'aidèrent tant bien que mal à se redresser en position assisse, les pieds pendants à quelques millimètres de ce plancher qu'ils n'avaient plus foulé depuis un long moment. Ce simple mouvement lui donna l'impression d'avoir couru un véritable marathon avec un corps d'un âge qui ne le permettait pas. Le trajet de la balle dans sa chair le rappela également à l'ordre mais cela ne l'empêcherait pas d'accomplir ce premier pas vers une seconde chance qui germait peu à peu sur le terreau de ses regrets.  Une part de lui appréhendait ce moment car le contact sur le sol dur de la réalité allait le projeter inexorablement vers une suite d'évènements incertains, là où le cocon de son lit lui donnait l’impression d'une immunité au travers d'un temps suspendu.
Il n'avait fallu qu'une poignée de minutes pour que cette idée ne s'enflamme et ne provoque une véritable révolution interne. A présent, il s'en voulait d'avantage pour s'être laissé avachi aussi longtemps. La déception et la désillusion persistaient dans le tribunal d'émotions qui se déroulait en ce moment même, mais l'orgueil et la volonté de vouloir retrouver un avant dans l'après donnaient de plus en plus de voix.

Ithilion dût s'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à se tenir debout. Le temps de retrouver des sensations d'équilibre et de réhabituer ses jambes à supporter le poids pourtant léger de son corps famélique. Cette scène aux aspects d'un numéro réalisé par un pitre ivre aurait presque pu être comique ou pittoresque,  sans compter le regard rempli d'une détermination infaillible qu'il portait vers la sortie. Les quelques premiers pas laborieux se transformèrent rapidement en une démarche plus ferme malgré les vertiges. Quitter ce tombeau de lamentations sous les yeux de cette maudite femme qui le regardait avec un sourire encourageant allait peut être lui donner une chance de se reconstruire et de retrouver cette indépendance cher à son coeur, essentiel à sa vie. Les dégâts des mensonges ne se résorberaient pas  en un claquement de doigts. Il ne se sentait pas prêt à affronter le regard de certaines personnes. Sa compagnie fantasmagorique ne s'évaporera qu'au fil de l'eau, cela ne justifiait pas d'en souffrir à s'en pourrir la vie.

Ses deux mains se plantèrent de part et d'autre de l'encadrement de la porte. Le souffle haletant, un tambour palpitant au creux de sa poitrine, il s'apprêtait à entrer dans ce couloir qu'il foulait pourtant depuis des années comme si il pénétrait dans une zone inconnue. C'est en penchant la tête qu'il s’aperçut qu'une personne le regardait. Tout ses muscles manquaient de le lâcher à n'importe quel instant. La raison imposerait que cette première marche de reprise n'aille plus loin mais devant ses yeux, il n'apparaitrait plus comme un être lamentable. Lié par la promesse de lui apprendre à ne plus subir les humeurs du destin, il se devait de lui montrer l'exemple. Son buste se dressa le plus fièrement que son état lui permettait mais il manqua de s'effondrer sur place lorsque ses mains firent mines de lâcher leurs supports.
Ithilion jura pour lui même. Il masqua sa gêne et sa faiblesse derrière un sourire rassurant à l'adresse de Sally. Puis sa voix éraillée interpella la jeune femme sur un ton offusqué :

"Dis donc, tu pourrais m'aider à m'évader pour faire un tour. Je ne suis plus ton maître, ni chevalier, mais tu dois encore le respect à ton ainé...

Un profond sentiment de soulagement le traversa et lui donna une nouvelle vague d'énergie lorsque sa disciple s'approcha pour le soutenir. Depuis son arrivée et surtout depuis cette histoire, elle lui avait maintenu la tête hors de l'eau et l'avait empêché de sombrer dans une mer déchainée. Quelle ironie que l'étincelle de cette insurrection interne lui ait été donnée par Cecil.
Ses yeux gris rencontrèrent ceux de ce bout de femme dont le regard et la personnalité évoluaient vers une maturité bien plus aiguisée et mystérieuse à chaque fois qu'il la retrouvait. Impossible de décrire l'infinité de reconnaissance qu'il éprouvait à son encontre. Certes leur chemin au travers de l'Ordre, sans doute le moins conventionnel de toute l'histoire des Chasseurs Ailés, se dressait avec beaucoup d'obstacles mais l'un comme l'autre veillerait à ce que rien n'entrave leur progression vers leurs objectifs. Si Ithilion avait entrainé Sally dans cette histoire sur un coup de tête, son instinct lui soufflait avec une assurance inébranlable que cette voie l'aiderait pour affronter les propres réminiscences de son passée trouble. Si elle le désirait, Sally les surpasserait, n'en déplaisait aux autres vétérans qui s'imaginaient qu'elle arrivait trop tard dans sa formation. Les génies apprenaient lorsqu'ils se trouvaient dans leur domaine. Son expérience pouvait en témoigner.

Appuyé sur l'épaule de son amie qui le soutenait fermement au niveau de la taille, ils traversèrent le couloir fort heureusement vide, pour arriver dans le passage du premier étage qui était ouvert sur la cours intérieur. Cette vue lui fit immédiatement resurgir la vision d'Etan se trouvant face à lui sous la menace de son Desert Eagle. Le bruit d'une explosion retentit à l'intérieur de sa tête. Son coeur se resserra aussitôt. Le soldat qui lui avait tiré dans le dos s'était probablement trouvé à cet endroit. Les images commencèrent à défiler et Ithilion décida vite de faire diversion avant que cela ne lui échappe de tout contrôle.

"Alors raconte moi un peu comment c'est avec tonton Alaryk ?"

