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[Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)

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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Mer 17 Mai - 1:11

"Un silence lourd de sens régnait dans la chambre. Posé sur le matelas duquel il avait failli ne pas se réveiller, Ithilion portait un regard peu amical à l'homme assis face de lui. Il détestait cet üniks à la blouse blanche, au visage aussi peu expressif qu'un Qantik de première génération, avec son air condescendant et sa manière de parler teintée d'arrogance. Ces scientifiques, tous aussi avides de repousser les limites en dehors de tout code moral, le répugnait du plus profond de son être. Certes la science lui offrait un monde de confort et de progrès dont il pourrait certainement difficilement se passer, mais la folie des grandeurs de beaucoup d'entre eux dérangeait le jeune ünik.
L'idée de n'être qu'un ensemble de causes et de conséquences, comme tendaient à le prétendre certains de ces érudits, ne le réjouissait guère, voir même l'angoissait. Malheureusement, si il tentait de se convaincre que la conscience d'un Ohm ne suffirait jamais pour capter l'ensemble de la complexité de l'âme, il fallait se rendre à l'évidence que les résultats venaient de plus en plus le contredire. Son propre avenir se trouvait d'ailleurs entre les doigts maigrelets du psychologue qui frappaient laconiquement sur son clavier virtuel, apparent uniquement au travers de lentilles spéciales.
Sans relever les yeux de son écran invisible, il sortit un petit appareil qu'Ithilion reconnut pour son plus grand déplaisir. Il s'agissait d'une petite caméra holographique qui servait à enregistrer la discussion, ainsi que les moindre de ses faits et gestes. Cette captation sous le consentement forcé du patient permettait au spécialiste, à la suite de l'entretien, de pouvoir revisionner la séance au ralenti et ainsi déceler et interpréter les plus subtiles micro-expressions du corps. Une forme de mise à nue que l'actuel sujet avait mis du temps à digérer.
Le déclic du bouton suivit par le clignotement d'un petit voyant rouge signala le début de enregistrement.


-Ithilion Gwendilan, dossier AG-210794
. commença le psychologue sur un ton neutre. Supposée dernière séance.


-Pas trop tôt, lâcha Ithilion au tac au tac.


Il se mordit aussitôt la lèvre inférieur pour se rappeler à l'ordre. Cette séance pouvait lui coûter extrêmement cher si il ne se tenait pas à carreau. Sa liberté suspendue ne tenait qu'aux résultats du constat que dresserait cet homme à la fin de la séance. Une position de force que son vis à vis saisissait parfaitement, son visage désertique d'émotion se déridait parfois d'un sourire de satisfaction pervers en lui rappelant les enjeux de l'échéance lorsque son patient ne se montrait pas des plus coopérant. Ces séances auront au moins eu le mérite d'avoir endurci la patience et le contrôle intérieur l'impulsif unik aux cheveux blancs.
Livrer à un inconnu son passé, ses choix, ses convictions et surtout l'apparition de cette femme qu'il souhaitait à tout prix oublier aujourd'hui revenait presque à lui demander de se couper une jambe. La pression de la sentence qui pesait au-dessus de sa tête le résignait à répondre aux questions posées, sous l'analyse implacable d'un appareil et d'un juge capables de défaire le vrai du faux dans ses propos. Il s'y était risqué une fois, il n'essaya plus jamais de mentir par la suite.

-Nous avons la dernière fois terminé de retracer votre parcours sous la tutelle de cette femme que vous avez appelé Elionne. Sa main décrivit une trajectoire rectiligne dans le vide, il devait certainement sortir et classer ses notes. Vos premiers souvenirs que vous en ayez remonteraient donc avant l'âge de vos 10 ans, et votre conscience a décidé de vous la faire disparaitre à l'obtention de votre titre de Chasseur Ailé, comme si l'aboutissement d'une période, d'un objectif, avait marqué la fin du besoin d'un tuteur idéal.


Jusqu'à présent, le psychologue avait toujours parlé du maitre illusoire de son patient comme si il émettait l'infime possibilité qu'elle puisse avoir existé. Ithilion n'y voyait la qu'un subtile subterfuge pour amadouer son tempérament quelque peu volcanique. En réalité, il le prenait bel et bien pour un fou. Un Ohm à qui on retirait presque la légitimité de penser par soit même du fait de ce sombre et inhabituel passage de sa vie.
-Que pouvez vous me dire sur Ethan Nolem ?

La question provoqua un instant de crispation chez le Chevalier. Pourtant, il s'était préparé à aborder ce sujet, répétant mentalement pendant de longues minutes cet instant précis afin de garder le total contrôle. Le geste n'avait duré qu'une fraction de seconde, mais cela n'avait certainement pas échappé à l'objectif. Ithilion soupira."