Se raccrocher au son de sa voix pour ne pas perdre le fil. Noyer sa peur dans son regard et si possible dans son sourire. Son ancienne disciple représentait l'un de ses seuls repères sur lequel il pouvait s'appuyer sans crainte. Ce lien le rendait à la fois heureux mais lui amputait une part de son indépendance. Un individualisme qu'il avait depuis bien longtemps accepté de mettre de côté pour endosser ce rôle qui les avait uni. Toutefois, cette situation le coupa un peu dans son élan. Combien de temps arriverait-il à se maitriser avant d'éclater de nouveau ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 29 Avr - 22:31


Sally ne voyait pas la visite de Cecil à Ithilion d'un bon œil. Dès leur rencontre, pour une raison qui lui échappait, les deux hommes s'étaient voués une inimitié profonde. Le temps passé ensemble n'y avait rien changé quand bien même ils avaient des points communs, comme leur propension à être de mauvaise humeur. L'alitement d'Ithilion mettait Cecil en position de force, et il n'était pas difficile de comprendre que c'était une chose qu'il appréciait beaucoup. Sally ne voulait pas qu'il profite de la situation pour faire davantage de mal à son ami. Elle voulut retenir Cecil, mais à peine avait-elle amorcé un geste qu'il était déjà entré dans la chambre. Son empressement était curieux, tout comme le fait qu'il ressortit à peines quelques secondes plus tard, sous le regard abasourdi de Sally. Le faux majordome lui adressa seulement un sourire énigmatique avant de s'éclipser dans le couloir. Elle fixa quelques instants cette silhouette sombre onduler au rythme d'un pas rapide. Un peu mélancolique, elle réalisa que même si elle évoluait en compagnie de Cecil depuis près de deux ans, elle ne connaissait rien de lui. Il était lisse et impénétrable comme la surface d'un lac gelé, duquel on n'aurait jamais pu sonder les profondeurs même après des heures passées à l'observer.

Dans la chambre, le bruit d'un objet tombé au sol retentit. Ithilion arriva lentement près du couloir, les jambes tremblantes et le souffle court. Ses mains s'agrippèrent avec difficulté au cadre de la porte. Ses doigts tordus par l'effort ainsi que ses genoux rentrés témoignaient de toute la force qui s'était enfuie de son corps pendant ces interminables jours de convalescence. Stupéfaite, Sally regarda le Chevalier comme si c'était la toute première fois qu'il se tenait debout devant elle. Il faillit tomber, déséquilibré par les tremblements d'une de ses mains. Sally se précipita mais elle s'arrêta, un peu gênée, lorsqu'Ithilion se redressa de lui-même. Ils se dévisagèrent un instant, sans prononcer un seul mot.
« Dis donc, tu pourrais m'aider à m'évader pour faire un tour, finit par dire le jeune homme sur un ton impertinent tout en faisait un sourire chaleureux. Je ne suis plus ton maître, ni Chevalier, mais tu dois encore le respect à ton aîné ».
Cette attitude paradoxale qu'il avait si souvent arracha un petit sourire à Sally, qui cette fois alla jusqu'à son ami. Elle l'appuya sur son épaule tout en le soutenant à la taille, de sorte qu'il se tienne le plus droit possible. Ce contact fit un drôle d'effet à la jeune femme, car elle n'avait encore jamais remarqué à quel point Ithilion était un homme de petit gabarit. Ses doigts qu'elle avait posés comme ceux d'un pianiste sur les côtes encore bandées lui indiquaient qu'il avait perdu beaucoup de poids. Mais l'heure n'était pas à l'inquiétude : il était temps pour le garçon de retrouver la forme, et Sally se promit de l'y aider.

Ils quittèrent le couloir de l'infirmerie qu'ils n'avaient que trop vu depuis des semaines pour se diriger vers les corridors du premier étage, dont les baies vitrées donnaient sur la cour intérieure nord. Ils purent profiter des quelques rayons du soleil qui perçaient tendrement les arbres et les toits voisins. Ithilion demanda à Sally comment se déroulaient les leçons avec « tonton Alaryk ». Bien qu'elle fut tentée, elle ne sourit pas à l'écoute de ce surnom affectueux.
« Ça se passe... » répondit-elle sobrement. Elle ne s'était toujours pas réconciliée avec le colosse, ce qui faisait qu'elle n'avait aucune envie d'aborder le sujet. Il était inutile d'ennuyer Ithilion avec cela. S'il s'était fait du souci dans son état, sa santé n'en aurait été que plus mauvaise, ce que Sally avait désiré éviter à tout prix.
Leur itinéraire bifurqua brutalement sur la droite dans le passage voisin.
« Dawkins à onze heures » chuchota Sally, avant de les cacher derrière les rideaux d'une fenêtre. Les pas du capitaine passèrent non loin d'eux puis s'éloignèrent jusqu'à s'évanouir dans les entrailles du bâtiment. Soulagée, la Paria poussa un léger soupire. Elle ne s'était pas senti le cœur de faire la conversation à leur supérieur à ce moment-là. Les maux qu'elle avait eus avec Ethan et Alaryk devaient l'avoir rendue un peu paranoïaque. Ses grands yeux bleus allèrent à la rencontre du regard de celui qu'elle soutenait.
« Tu me permets de t'emmener quelque part ? » demanda-t-elle d'une voix douce qu'elle avait presque oubliée. Elle se souvenait en revanche d'un endroit de l'ordre où personne n'allait jamais et où à coup sûr ils seraient tranquilles. Ils quittèrent leur cachette et se mirent en route discrètement vers leur destination.

Cette destination, c'était la cour intérieure de l'aile sud, dans laquelle s'étendait le plus grand jardin du QG. Sally guida leurs pas jusqu'au grand chêne où Ithilion l'avait menée le jour de son arrivée parmi les Chasseurs.
« On sera bien ici, sous notre arbre » dit-elle en souriant d'un air étrangement un peu triste. Elle sentait son cœur au bord de l'explosion tant les émotions s'y bousculaient. L'angoisse qui y avait macéré pendant si longtemps était mêlée à la joie de revoir Ithilion debout ainsi qu'à la tristesse de la solitude qu'elle avait ressentie pendant son absence. Mais Sally ne flancha pas, car elle avait pris l'habitude de mener son cœur d'une main de fer. Qu'importait son vague à l'âme. Elle le mettrait de côté un jour de plus, tout comme le jour suivant, et encore le jour d'après.

Une fois le monticule de pelouse franchit, la jeune fille fit asseoir son ami contre le tronc de l'immense chêne. Elle se posa à ses côtés et s'étira un peu. Supporter le poids d'un homme n'était pas un exercice auquel elle avait été habituée, même mince comme pouvait l'être Ithilion. Un vent calme soufflait dans les branches, qui se balançaient tranquilles. La douceur de l'air poussa Sally à retirer la veste de son uniforme de novice avant de se mettre à l'aise.
« Je t'ai fait un peu marcher... Excuse-moi. J'avais envie qu'on soit tous les deux ».
Et ce comme cela n'était plus arrivé depuis longtemps. Sally avait besoin de cela. Un moment à elle, à lui, et personne d'autre. Le silence coula lentement entre eux au rythme du vent. Mais Sally n'était pas mal à l'aise, au contraire. C'était la première fois depuis des semaines qu'elle se relâchait un peu. Elle n'était pas à l'aise avec les autres. Depuis l'épreuve, elle évitait comme la peste Simon, Tatiana et Allister, bien qu'ils aient cherché à la voir. Dawkins et Cecil parvenaient à peine à l'approcher, Alaryk ne se faisait dire qu'un ou deux mots par séance d'entraînement, et Ethan ne l'avait pas revue depuis l'affront de la dernière fois. Sally s'était comme isolée durant la convalescence de son ami.

Elle laissa son regard courir le long du visage d'Ithilion. Il lui avait cruellement manqué. Ce QG n'était rien qu'une immense cage dorée lorsqu'il n'était pas là. Elle ignorait par quels maux il était passé, bien qu'elle lut sur son visage tout l'épuisement du monde. Ce qu'il était pâle...  Il semblait au bord de l'évanouissement. Sally sentit son cœur se soulever d'un seul coup.
« Ithilion, ça va ? »
Elle s'empara de sa main, comme pour vérifier son pouds. Mais tout allait bien. Sally se sentit rougir d'avoir ainsi cédé à la panique. Sans y réfléchir elle serra très fort entre ses doigts la main qu'elle tenait toujours. Elle eut toutes les peines du monde à maquiller son désarroi. Tout ce qui s'était passé, pendant tout ce temps...
« Ne me refais jamais ça... S'il te plaît ».
Un regard déterminé perça sous ses sourcils douloureusement froncés. Ce n'était pas le moment de flancher. Elle ne pouvait plus se le permettre.
« Je ne te laisserai pas tomber. Tu le sais, n'est-ce pas ? Tu sais bien que je resterai près de toi ».
Et il se redresserait avec elle derrière lui, prête à le rattraper ou à le soutenir autant qu'il le faudrait. C'était la volonté de Sally la plus inébranlable.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Lun 1 Mai - 20:27

La réponse vague de son ancienne disciple étonna Ithilion sans pour autant l'alerter d'avantage sur ce que pouvait cacher cette fin en suspens, sa logique trop amputée par son état et par l'effort de garder un minimum de constance.
Il se sentit soudainement happé derrière les rideaux telle une poupée coincée sous le bras d'une jeune fille, contraint de suivre le mouvement de ses caprices. Un peu déboussolé, sa stupeur se calma aussitôt lorsque son cerveau assimila finalement la présence de Dawkins que la douce voix de son amie lui avait signalé avant de les cacher. Juste à côté de lui, il ignora le visage d'ange qui se mit à pouffer d'un rire infantile face à ce petit jeu de cachette. Ithilion tourna la tête vers Sally pour noyer la présence de cet être irréel pour lequel ses sentiments s'entredéchiraient entre le désir de la retrouver et de la voir disparaître. En détaillant de près les contours aux traits doux du visage de la paria, il discerna les marques de maturité qui commençaient à transformer sa bouille juvénile. Il se surprit à réaliser à quel point leur différence d'age ne se comptait qu'en très peu d'années. Son parcours personnel aux travers des recoins les plus sombres que pouvaient offrir cette existence l'avait rapidement fait grandir.  La vie dans les tréfonds de Nordkia, la violence des armes, l'odeur du sang ou la confrontation à des manipulations  perfides pour satisfaire simplement un égo, cela ne représentait qu'une petite partie de la liste avaient meurtri sa mémoire. Fort heureusement, il en avait également arpentés des chemins plus joyeux. Depuis qu'il avait rencontré Sally, elle lui avait toujours donné l'impression d'être une enfant tout juste née. Ses gestes, sa manière d'observer le monde qui l'entourait et d’absorber toutes les informations qu'on lui donnait sans réfléchir. Jusqu'à aujourd'hui,  elle lui était toujours apparue comme une fillette tout juste entrée dans l’adolescence dont il avait la charge en tant que mentor. A présent, il s'agissait bien d'une femme à l'instinct de plus en plus aiguisé et au corps forgé par l'entrainement qui le maintenant sur pied contre elle.
Une légère chaleur se diffusa dans ses pommettes.
Une fois les pas du capitaine disparus à l'angle du couloir, la demoiselle choisit ce moment tourner la tête et croiser le regard du chevalier qui la scrutait déjà depuis quelques secondes. Ce dernier tiqua en se caressant automatiquement l'arrière du crâne, gêné d'avoir été pris la main dans le sac, mais Sally, comme d'ordinaire imperturbable dans ce genre de situation, lui offrit en retour un sourire en l'invitant à l'emmener vers un endroit au grès de son envie. Ce fût d'avantage le hochement de tête que la tentative de réponse balbutiante d'Ithillion qui permit à son amie de comprendre son accord.
Lorsque son pied foula le sol du jardin de l'aile sud, l'ünik inspira une grande bouffée d'oxygène frais qui lui fit sûrement plus de bien que tout les antidépresseurs administrés ces derniers jours. L'odeur de renfermé de sa chambre laissa place aux senteurs des plantes bordants les allées tracées aux travers de l'immense pelouse et quelques effluves de bonnes cuisines provenant des quartiers alentours. La caresse de l'air sur son visage lui procura un sentiment de plaisir qu'il imaginait perdu.
Un nouveau sourire illuminait faiblement le visage de l'ünik. Il comprit l'endroit auquel désirait l'emmener son ancienne disciple. Ce geste touchant lui fît prendre conscience de l'attachement  qu'elle éprouvait pour cet endroit et par extension du lien qui les y unissait. Avec la révélation de la réalité sur Elionne, ce chêne vers lequel ils se dirigeaient aurait dû perdre toute valeur de la connexion vers l'immense sagesse qu'Ithilion attribuait à son maitre. Cette entité centenaire, voir millénaire, aurait pu dorénavant se dresser au-dessus du jardin, immanquable à sa vue, comme une stèle de la réalité qu'il avait perdu. C'était sans compter le nouveau sens que Sally donnait à cet endroit. Toutes ces heures passées adossés contre son tronc à méditer en silence avaient transformé ce coin du parc en un sanctuaire commun mais interdit à tout autre personne.
Afin de préserver leur rituel, la jeune femme l'aida à s'assoir délicatement au pied du chêne avant de le rejoindre à ses côtés. Elle semblait être heureuse de retrouver ce moment bien à eux, même si son sourire maquillait une nostalgie qui n'échappa pas à son vis à vis. Une fois son dos calé contre l’écorce rigide et ses jambes étendues sur l'herbe, une intense vague de soulagement déferla dans son corps enfin au repos. Même si Sally l'avait supporté du mieux qu'elle pouvait, la marche avait tiré sur ses maigres réserves de force, mais il s'en moquait  car une profonde sérénité prenait place pour remplacer peu peu ses pensées tourmentées. Ses mains se posèrent sur ses cuisses, paumes vers le ciel, et ses paupières se fermèrent pour ne se laisser plus que guider par ses autres sens. Il se laissa tranquillement dériver par cours du flot de son instinct, bien déterminé à faire du tri au milieu des vestiges de son fracas interne. Ses côtes gardaient précieusement la chaleur de la main et du bras qui l'avaient maintenu debout jusqu'ici, lui donnant l'impression que Sally continuait à le suivre et à le porter dans ce voyage astrale. Cette pensée renforça sa conviction intime de vouloir se reconstruire au plus vite. Il ne savait absolument pas ce qu'il cherchait, ni par quoi il commencerait, mais il ne laisserait pas tomber les efforts que ses quelques rares proches investissaient en lui pour l'aider à tourner la page de cet affreux chapitre.
Un affreux vertige le coupa dans son élan et le força à rouvrir les yeux pour retrouver un semblant d’équilibre. Aussitôt une main vint saisir son poignet et Ithilion capta au loin une voix inquiète.
-Tout va bien ne t'en fait. lui répondit-il pour la rassurer en inspirant avec lenteur. J'ai survécu aux premiers plats d'Alaryk...