                                                            ************************************
Un grand soleil dominait le ciel bleu dépourvu de nuage au-dessus d'Anathorey, si bien que les membres de l'Ordre sans mission attribuée profitaient de cette journée en se prélassant dans le parc extérieur ou en sortant dans les quartiers de la cité. D'autres préféraient échapper à la lourdeur de l'air ambiant en restant tranquillement au frais derrière les murs du Quartier Général.
Installés autour de l'une des quelques tables rondes du réfectoire, Ithilion, Alaryk et Sally avait opté pour la dernière option après avoir passé une intense matinée d'entrainement. Après des mois passés sans autorisation de toucher à son Dzêta ni à une arme, le chevalier récemment réhabilité dans ses fonctions  avait pu effectuer une séance de tirs sous surveillance.  A l'issu de la séance, pas de miracle en termes de performance, cette longue période d'inactivité avait naturellement amoindri ses capacités. Cette reprise ratée, bien que pas misérable pour autant, n'entacha en rien sa volonté de remonter la pente pour revenir au sommet. Bien au contraire.
Pour l'heure, sa main engourdie par le recul de l'arme tremblait sous le poids des cartes qu'il tenait, une sensation finalement pas si désagréable qui l'aidait à se sentir vivant. Ses sourcils froncés témoignaient de l’extrême attention qu'il portait sur le jeu. Quand ce fût au tour de Sally de jouer, Ithilion ne pût retenir un grognement agacé :
-Noooon ! Alaryk vient de fracturer la donne avec son double troc. Tu n'as pas le droit de relancer simplement avec une suite à l'atout. Tu as pas tellement choix, soit tu as un 5 et tu remplaces la reine par un trèfle, soit tu tentes un troque sur la Fosse, mais ça serait un peu osé !
Alors qu'Ithilion s'empressait de repousser les cartes qui venaient d’être posées vers son amie, le grand colosse ne put retenir un rire tonitruant.
-Ne t'en fais pas, moi non plus j'ai rien compris à ce jeu de Nordkia.  Je savais qu'on aurait du faire une bataille.
-Faut ne faire pas d'effort, grommela celui à l'initiative de cette partie, avant de se reconcentrer sur son prochain coup.
La porte du réfectoire s'ouvrit et Klegan pénétra dans la pièce, sauvant in-extremis la Paria du risque de refaire n'importe quoi. Dans la salle, tout le monde se leva pour saluer la présence de leur supérieur avant de se rassoir une fois que celui-ci leur en eut permis d'un signe de la main. Son regard s'arrêta alors sur la table d'Ithilion et de ses amis.  Sa voix puissante interpella les trois compagnons en leur  ordonnant  de le rejoindre dans son bureau, puis il tourna les talons.
Ithilion se demanda bien quelle raison  justifiait que Klegan se déplace lui pour les convoquer. De mémoire de l'Ordre, jamais le soldat connu pour son caractère impétueux ne s'était montré aussi docile une si longue période. Autant dire qu'il n'avait jamais été aussi irréprochable qu'aujourd'hui.
A l'intérieur du bureau du maitre de l'Ordre, celui-ci à peine revenue s'affairait déjà dans la rédaction d'une pile de paperasse administrative soigneusement classée. Assis sur l'une des chaises en face de lui attendait silencieusement Ethan, la posture droite, le visage fermé, comme à son habitude.
Depuis le drame, de l'eau avait eut le temps de couler sous les ponts. Ithilion n'oublierait jamais ce qu'il s'était passé, son ancien coéquipier risquait de ne pas regagner un brin de sa confiance tout de suite, néanmoins il semblait à présent tolérer sa présence lorsqu'il croisait sa route, non sans parfois sentir un goût amer au fond de lui même. Les erreurs d'Ethan possédaient comme circonstances atténuantes d'avoir été commises dans l'intérêt de son ami. La digestion de cette étrange raison avait permis à Ithilion de faire les premiers pas vers le pardon, mais il en demeurait pas moins que cela ne justifiait pas tout.
Dans la pièce un étrange malaise sembla flotter, renforcé par l'interminable silence qui avait suivit l'arrivée des trois convoquées. Ithilion et Ethan évitèrent de croiser leur regard, tandis qu'Alaryk se retrouvait une nouvelle fois coincé entre le déchirement de ses deux compagnons d'enfance. Si il n'en présentait aucun signe, cette histoire l'avait également profondément marqué.
Soudain Klegan releva le nez de ses notes pour s'intéresser aux soldats qui lui faisaient face, sans se soucier de l'ambiance lourde qui régnait. Cette rencontre allait surement être compliquée, mais elle était le sens de leur présence ici. L'occasion d'une deuxième chose, comme il en avait émis le souhait, avec l'accord du conseil martial.
-Bien, commença le général en s'apprêtant à ne pas passer par quatre chemins. Il est temps de reformer l'équipe Alpha le temps d'une mission de route dans le but de vous évaluer.
L'annonce donna envie à Ithilion de quitter la pièce, mais la présence de Sally près de lui l'empêcha de céder à son comportement impulsif. Sa seconde chance se jouait en ce moment même, le moindre faux pas et on le priverait sans état d'âme de sa liberté, ainsi que de son ancienne disciple. Prenant une grande inspiration, il resta aussi immobile qu'une statue.
-Il s'agit d'une banale mission de surveillance. reprit le supérieur, satisfait de cette absence de réaction contrairement à ses craintes. Le compte Everlue organise un grand bal publique afin d'aider sa fille à faire sa place dans la société. Toutefois, hier, il aurait reçu une lettre menaçant l'intégrité de son enfant. C'est donc dans l'urgence qu'il a fait appel à nos services afin que nous assurions le bon déroulement de la soirée et surtout la protection de mademoiselle Sybil Everlue. Je vous laisse vous préparer, vous partez dans l'heure. Vous aurez besoin de vous faire discret et de tâter le terrain une fois sur place. Nancy pourra vous accompagner, cela lui fera une bonne expérience et je ne pense pas qu'il s'agisse d'une mission extrêmement compliquée au vue de vos compétences.
Pensant que la présentation était finie, Ithilion se tournait déjà vers la porte de la sortie lorsque la voix du capitaine le rattrapa avec un lourd avertissement :
-Cette mission est un test pour votre équipe Gwendilan. Si elle ne s'avère pas concluante, le comité de sanction disciplinaire s'octroie le droit de revenir sur sa décision. A vous de montrer que vous êtes toujours aussi efficace et indispensable pour obtenir le traitement de faveur qu'elle vous accorde. Il va falloir mettre vos problèmes personnelles de côté.
La réponse en retour fût le claquement d'une porte. Marchant à grand pas pour vider la colère qui bouillonnait en lui, Ithilion se dirigea en direction de l'armurerie afin de récupérer le matériel adéquat pour la mission. Lorsque l'ünik en charge des équipements de l'Ordre lui rapporta son Dzêta, il mit un certain temps avant de se décider à le prendre. Cet objet représentait un lien profond avec son trouble de la réalité,  il avait toujours cru qu'il s'agissait d'un cadeau offert par son maitre avant que celle-ci ne disparaisse. En réalité, il ne se souvenait même plus de la manière dont il s'était retrouvé en sa possession, il s'agissait encore d'un pan de son histoire qu'il devait à présent éclaircir. Au cas ou, il glissa le gantelet dans son sac, sans prendre la peine de l'enfiler à la main. Cette mission à l'improviste en compagnie d'Ethan risquait déjà de mettre son fort intérieur à rude épreuve, il préféra ne pas s'ajouter un poids supplémentaire et prendre le risque de la revoir surgir.
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Jeune fille traquée (Sally S.)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Sam 20 Mai - 1:19