Les doigts de Sally se refermèrent alors sur les siens de la même manière que lorsqu'elle se trouvait à son chevet dans sa chambre de soin. Les images s'éclaircirent aussitôt et le bruissement continu des feuilles bercèrent à nouveau l'esprit de l'ünik. Une goutte perla de son front  devenu moite.
« Ne me refais jamais ça... S'il te plaît ».
Ces quelques mots résonnèrent comme un supplice. A quel point avait-elle souffert de tout ça ? Ithilion fût saisit de remords et de doutes. Amener une âme aussi douce et sensible aux travers d'un chemin où les balles peuvent briser des cœurs, priver net la compagnie d'un être cher, où la violence peut briser aussi bien les os que les esprits, où il faut exécuter les ordres parfois les plus écœurants quand bien même ils vont à l'encontre des valeurs les plus personnelles, n'était-il pas l'une des plus grandes erreurs de sa vie ? Il ne comprenait vraiment pas ce qui l'avait poussé à embarquer Sally dans un monde aussi peu enviable. Quelque chose se brisa à nouveau au fond de lui et lui fallut emmagasiner beaucoup de courage pour aller affronter le regard déterminé qu'elle lui portait. Un simple regard accompagné d'une conviction qui estompa toute l'incertitude qui venait de le saisir. Elle ne le laisserait jamais tombé et lui non plus. Elle n'était plus une enfant influencée par le choix des autres. Sa détermination incarnait le fruit de ses résolutions, de sa nouvelle compréhension de ce monde et de son instinct. Devant lui se dressait fièrement une personne libre que rien n’empêcherait de partir si le désir lui en prenait ou d'aller jusqu'au bout.
-Merci. exprima t-il simplement.
Un simple mot pour exprimer ce qu'il ne pouvait l'être avec des milliers par peur de gâcher la valeur qu'il portait à cette personne pourtant encore qu'une vulgaire inconnue il y avait quelques mois de cela. Il ne comprenait pas les raisons qui la poussait à le suivre avec une telle ferveur, mais la réciproque l'obligeait à l'accepter sans y attacher d'importance. L'un n'allait pas sans l'autre, c'était la seule réalité qui comptait à ce jour.
Sa main encore libre se glissa dans sa tignasse blanche comme pour chasser les dernières mauvaises choses qui osaient troubler cet instant. Il observa longuement le bâtiment des Chasseurs Ailés. Alors qu'une silhouette blanche disparaissait du cadre d'une fenêtre, il se demanda si sa motivation le pousserait à continuer à servir ses valeurs sans le chef qu'il s'imaginait à leur tête. Difficile de se prononcer à l'heure actuelle.  Si il se sentait libre et l'esprit aventureux, il savait pertinemment ce qui constituait réellement  la base de sa raison d'être. Pourtant cette interrogation semblait trouver une certaine résonance en lui car il ne put s'empêcher de poser cette question :
-Que veux-tu faire plus tard Sally ?
La question n'avait jamais eu autant tout son sens qu'à l'instant présent. Avant, elle servait à mesurer la motivation de son apprentie à s'intégrer au sein des Chasseurs Ailés, mais là, elle offrait une ouverture vers tout les champs du possible. Lui même ne savait plus trop. Peut être éprouvait-il le besoin de se retrouver face aux réelles raisons qui l'avait poussé à choisir cette voie. Le poids et la chaleur absents de son Dzeta lui éprouvait comme une sensation de manque.
****

Au pas de course, Dawkins traversait les couloirs de l'aile Nord en marmonnant des jurons à l'encontre de cet imbécile qui avait quitté son lit dans un état de santé ne le permettant pas et sans prévenir personne. Quelques personnes de confiance s'activaient déjà à sa recherche avant que l'information ne remonte trop haut. Ithilion cumulait suffisamment de problème avec la hiérarchie pourquoi diable prenait-il le risque d'anéantir cette seconde chance qu'on lui offrait ? La cour martiale pourrait posséder suffisamment d'éléments pour, dans le meilleur des cas, une condamnation à perpétuité ou un internement dans un centre de soin spécialisé, si le juge était clément.
-Je vais te faire passer l'envie de faire des conneries. grommelât-il en ouvrant une énième porte derrière laquelle il ne trouva rien.