Sally se dirigeait vers sa petite chambre après une matinée d'entraînement intensive. Ithilion s'était joint au cours, cette fois non pas pour l'encadrer mais pour s'entraîner à nouveau. Sa longue période d'inactivité due à son alitement avait fortement impacté ses performances, mais pour qui était excellent dans son domaine les habitudes étaient vite retrouvées. Alaryk, qui ne s'était pas risqué une seconde à faire mine d'enseigner à son ami, s'était concentré sur Sally. Elle avait marqué de nombreux progrès récemment, si bien que son nouveau professeur lui avait assigné de nouveaux exercices plus difficiles qu'elle avait encore peine à maîtriser. Bien qu'elle mit toujours du cœur à l'ouvrage, elle ne fut pas fâchée d'entendre sonner la fin de la séance. La chaleur accablante qui régnait sur Anathorey l'avait trempée de sueur, si bien qu'elle avait décidé d'aller prendre une doche avant de rejoindre les deux hommes au réfectoire.
Mais elle ferait un petit détour avant d'arriver jusqu'aux dortoirs... Il était un endroit que Sally affectionnait particulièrement, où elle se rendait discrètement sans prévenir personne : les écuries de Kokobots de l'Ordre. Le seul qui l'avait jamais vue sur les lieux était Legan, le vieux régisseur du quartier général. Ce petit homme discret appréciait les visites de Sally car elle l'aidait toujours à nourrir ces grands oiseaux dociles et aimants. Mais ce jour-là, elle eut beau arpenter les écuries, Legan demeura introuvable. Résignée, la jeune femme s'empara d'un seau, le remplit de grandes feuilles verdâtres et le porta Kokobots qui frétillaient d'impatience. Les voir se bousculer gentiment pour être le premier à manger le mets qu'elle leur tendait de sa main était toujours très drôle. Il était tout aussi plaisant d'écouter le joli roucoulement qu'ils émettaient une fois rassasiés. C'était une petite activité dont Sally avait pris l'habitude et qui lui donnait toujours le sourire. Elle aimait avoir ce moment à elle, où elle se trouvait en face à face avec ces adorables animaux. Ce jour-là ne fit pas exception : elle était enchantée et si absorbée dans sa tâche qu'elle n'avait pas entendu des pas se rapprocher.
« Tiens donc. Comme on se retrouve ».
Sally sursauta vivement et fit volte-face. La mystérieuse apparition n'était autre que John, ce grand soldat qui n'avait jamais vu sa présence au QG d'un très bon œil. Se retrouver face à lui rappela à Sally l'affreuse peur qu'elle avait eue quand il l'avait mise à terre, le jour de l'épreuve. Elle se souvint de l'étreinte forte que ses mains d'homme avaient exercé sur sa gorge alors qu'elle était au sol. Comme s'il avait remarqué le malaise de la jeune femme qui restait muette, John se mit à rire doucement.
« Relax. Je n'ai pas l'intention de te faire quoi que ce soit. J'ai retenu la leçon ».
Ce disant il s'approcha d'elle pour paraître à la lumière qui perçait par le toit ajouré. Il était marqué à la joue droite d'une cicatrice oblique. Le trait était aussi net que s'il avait été tracé par la lame d'un couteau. Les mains de Sally se crispèrent au moment où elle se souvint de la sensation de ses propres ongles lacérant le visage de son agresseur et de la peur qu'elle avait eue.
« Tu te souviens ? demanda John en agitant un doigt devant sa balafre. Tu fais pas les choses à moitié, toi. Il semble que je t'ai sous-estimée ».
Il souriait d'un drôle d'air, un peu fataliste.
« Je pense qu'on peut dire qu'on est quittes, maintenant ».