Derrière ses menaces se cachait une véritable promesse car il en fallait beaucoup pour sortir le jeune capitaine de ses gondes.  En réalité, il s'inquiétait réellement pour son ami. Bien qu'il se rassurait du mieux quand à l'intégrité de la raison d'Ithilion, il espérait que ce dernier n'avait pas tenté une escapade sur un coup de tête pour fuir tout ses problèmes. Auquel cas, l'administration n'hésiterait pas à le signaler comme fugitif dangereux et cela ne lui laisserait pas beaucoup de chance de ne pas se faire descendre par une brigade de recherche. De plus, ses blessures nécessitaient encore quelques jours de traitement, cela n'était pas à prendre à la légère.
Il croisa la route d'Alaryk à une intersection qui secoua négativement de la tête avant de repartir en hâte.
******


De mémoire, jamais il n'avait livré une part de lui même à une autre personne. A quelques rares occasions, il avait partagé quelques doutes ou quelques grandes remises en question  à Alaryk et Ethan mais en dehors, Ithilion refusait de s'ouvrir et de donner de l'emprise sur ses problèmes. Néanmoins, les mots sortirent tout seul, comme une réflexion à voix haute sans que cela ne le bloque.
-A vrai dire, pour la première fois je suis un peu perdu.
Cet aveux  desservait complètement son rôle de guide inébranlable qui saurait en toute circonstance montrer le droit chemin, mais il en prit le risque en connaissance de cause.
-Ma principale raison de servir cet Ordre n'était en réalité qu'un mirage... Sa voix s'étrangla légèrement à la répétition de ce fait. Bien sûr je le faisais aussi pour pouvoir défendre ce qu'on pense appeler le "bon côté",  la "justice",-il accentua ces mots à l'aide de ses doigts- bon ok en grande partie pour l'argent ...mais ma réelle motivation était de rendre cette personne fière de moi et de respecter les valeurs de cet Ordre.
Un moteur de vie qui pouvait presque sembler puérile, irresponsable ou même détestable lorsqu'on voyait les conséquences qu'il engendrait lors des missions. Ôter la vie pour plaire simplement plaire à une femme, le chevalier se préparait à voir toute la bienveillance de Sally lui échapper aussi rapidement qu'elle lui était parvenue. Malheureusement, il était inutile de se justifier  autrement.
-La vie est faite d'évolution et je sens bien qu'il est l'heure de trouver une réelle motivation. Je ne changerai pas ma nature car j'en suis à un stade où cela n'est plus possible, mais je veux au moins avoir une ligne plus respectable.
Il eut un sursaut de rire laconique:
-Un connard déviant vénale respectable. Y'a pas à dire, on veut que je sois spéciale.
Sa main monta brièvement au niveau de ses cheveux pour illustrer ses propos.
-Heureusement que tu es la pour remonter le niveau Sally. Ce que je viens de dire n'est pas très encourageant, ni très glorieux, mais je sais que tu vaux mieux que ça.
Ses yeux gris se dirigèrent vers le sol. Honteux d'être confronté à sa propre image sous le regard de celle qui lui avait donné une réelle importance.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Jeu 4 Mai - 2:34


« Merci »
C'est ce que dit Ithilion dans un souffle fébrile. Ce tout petit mot sonna d'une étrange façon aux oreilles de Sally. C'était comme la parole d'un naufragé à son sauveteur. Pourtant, depuis la tragédie de l'épreuve, elle ne s'était pas montrée très charitable avec lui. Elle l'avait sèchement rejeté, lui qui avait eu un geste de compassion à son égard, puis elle s'était isolée pour ruminer dans une indécente complaisance toute la peur et l'amertume qui s'étaient décantées en elle dans la forêt. Quand elle y songeait, Sally se trouvait minable. Mais voilà qu'il la remerciait. Malgré toutes les couleuvres qu'il avait avalées à cause d'elle depuis leur rencontre. Il avait pris tant de risques là où n'importe qui d'autre aurait immédiatement dénoncé aux autorités la Paria qu'elle était. Sa carrière, ses amis, ses projets, Ithilion avait accepté de voir tout son monde chambouler, avec pour seule contrepartie les quelques efforts que la jeune femme fournissait lors de ses entraînements.
Elle posa son regard sur lui dont l'esprit semblait voguer bien au-delà du ciel. Son profil net était dressé vers les bâtiments d'en face, derrière les fenêtres desquelles on voyait passer de temps à autre un soldat qui ne devait certainement pas être en désarroi émotionnel comme l'était Ithilion. Même s'il était avachi sous cet arbre, même si des grosses cernes plombaient son visage d'ordinaire pétillant, son nez et son menton levés témoignaient de sa volonté de rester digne. Peut-être fallut-il attribuer cette position à l'appui de son crâne contre le tronc du chêne... Mais Sally ne vit pas les choses ainsi. Jamais le Chevalier ne se départait de cette allure fière que ses détracteurs qualifiaient d'arrogance. Le regard droit comme son intégrité, il osait, il défiait, il jaugeait ceux qui se mettaient en travers de sa route, et tous avaient eu à faire à cette mine déterminée. Que ce fut Klegan, Cecil, ou Ethan et Alaryk lorsqu'ils lui rappelaient les lois Üniks sur le sort réservé aux Parias. Jamais Ithilion n'avait flanché. Ce jour-là, alors même qu'il était affligé par une vérité qui lui avait brisé le cœur, l'éclat de sa noblesse était lisible sur son visage. Ce courage dont il n'avait probablement pas conscience perça l'admiration de Sally. Comment un homme aussi fort avait-il pu croire en elle, la petite brune craintive qu'il avait un jour croisée dans une prise d'otage ? Qu'avait-il vu en elle qui fut digne de son intérêt, lui que rien n'ébranlait totalement ?