Sous l'eau chaude, Sally ne parvenait pas à se défaire de l'image de cette cicatrice qu'elle avait tracée sans même le savoir. La couleur rougeâtre de la chair à l'endroit où elle avait été déchirée lui donnait la nausée. Elle frissonna malgré la douceur des gouttes qui perlaient sur sa peau nue. Prostrée en avant, sa vue bouchée par ses longs cheveux mouillés, Sally ruminait toute l'horreur que lui inspirait le geste qu'elle avait eu. Ce que la peur lui avait fait faire lors de cette épreuve lui donnait le vertige. Sans s'en apercevoir, elle s'était totalement oubliée. Elle passa un moment la tête sous l'eau, comme pour purger son esprit de toute mauvaise pensée envers les autres et envers elle-même. Après tout ce qui s'était passé avec Siruy, puis Ithilion, elle s'était juré de ne plus écouter son cœur, dont les cris l'engluaient dans la faiblesse. Il fallait qu'elle devienne plus forte. Sally se répéta ces mots jusqu'à ce qu'elle oublie depuis combien de temps elle était là, les yeux fermés, sous cette pluie artificielle qui l'apaisait.

Enveloppée dans une serviette, la jeune femme essora doucement ses cheveux. Elle essuya d'un geste lent la buée dans le miroir qui lui faisait face. Lorsqu'elle croisa le regard de son reflet, elle se demanda s'il évoluait dans un monde à l'envers meilleur que ne l'était le sien. Sally, sans vraiment le vouloir, se tourna un peu, laissant sa serviette glisser le long de sa taille. Les yeux rivés sur l'image de son dos, elle contempla l'énorme cicatrice qui le traversait sauvagement de part en part. Un de ses doigts toucha délicatement la naissance de celle-ci, au niveau de son épaule. La blessure qui l'avait faite souffrir si durement était désormais endormie depuis des années, mais cette cicatrice en était un écho cruel qui la rendait impossible à oublier. Impossible à oublier, comme ces moments affreux qu'elle avait passés aux laboratoires, sa condition de soumise, ou sa nature monstrueuse. Mais peut-être qu'après tout cette marque barbare lui convenait bien. Un monstre ne peut que ressembler à un vrai monstre. « Cela me semble évident » susurra la voix de Madame Sullivan.
Sally finit par détourner la tête et termina de se préparer sans plus lever le regard.

Au réfectoire, Ithilion les fit jouer Alaryk et elle à un jeu de cartes aux règles absolument infernales. Si elle avait eu les idées claires, la jeune femme aurait certainement eu un peu de mal à les assimiler, mais les pensées moroses qui perturbaient son esprit avaient tout bonnement réduite à néant toute chance de compréhension. Pour donner l'illusion, Sally posait sur les cartes défaussées celles de son jeu qui lui paraissaient assorties. Cette stratégie ne porta pas longtemps ses fruits, car Ithilion ne cessait de la reprendre en baragouinant un jargon qui lui paraissait moins intelligible encore que le vocabulaire militaire. Si Alaryk prit comme à son habitude la chose à la rigolade, elle n'esquissa qu'un petit sourire bref qui s'évapora presque aussitôt.
Le claquement des portes d'entrée annonçant l'arrivée du commandant Klegan les interrompit. Toute l'assistance se mit au garde à vous. Lorsqu'il aperçut la petite bande, le vétéran exigea qu'ils le suive dans son bureau. Sally sentit son ventre se tordre douloureusement... Qu'avaient-ils fait de mal, cette fois ?

***

Cecil, qui somnolait dans sa chambre en ce début d'après-midi, se redressa mollement lorsqu'ils entendit trois petits coups frappés à sa porte. Il n'avait pas besoin d'ouvrir pour savoir de qui il s'agissait.
« Entre, Sally »
La jeune femme parut timidement et ferma derrière elle. Elle portait à la main un gros dossier sur lequel était collée une étiquette d'ordonnancement de mission. Le faux majordome lui fit signe d'approcher, curieux de découvrir quel genre de travail était assigné à l'équipe cette fois-ci.
« Protéger une débutante ? fit-il, un sourcil levé.
« Klegan a dit que c'était une mission... d'évaluation ».
Les deux compagnons échangèrent un regard entendu.
« Cela n'a pas dû lui plaire.
- Non... Il est parti en claquant la porte »
Sally aurait aimé suivre Ithilion et le trouver pour lui remonter le moral, mais Alaryk lui avait dit qu'il s'en chargeait et lui avait tendu le dossier de requête pour qu'elle l'étudie un peu avant de partir. Elle songea d'un coup qu'il était temps pour elle de se préparer, car le Chevalier avait conseillé qu'ils se voient tous pour un briefing avant de partir.
« Ce comte m'a l'air des plus tatillons... » observa Cecil, les yeux plongés dans un courrier écrit de la main du noble qui faisait la liste de toutes les exigences de bonne tenue qu'il exigeait. Cela n'était guère étonnant pour le fils de Duc qu'il était. Lire ces quelques lignes lui faisait sentir de nouveau les parfums de ces soirées mondaines auxquelles il était auparavant le bienvenu... Un temps si long s'était écoulé depuis la dernière fois que plus personne ne le reconnaîtrait à ce jour.
L'Ünik se leva soudain en fermant le dossier d'un coup sec. Sally n'eut pas le temps de dire ouf qu'il était déjà sorti pour aller à la rencontre des trois coéquipiers.

La revue de la mission avait lieu au réfectoire, incontournable endroit pour quiconque voulait parler avant de se rendre en mission. Le dossier de requête trônait au milieu de la table, tel un met de premier choix. Bien qu'Alaryk fut à l'initiative de cette réunion, Cecil fut le premier à parler.
« Avez-vous déjà eu des missions de ce genre ?
- Quelques unes mais assez peu, répondit Ethan, dont le regard éteint témoignait tout l'enthousiasme que lui inspirait ce travail.
- Les nobles c'est pas le milieu qu'on préfère, renchérit Alaryk en calant ses bras derrière son énorme tête. Ceux qu'on a vu avaient toujours un truc à redire, et même si le boulot était bien fait, ils n'ont pas hésiter manifester un mécontentement injuste à notre hiérarchie. Au final, on s'est parfois fait taper sur les doigts sans raison ».
Cecil acquiesça silencieusement puis croisa les bras d'un air des plus solennels.
« Cela n'arrivera pas si vous suivez mes conseils. De part ma condition de domestique, je connais très bien la partie aristocratique de l’Élite, et j'en maîtrise parfaitement les codes. Si je me charge du comte et vous de la sécurité de la demoiselle, cette mission aura toutes les chances de réussir ».
Devant le regard dubitatif que lui lançaient les soldats, l'Ünik ne se laissa pas démonter, puisant dans sa fierté de noble pour continuer son argumentaire.
« Quiconque met un pied sur le territoire de l’Élite devient à sa merci. Ne croyez pas que votre rang de militaire vous rende crédible aux yeux de ce noble. Le statut social est ce qui fait loi dans les rues et salons d'Anathorey, si bien que le simple claquement de doigt d'un comte peut vous  projeter en prison, quel que soit le motif  de son geste - à supposer qu'il existe vraiment. Pour gagner sa confiance et garantir qu'il vous laisse agir en paix, il est tout à fait primordial de faire croire à ce comte que vous connaissez le terrain sur lequel vous vous engagez tout en sachant rester à la place qui est la vôtre ».

Après un moment de silence, l'intervention discrète de Sally fit pencher la balance en faveur de son ami.
« Si ce comte ne nous estime pas à la hauteur de ses espérances, il restera entre nos pattes et cela gênera la mission. Et... il ne faut pas oublier que Cecil donne toujours de bons conseils... »
C'était ce qui lui avait permit de survivre toute la période avant son entrée au QG, elle savait de quoi elle parlait. Elle ignorait tout ce Cecil, elle ne savait même pas d'où il venait. Mais la connaissance qu'il avait sur le monde Ünik était si flagrante de précision qu'il aurait été ridicule d'essayer de la nier.
L'heure tournait. Il leur fallait se décider rapidement s'ils voulaient tenir les délais fixés par le Lord. Alors que le faux majordome s'apprêtait justement à prodiguer les quelques conseils qu'il avait en poche, Sally osa un regard vers Ithilion, qui était assis à côté d'elle et qui n'avait rien dit depuis le début de cette réunion.

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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Mar 23 Mai - 1:17

Les mots jaillirent du passée d'Ithilion et s'arrachèrent de ses lèvres. Il les écouta s'envoler, impuissant, emportant avec eux leur valeur d'intimité :

"Comme vous le savez certainement, les équipes de l'Ordre des Chasseurs Ailés sont formées dès notre arrivée. Que ce soit Alaryk ou Ethan, ils sont devenus des frères à compté de ce jour.

Même si la petite caméra holographique enregistrait toujours soigneusement le déroulement de la séance, le psychologue pianotait rapidement dans le vide pour retranscrire l'ensemble de la discussion. Ithilion ne détachait pas le regard de l'objectif, cet objet lui donnait presque l'impression de lui arracher une part de son âme mais il n'avait pas d'autre choix que de poursuivre :

"Dès lors des pactes s'installent car la route à venir est longue et ardue, tout le monde le sait, même à ce jeune âge. Dans la majeur partie ce sont des valeurs basiques mais essentielles, telles que se protéger mutuellement, se soutenir en toutes circonstances, se vouer une confiance inébranlable et bannir tout mensonge...

La cicatrice encore trop fraiche brisa la voix du chevalier, il s'arrêta quelques secondes pour éviter de détruire des semaines de reconstruction interne sous le poids des de faits que ramenaient ces séances sur la balance. Ce soit-disant docteur pensait-il vraiment lui être d'une quelconque aide en le forçant à se remuer ainsi le couteau dans la plaie ? Dans cette histoire, le plus douloureux n'avait pas été d'apprendre que son maitre n'existait qu'au travers de ses yeux et de son imagination. Non, il s'agissait bel et bien du mensonge dans lequel chacun l'avait consciemment enfermé, pour une raison obscure, presque surréaliste, et dont même ses proches les plus intimes avaient participé en invoquant la juste cause pour se donner bonne conscience.
Il rassembla ses forces et consolida son mentale pour en finir une bonne fois pour toute. Un grand saut dans le vide vers une destination inconnue, avec l'espoir de ne plus à avoir à revenir subir cette torture masquée qui le relâchait plus ébréché qu'à son arrivée.