Petit à petit, le rempart silencieux qui s'était formé comme un cocon autour du jeune homme se fissura. Il inspira doucement ses mots au rythme du vent, jusqu'à ce que le dernier amarre qui retenait sa parole ne soit largué. Pour la toute première fois, Ithilion s'ouvrit à son amie pour lui avouer qu'il se sentait un peu perdu. Leurs doigts toujours mêlés, la jeune femme l'écouta sans mot dire.
La prise de conscience de ce qu'Elionne Histo n'était qu'un mirage créé de toutes pièces par sa jeune imagination avait fait voler en pièces toutes les certitudes qu'il avait acquises au long de sa vie. Il ne savait trop à quoi se raccrocher maintenant que le mensonge s'était dissipé au creux de ses mains. Les valeurs en lesquelles il croyait, qu'elles fussent morales ou vénales, il les avait suivies pour se montrer digne de son maître. Au moment où Ithilion lui fit ces confidences, le regard qu'il adressa à Sally témoignait de tout le dégoût qu'il avait pour lui même. Lui prêta-t-il certaines pensées à ce moment-là ? Elle ne le sut jamais. Peut-être ne sut-il jamais non plus que sa disciple comprenait les sentiments qui l'animaient. S'il avait cherché à rendre cette femme fière, Sally avait elle-même cherché à rendre le Chevalier fier de l'apprentie qu'elle était. Ils avaient eu cette même démarche égoïste et un peu naïve d'essayer de briller d'importance dans le regard et le cœur d'un être estimé. Sally le réalisa à cet instant, en pensant au petit sourire en coin qui étirait les lèvres d'Ithilion quand elle réussissait un exercice. Elle avait déployé des efforts intenses pendant des mois, mais ce n'était pas uniquement pour elle-même. Ce sourire, elle aurait pu faire n'importe quoi pour le voir se dessiner sur le visage de celui qui l'avait tirée d'une vie de clandestinité.
A présent qu'Elionne s'était envolée comme de la fumée noire, Ithilion cherchait un nouvel objectif. Quelque chose qui, malgré sa nature impossible à changer, lui permettrait de suivre une ligne de vie plus respectable. Quand il se mit à se moquer de lui-même, de ce pauvre déviant albinos et vénal qu'il avait toujours été, Sally fronça un peu les sourcils. Ces quelques paroles lui firent de prendre la mesure de la peine qu'il ressentait. Les mensonges l'avaient désentravé mais il n'en demeurait pas moins prisonnier de leur poids douloureux. Était-elle dotée de l'envergure qui lui permettrait de l'aider à se relever, comme son dernier souhait le laissait entendre ?

« Tu devais très profondément l'aimer, dit Sally en laissant son regard se poser sur l'herbe qui vibrait tendrement sous la brise. Mais ça n'a rien d'étonnant, quand on sait qu'elle a toujours été un repère pour toi ».
Lui vint une idée invraisemblable, sortie d'elle ne savait quelle poche de folie en sommeil sous son crâne. Mais elle apparut comme une évidence limpide à la jeune femme.
« C'est peut-être bien que la lumière d'Elionne ait toujours éclairé ta route. Surtout dans un milieu aussi dur que l'armée Ünik. Elle t'a peut-être sauvé de la haine et de la peur qui sclérosent les peuples depuis des siècles et t'auraient plongé dans une folie plus profonde encore. Te raccrocher à elle, c'est sans doute ce qui t'a permis de rester un Ohm ».
A peine eut-elle prononcé ce mot que Sally se redressa, comme étonnée. Où avait-elle appris ce terme ? Elle cligna des yeux doucement avant de secouer un peu la tête. La fatigue, certainement.
« Tu n'es pas un pauvre fou qu'il faut enfermer. Quoiqu'on puisse en dire, ce que tu as accompli ne peut pas être un mensonge. Ce que tu prenais pour vrai n'a que peu d'importance dans l'histoire. Regarde-moi, Ithilion – dit-elle pour capter son regard enfui – tu as toujours su rester intègre. Ce sens de l'honneur que tu prêtais à Elionne n'était autre que le tien. Cela ne fait pas de toi une mauvaise personne ».
Tout ce que Sally espérait à cet instant, c'était que son ami ne mette pas ces dires sur le compte d'une naïveté dont elle se savait encore très imprégnée.
« J'imagine... qu'évoluer dans l'Ordre n'a pas été facile. Je sais ce que c'est que d'avoir peur. Je sais que ce sentiment peut nous faire faire des choses que nous ne ferions jamais en temps normal ».
Ce disant elle pensait au tir sur Ethan, mais également au fait qu'elle n'avait rien fait pour aider Siruy au moment de sa mort. Ce garçon charismatique et influent parmi les jeunes du QG qui d'un battement de cil aurait pu convaincre tous les autres de ne faire qu'une bouchée d'elle, la petite parvenue indésirable. S'ils avaient appris qu'elle était une Paria...
« Ne te juge pas trop durement, poursuivit soudain Sally avec conviction, ne te laisse pas culpabiliser par le regard ou le mensonge des autres. Cette vérité qu'Ethan t'a révélée ne doit emporter qu'Elionne, et pas toi, pas tout ce que tu as fait. Si tu veux mon avis, la seule chose qui vaille le coût en ce moment c'est de faire le deuil de cette femme ».

« Il ne s'agit pas de savoir si tu es respectable ou non, Ithilion. Tu restes toi, avec ou sans Elionne. C'est juste que... le chemin qui t'a mené à ce que tu es n'est pas celui que tu croyais. Une fois que tu auras accepté cette idée, tu verras qu'il n'y a rien et qu'il n'y a jamais rien eu qui puisse justifier qu'on te traite différemment d'une autre personne ».
Sally reprit son souffle. Elle sentait ses joues rougir un peu de l'émotion qui s'était emparée d'elle. Les mots sortaient de sa bouche sans qu'elle y ait vraiment réfléchi, comme lorsqu'elle était avec Alaryk ce fameux soir.
« Tu crois qu'une personne qui n'est pas respectable aurait protégé une parfaite inconnue au péril de sa vie ? Ce jour-là à la banque, j'aurais eu le temps de mourir au moins trois fois si tu n'avais pas été là pour m'aider. Rien ne t'obligeait à le faire mais tu l'as fait ».
Les grands yeux de la jeune femme perforaient ceux du Chevalier. Elle voulait qu'il comprenne... Il le fallait. Elle prit une grande inspiration.
« Si je t'ai suivi, c'est parce que pour la première fois de toute ma vie j'ai eu le sentiment d'avoir de l'importance pour quelqu'un. C'était pareil pendant les entraînements. Au travers de ma réussite, tout ce que je voulais c'était qu'on m'accepte et qu'on me donne une chance d'évoluer comme un Ünik. Mais ce n'est pas possible, parce que je suis... ce que je suis. C'est ce que cette fichue épreuve m'a fait comprendre ».
Le regard de Sally se teinta de mélancolie.
« Je suis comme toi. Moi non plus je ne peux pas changer ma nature. Et pourtant, j'avais envie d'être respectable. Mais c'était une erreur que de croire que je pourrais me fondre dans le peuple d'Anathorey comme une citoyenne normale ».