-Jusqu'à ce jour, j'aurais donné ma vie pour Ethan. Ce merdeux calculateur et condescendant s'est bien foutu de moi, comment pouvait-il penser que de me cacher un tel fait pourrait me protéger. Sérieusement ? Est ce-vraiment moi qui ai besoin d'un traitement quand on voit une telle décision collective au sein d'un corps militaire ? Il n'est pas le seul coupable, j'en suis bien conscient, mais la façon et la raison pour lesquelles il m'a fait éclater cette réalité au visage comme une bombe, malgré  la confiance que je lui portais,  le rend d'autant plus abject.

La colère bouillonnait à l'intérieur ses veines et se rependait au travers de son corps au fur et à mesure qu'il se vidait. En l'état, la moindre étincelle suffirait pour le faire exploser. Le moindre souvenir de trop, la moindre remarque déplacée et tout volerait en éclat, y compris sa liberté et son désir de poursuivre sa vie auprès des rares en qui il possédait encore une once de confiance.
Le visage impassible du psychologue n'annonçait rien de bon, sa tête se secouait de droite à gauche tout en continuant d'écrire. Le silence reprit possession du petit espace. Sans sembler se soucier du champ de mine dans lequel il évoluait, le psychologue releva soudain la tête et posa une nouvelle question :

-Et si votre rancœur envers Ethan n'était que le repli de votre conscience pour trouver un fautif à la révélation de votre situation ? Après tout, il ne vous a certes pas déballé ce lourd secret au meilleur moment ou de la meilleur des manière, mais il n'en est pas à l'origine, n'est-il pas ?

Sur le coup, les jambes d'Ithilion avaient tressailli, prêt à bondir hors de la pièce, seule un fragment de raison le maintint assis d'une main douce mais implacable. Il se résigna à écouter l'argumentation douteuse qu'il sentait venir. Pourtant, la question sembla provoquer un écho au fond de lui."


*******************


L'échange de Cecil et d'Alaryk effleurait les pensées d'Ithilion avant de se volatiliser aussitôt. L'avertissement sans appel de Klegan résonnait en lui, bousculant ses repères et ramenant à la surface de vieux doutes. En temps normal, la mission apparaitrait comme un jeu d'enfant pour une équipe aussi efficace et redoutable que la leur, sauf qu'à la partie s'ajoutait une inquiétante zone d'ombre, née de la terrible discorde qui frappait le groupe. L'ultimatum de leur supérieur arrivait bien trop tôt pour cette fratrie complètement dépassée par les évènements et qui peinait à recoller les morceaux. En souhaitant retrouver au plus vite l'uniformité de tout ses soldats, il prenait le risque d'aboutir à un nouvel accident, or la présence certaine à cette soirée de quelques puissants d'Anathorey nécessitait un sans faute.
Ithilion se sentait en équilibre sur un fil au dessus d'un immense canyon, il allait avoir besoin de beaucoup de sang froid pour supporter cette présence qui lui faisait le même effet qu'un coup de poignard dans le coeur.

Alors que Cecil venait de terminer une rapide synthèse de l'étiquette à suivre  face aux différentes castes, Alaryk le remercia avant de demander-non sans marquer un temps d'hésitation-à Ethan d'exposer le plan d'action comme à l'accoutumé. Ce dernier prit alors la parole. D'ordinaire une pointe d'amusement nuançait ses explications lorsqu'il échafaudait le piège qui se refermerait indéniablement sur l'adversaire inconnu qu'on lui présentait. Cette fois les consignes furent distribuées à l'équipe très sobrement, dénuées d'envie. Alaryk assurerait de part son imposante stature un poste de garde à un endroit bien visible afin d'être à la fois rassurant pour les convives et dissuasif pour l’éventuelle menace. Il ne fallut longtemps au fin stratège pour intégrer, à contre cœur, le faux majordome sur son échiquier. Si Ethan ne l''appréciait guère et possédait toujours de la méfiance à son égard, les connaissances  du monde aristocratique de Cecil et son apparente affinité avec ce milieu social pouvait en faire un bon élément d'information.  Celui-ci participera à la soirée en tant que domestique du bal, ce qui lui permettrait de naviguer incognito aux travers de la salle et de repérer toutes discussions suspectes. Sally  obtint un rôle quasi similaire, à ceci près qu'elle allait devoir se faire passer pour une convive et rester dans une zone proche de la fille du compte afin de réagir en cas de problème.
Quand vint enfin le tour d'Ithilion, Ethan poursuivit sans se démonter en restant concentré sur ses notes. Le chevalier aux cheveux blancs incarnait souvent une pièce principale dans ses tactiques, de la part la nature de son dzêta qui offrait le grand atout de l'anticipation.

-Non, je n'utiliserai pas mon dzêta.
déclara Ithilion sur un ton catégorique. Je ne me sens pas prêt pour le réutiliser. Si tu peux comprendre pourquoi.

Le regard toujours fixé vers l'extérieur, il ne vit pas les yeux d'Ethan se soulever d'exaspération, mais ce dernier préféra en rester la et de ne pas prendre compte ce manque de coopération, ni la pique cinglante qui lui était adressé. Calculateur exigeant, il détestait l'idée qu'une situation puisse lui échapper, mais il ne souhaitait pas déclencher un nouvel accrochage qu'il regretterait amèrement par la suite. De plus, la faible difficulté de la mission ne valait pas la peine qu'il prenne le risque de s'éloigner d'avantage de son ami. Il raya rapidement quelques phrases sur sa feuille et se rebondit immédiatement sur ce changement imprévu :

-Dans ce cas, tu feras la garde rapprochée de Sybil, tu as les meilleurs réflexes de l'équipe...

Un rire chargé d’amertume et sans équivoque provenant du chevalier blanc le coupa net. Ethan avait eu vent des résultats d'Ithilion pour sa reprise ce matin, il en comprit  tout de suite le sous-entendu caché derrière cette interruption. Agacé  par cette attitude agressive malgré ses efforts pour se faire pardonner, Ethan se défendit :

-Ce n'est pas moi qui t'ai tiré dessus, Ithi !

La réaction ne se fit pas attendre. L'intéressé fît volte face et répliqua tout en pointant un doigt accusateur :

-TU m'as gardé dans le mensonge et TU m'as consciemment amené à bout pour qu'on puisse incriminer Sally. Tu es déplorable.

La tension monta d'un cran. Alaryk s'interposa entre les deux hommes et posa ses deux mains sur l'une de leurs épaules. Très vite les quelques autres chevaliers présent dans la salle s'approchèrent au pas de course pour intervenir en cas de dérapage. L'agitation fît comprendre à Ithilion la mauvaise direction qu'il était entrain d'emprunter. Il se rassit et jeta un air triste et désolé à Sally. Il avait honte d'agir ainsi devant elle. Ce sentiment de perte de contrôle le rendait fou de rage envers lui même.
De son côté, Ethan sentant la situation s'envenimer réajusta simplement ses lunettes pour se donner une constance et se garda de renchérir, malgré l'envie irrépressible de lui faire comprendre qu'il n'était pas le fautif que son coéquipier pensait. Il s'assit à son tour et fît un signe de la main à Alaryk, il en resterait la.
Le colosse décida alors de mettre les choses au clair en plantant ses deux poings sur la table.

-Écoutez sombres idiots, je n'ai pas envie que tout se termine ce soir parce que vous êtes autant capables de gérer votre émotion que de la bleusaille. Ithi, tu as traversé par notre faute une terrible pas de la vie, on en est tous autant affecté que toi, notre geste n'est peut etre pas excusable, mais il va falloir que tu comprennes que Etha reste ton frère putain. Il n'a jamais agit CONTRE TOI, et ferme la j'ai pas fini ce que j'avais à dit.

L'ordre péremptoire empêcha toute protestation d'Ithilion qui venait d'ouvrir la bouche. De naturel conciliant et patient, Alaryk devenait très vite effrayant et imposant lorsque le regard de celui-ci se durcissait avec sa voix.  En temps normal, sa simple carrure suffisait à décourager les plus téméraires, mais dans ces circonstances, même Klegan en personne ne tenterait d'avoir le dernier mot.

-Il est temps qu'un pas se fasse et que l'on arrête de se pourrir la vie, car la seule chose qu'on va y gagner, c'est de la tristesse et du regret. Alors on va reussir cette mission de novice et à la suite de quoi on va régler nos comptes, tout les trois. Et je vous jure qu'on sortira pas de la pièce tant que l'on se sera pas fait à nouveau des bisous. Maintenant, il est l'heure d'y aller, on va finir par être en retard. Il faut qu'on enfile les tenues de rigueur pour la soirée.

Pour ne permettre aucune discussion, il empocha les dossiers posés sur la table et attrape le bras d'Ethan pour l'emporter avec lui.  Cecil emboita le pas pour également aller se préparer. De son côté, Ithilion ne bougea pas d'un millimètre. Le sermon avait entrainé une étrange résonance qui lui procurait une sensation indescriptible. Il se sentit subitement stupide avec sa rancœur et son désespoir. Comme si l'histoire lui parut tout à coup insignifiante et qu'il trouva ses réactions  disproportionnées face à la réalité des faits.
Soudain, une petite main apparut dans son champ de vision. Il remonta du regard le bras pour arriver jusqu'au visage  de sa disciple. Sans hésitation, il empoigna cette corde de sortie pour échapper à ses lamentations. Une chose était certaine et figée dans sa tête : cette épreuve ne l’empêchera pas de la voir évoluer. Le glas ne sonnera pas ce soir pour l'équipe Sigma.

-Allons donc foutre la misère à ces aristos en terme de classe.