« Suivre tes enseignements et évoluer à tes côtés m'a fait comprendre à quel point le monde dans lequel nous vivons est cruel. Et maintenant je comprends que... ce que je veux vraiment, c'est être respectée ».
Quelques secondes de silence s'écoulèrent... Nécessaires sans doute à la réponse que Sally voulut offrir à l'étrange question qu'Ithilion lui avait posée un peu plus tôt.
« Je veux être respectée et ne plus jamais avoir à vivre dans la peur ».
Cette peur qui l'avait mise à la botte de Cecil, qui la poussait au mensonge, qui lui faisait courber l'échine devant Klegan et les autres soldats, qui l'empêchait de regarder Ethan et Alaryk droit dans les yeux le temps d'une conversation entière... Ou qui lui faisait faire des cauchemars, qui la faisait pleurer à la simple pensée du nom de Sullivan.
« Je suis à bout, Ithilion... termina doucement la jeune femme. Je ne veux plus jamais vivre comme ça ».
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar


Chevalier Ailé (Ithilion)


RPG
Âge : 23
Groupe: Elite
Inventaire: Bourse sans fond

MessageSujet: Re: Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]   Sam 6 Mai - 16:03

Le discours qui s'échappa à n'en point douter du coeur même de Sally percuta Ithilion, avec l'effet d'un coup de poing à l'estomac. Au delà de sa compassion et de ses encouragements, elle venait de lui livrer une part intime de sa personne qu'il n'avait jamais soupçonné, malgré tout le temps passé ensemble depuis le début de l'aventure. L'espace d'un instant, les rôles venaient de s'inverser. L'apprentie candide venait de se transformer en un véritable guide doté de l'expérience de mille vies. La sagesse et l'assurance des mots prononcés insufflèrent en Ithilion, leurs sens inondèrent sa conscience délabrée, leur tracés lumineux laissèrent entrevoir l'esquisse d'un chemin. Une partie de la solution à ce puzzle inextricable  se trouvait peut être quelque part au bout.  Son instinct lui souffla de croire en la valeur de ces paroles, teintées d'une profonde mélancolie et d'une puissance  qui ne provenaient certainement pas d'une réflexion innocente.
Par la même occasion, Sally lui avait ouvert une part de ses convictions forgées par son histoire. Et si l'Ünik se surprit à pouvoir compter les similitudes entre leurs parcours, il sentait la présence d'un voile sur la cruelle réalité  que cette jeune fille avait vécu et subissait encore au quotidien. Non, il ne pouvait comparer sa misérable situation au véritable calvaire qu'endurait la Paria depuis sa naissance. Le simple crime d'être née la privait de jouir d'une existence paisible, entourée de proches avec lesquelles sa personnalité pourrait s'exprimer librement. Un sentiment de honte monta en lui. Sa situation lui parût presque dérisoire et son attitude d'autant plus pittoresque face à Sally qui endurait avec une force et une fierté remarquables les travers du destin qu'on lui avait injustement imposé. Elle se battait chaque jour dans le but non pas de se distinguer  comme lui le faisait vaniteusement, mais simplement pour obtenir un peu de considération, ne plus subir  les insultes et le dédain d'une propagande infondée. Ses efforts, elles les surmontaient également pour lui. A l'instar de sa motivation pour briller aux yeux de celle qu'il avait imaginé comme son mentor, Sally donnait le meilleur d'elle-même afin de rendre fier son maitre. Une idée qui ne manqua pas de flatter l'égo de l'intéressé mais qui, pour une fois, prit le soin de ne pas l'afficher et de l'exprimer à haute voix.
A la place de cela, il souhaita rendre honneur à celle dont le mérite revenait pleinement. A celle dont le respect depuis longtemps acquis s'intensifiait pour devenir une chaine  indestructible les reliant tout les deux.
La réponse de son amie à sa vague de remise en question lui apporta un nouvel élément de solution. Le souhait qu'elle évoqua juste derrière se brisa dans un silence qui en dit long et termina de convaincre Ithilion.

-Plus jamais tu n'auras à vivre comme ça.

Jamais il n'avait été aussi redevable envers une personne. La simple initiative de Sally de l'emmener sur ce lieu, le simple fait de se trouver en sa compagnie avait sans doute dispensé des semaines d'efforts intenses de reconstruction. Certes, il lui restait encore pas mal de marches à gravir avant de refaire totalement surface, notamment confrontation avec Ethan, inévitable, lui broyait les entrailles lorsqu'il y pensait. Néanmoins, cette discussion lui avait permis de retrouver des prises sur lesquelles se hisser. Rester à terre lui était inconcevable, alors qu'à côté de lui, cette Paria indésirée continuait à se frayer un chemin dans ce monde, munie d'une volonté inébranlable de conquérir le jugement des regards qui la jaugeait comme un monstre.

-Va jusqu'au bout de ton apprentissage, l'enjoignit-il alors en empoignant les épaules de Sally. Je m'occuperai de tes soucis du mieux que je peux, comme ça tu n'auras qu'à te concentrer sur ton objectif.

Privé de monitorat, Ithilion regrettait l'idée de perdre le bonheur de faire évoluer son ancienne apprentie. Au moins, il assisterait  à sa progression et resterait à ses côtés pour la conseiller, veiller sur elle et la soutenir en cas de faux pas.
Sa main droite ébouriffa le sommet du crane de la jeune fille, geste de bienveillance devenu régulier lorsqu'il voulait lui remonter le moral.

-Tu as réussi à gagner le respect et l'attention du plus demeuré des Anathoriens, les gens normaux ça devrait être du gateau.

La pointe d'humour s'accompagna d'un léger sourire. Une réminiscence d'un temps qui paraissait déjà si lointain.   Ithilion n'était jamais vraiment lui sans ce rictus permanent qui barrait son visage. Cela contribuait à  l'image arrogante que l'on lui attribuait, lui donnant l'air de s'amuser de tout en toute circonstance. Cette barrière, il se l'était justement construite pour garder une constance contre les remarques des autres. Toutefois, il hésitait à l'employer de nouveau. Cette page désastreuse lui donnait l'opportunité de changer. De repartir d'un point de départ et de mettre le prétentieux caractériel qu'il avait été au placard.
Le regard que lui portait à l'instant Sally le ravisa. Elle et son cercle restreint d'amis l'avaient accepté tel qu'il se présentait, avec ses défauts, ses problèmes, ses idées. Il ne devait pas changer, simplement avancer.
Ses doigts quittèrent la soyeuse chevelure brune. Il s'étira à s'en rompre les muscles en poussant un profond bâillement.  Une agréable chaleur parcourut son corps.  Il se sentait bien. La fatigue de plus en plus lourde ne l'empêcherait pas de se délecter cette pause hors du temps.
Le bruit d'un pas lourd piétinant l'herbe attira son attention.  La mine fermée, le regard assombri par l'agacement, Dawkins se posta devant le fugitif en croisant les bras. Le sermon ne fît aucun quartier. Le jeune capitaine assena sur un ton froid l'idiotie d'Ithilion de disparaitre de la sorte, à peine rétablie, avec tout les problèmes qui pendaient au-dessus de sa tête et qui manquaient de choir à la moindre bévue supplémentaire. Sally eût également le droit à sa part de réprimande pour ne pas s'être opposée à cette idée irresponsable  et pour avoir agit sans penser aux conséquences que cela aurait pu avoir.
Ithilion baissa simplement la tête, acceptant la mise au clair sans tenter de se justifier.  Sa situation ne permettait plus au vent de révolte qui soufflait habituellement en lui de causer de nouveaux travers. Sa deuxième chance, il la devait en grande partie aux actions du jeune gradé avec la hiérarchie. Inutile d'espérer un autre traitement de faveur à l'avenir. Si il souhaitait voir Sally grandir au sein de l'Ordre, il ne fallait plus qu'il cause de remous. Rentrer dans le rang. Un sacrifice qu'il consentira à faire accepter à son esprit insoumis, bien qu'absent pour l'heure, pour éviter toute sanction qui l'empêcherait d'accomplir sa promesse.
Quelques minutes plus tard, Alaryk les rejoignit près du chêne. Le stress de la recherche laissa place à un petit rire amusé en découvrant le refuge des deux comparses. Ce lieu auquel Ithilion attachait de l'importance lorsqu'il souhaitait se ressourcer lui était complètement sorti de la tête. D'ordinaire, il n'acceptait pas la moindre présence autour de lui pendant ce temps de méditation, sa protégée possédait apparemment un régime spécial qui finalement ne l'étonna pas vraiment. Ces deux là paraissaient aussi soudés que les doigts de la main. Une relation bien différente que celle que lui même entretenait avec Sally, qui le mettait mal à l'aise ses derniers temps, notamment lors des entrainements.
 La bonne surprise fût de constater que cette escapade semblait lui avoir fait du bien. Son visage reprenait quelques couleurs et son regard ne se perdait plus vers d'obscures horizons. Il ne rajouterait pas une couche à la douche que leur avait probablement servit Dawkins. Le principal restait que son frère d'arme se rétablisse au plus vite. Leurs chamailleries commençaient à lui manquer.  Sa présence précieuse en mission également.

-Bon.....quel sort on réserve à des fugitifs déjà ? lança t-il pour détendre l’atmosphère. C'est pas la corvée patate pour les frittes de ce soir ?

-Non. répliqua Dawkins qui n'avait apparemment toujours pas digéré cette histoire.  Ithilion va retourner dans sa chambre que je vais fermer à clé, et toi tu vas reprendre ton apprentie pour la fin de journée.

L'évocation de la cellule sombre à l'odeur moite provoqua un haut le coeur à son prisonnier. La bas, l'érosion de sa raison risquait de reprendre à petit feu à force de rester allongé seul face à ses incertitudes.  Il s'y sentait comme un condamné attendant son heure, privé de l'espoir d'avoir le contrôle sur son futur. Et puis, il y avait Elle. Une triste compagnie qui le déchirait et qui le replongeait dans cet état misérable duquel Sally venait miraculeusement de l'aider à sortir. Non vraiment, il fallait pas qu'il retourne. Pas maintenant.

-Laisse moi assister au cours d'Alaryk, demanda Ithilion. Je me tiendrai à carreau. S'il te plait, j'ai besoin de penser à autres choses. Retourner dans cette chambre à moisir m'est plus destructeur que tu sembles le penser.

Sa fierté l'empêchait toute imploration mais le faible tremblement dans sa voix trahissait l'importance qu'il attachait à sa requête.


-J'ai besoin de reprendre pied avec les Chasseurs Ailés. C'est pour ça que je suis sorti. Je me connais bien mieux que ces crétins en toges blanches sur lesquelles s'appuie Klegan pour me diagnostiquer.

Le silence de Dawkins le temps de réfléchir à la question dura une éternité. Tendu, Ithilion sentait son esprit prêt à se rompre avec une violence inouïe si le capitaine décidait de le renvoyer malgré tout. Il attendit, aussi immobile qu'une statue, de peur que la moindre perturbation ne joue en sa défaveur.
Le porteur de la lourde décision se tourna un instant en direction d'Alaryk, comme pour lui demander un avis muet sur le sort de son compagnon. Il eut en retour un simple hochement de tête. Évidemment, il se trouva bête d'avoir pu pensé qu'il le soutiendrait. Le soupire de résignation qui s'échappa de la bouche de Dawkins emporta toute la tension que le corps de l'ünik à la crignasse blanche venait d'accumuler.



-Très bien...concéda le soldat. Si tu me dis que ça peut te faire du bien, je peux te donner une rallonge à titre exceptionnel. Mais je te veux dans ta chambre pour tes soins à 20h pétante et surtout que tu me préviennes pour toutes sorties à venir. Sans quoi je serai intraitable.

-Je te remercie. répondit Ithilion, soulagé et heureux de pouvoir assister à l'entrainement de son amie.

Si son visage n'en présenta rien, cette décision lui fît le même effet que si on lui retirait un poignard enfoncé dans ses entrailles. Il ne s'agissait que d'un sursis, ce soir il allait devoir y retourner pour une durée indéterminée, mais ce répit représentait beaucoup à ses yeux.
Les deux battoirs servants de main à Alaryk claquèrent l'un dans l'autre, marquant le départ.


-Très bien !
lâcha-t-il avec entrain. Alors allons y ! Sally tu as intérêt à ne pas me faire passer pour un clown devant ton professeur !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Tais-toi mon coeur [PV Sally] [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Au coeur d'Evanya... [Terminé]
» En plein coeur d'Oryenna... [Terminé]
» Vis, tais toi, puis meurs. [Kassius Elder // Terminé]
» [Terminé] Un bon petit film [Emma]
» Un démon dans le coeur d'un ange. [Terminé]
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Origins :: 
Urban City
 :: Anathorey
-