La pointe d'humour cacha la profonde tristesse qui fissurait encore sa volonté et sa détermination, mais il préférait la voir sourire que de lire de l'inquiétude dans ses yeux. Ils sortirent du refectoire et se séparèrent au niveau de l'escalier pour aller rapidement se changer dans leurs chambres respectives
Ithilion sortit le costume d'apparat des Chasseurs Ailés. Un habit peu utilisé en dehors de ce genre d'occasion. Une longue veste rouge et or, ornementée d'épaulettes et de chainettes, ouvragées du même métal précieux,  et dans le dos le blason des Chasseurs Ailés cousus   à l'aide d'un fil argenté. Beaucoup d'enfant désirait entrer dans l'Ordre des tireurs d'élite juste pour avoir la chance de porter un jour ce costume, mais Ithilion lui ne se trouvait pas à l'aise à l'intérieur. La cupidité qu'on lui attachait ne s'était jamais transformée en un désir d'exposition. En se plaçant devant le miroir, il remarqua qu'il lui manquait l'une des deux mitaines pour compléter totalement le costume. Ce ne fût qu'après une trentaine de secondes d'intense recherche qu'il se souvint qu'il n'avait jamais eu l'autre moitié, sa main gauche ayant toujours été couverte par son dzêta. Comme l'avait dit Cecil, l'apparence comptait beaucoup dans ce genre de soirée, il ne pouvait se permettre de se rendre la bas sans solution.
Alaryk frappa la alors à sa porte pour lui signaler que tout le monde était sur le départ. Résigné, Ithilion enfila alors son Dzêta, la boule au ventre. Pour occuper son esprit, il attrapa vite son sac et se rendit vers la sortie derechef. Il éteignit la lumière et referma la porte de sa chambre sur l'ombre d'une grande silhouette.

-Reste la s'il te plait....

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Jeune fille traquée (Sally S.)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Jeu 25 Mai - 17:30


Dire que l'ambiance entre les Chevaliers était tendue relevait du pléonasme. Tandis que Cecil prodiguait ses conseils, Ethan griffonnait sur son calepin sans relever les yeux, Alaryk se tortillait nerveusement quelques doigts et Ithilion semblait totalement ailleurs. Les nombreuses semaines qui les séparaient tous du fameux incident n'avaient en rien décanté l'animosité de leurs rapports. Sally devinait qu'il était encore trop difficile pour Ithilion de digérer le mensonge duquel il avait été l'objet depuis son enfance, néanmoins elle s'inquiétait de voir la colère l'étouffer jusqu'à l'en renfermer sur lui-même. Elle ne savait plus que dire, ni plus que faire face à ces sentiments d'intense solitude, à part être une épaule pour le soutenir. Son regard se détacha du visage impassible du jeune homme aux cheveux blancs. Pour l'heure, il valait peut-être mieux se soucier de la mission.
Quand Cecil eut terminé de prodiguer ses conseils autoritaires – mais ô combien importants pour la soirée ! – Ethan se leva à son tour pour exposer le plan que l'équipe devrait suivre. Son regard sévère souligné par sa paire de lunettes ne décolla pas une seconde des lignes qu'il avait tracées, peu motivé, il était soucieux d'être aussi bref que précis. Sally ne put s'empêcher d'adresser à Cecil un regard empli d'incertitude lorsqu'elle entendit le rôle qui lui était assigné. Elle s'imaginait très mal dans la peau d'une aristocrate native d'Anathorey, ne serait-ce que pour un soir. Le faux majordome, qui ce soir-là jouerait les valets de pied, se contenta de lui sourire du même air que ceux qui ont quelque chose derrière la tête. Une petite lueur d'excitation brillait doucement dans son regard, dans un curieux mélange d'appréhension et de hâte. Il écoutait attentivement les consignes du Chevalier, bras croisés et adossé contre sa chaise d'un air flegmatique. La mission qui leur avait été confiée ne semblait pas l'inquiéter le moins du monde, bien au contraire...
Quand Ethan arriva à la tâche incombant à Ithilion, ce dernier balaya ses plans d'un revers de main. Non, il était hors de question qu'il touche à son Dzêta pour le moment. Si Ethan leva les yeux aux ciels, Cecil se laissa aller dans un franc soupir d'exaspération. Pour ce qui était de l'entêtement, ce nabot n'avait rien à envier aux débutantes d'Anathorey. Il ne fallut que quelques mots et un rire amer de plus pour que la réunion tourne cours. Ce n'est qu'à l'intervention d'Alaryk que tout le monde présent au réfectoire dut l'arrêt des cris qui déchiraient Ethan et Ithilion. Ses deux poings énormes en frappant la table avaient renversé tous les verres qui s'y trouvaient. Sally, qui avait vivement sursauté, croisa le regard accablé d'Ithilion. C'était à croire qu'il ne contrôlait pas ces accès de colère et que seuls les cris et la violence semblaient les apaiser. Interdite, la jeune femme demeura immobile. La voix d'Alaryk s'éleva si puissamment dans la salle que les Chasseurs se trouvant à l'étage supérieur devaient forcément l'avoir entendue. Néanmoins s'il sortait ainsi de ses gonds, c'était parce que ses deux amis avaient réussi l'exploit de venir à bout de son extrême patience.
Le géant n'était pas idiot. Il savait que les choses ne s'arrangeraient pas d'elles-mêmes après des années de mensonge, ni au vu les circonstances brutales de la révélation de la vérité. Mais bon sang, ce qu'il pouvait en avoir assez de voir ces deux andouilles aussi butés, à commencer par Ithilion qui rejetait la faute de dizaines de personnes sur un garçon qui avait jusqu'alors toujours été là pour lui. Ethan s'était inquiété pour lui, au point de prendre l'imprudente décision de lui dévoiler une vérité très dure à entendre, mais fallait-il pour autant foutre leur vie en l'air sans aller de l'avant ? A bout, Alaryk leur fit la promesse qu'après l'accomplissement de cette mission ridicule, ils s'expliqueraient tous les trois à huis clos, jusqu'à ce qu'amitié d'hier devienne fraternité de demain.

Même après qu'il a cessé de parler, les paroles coléreuses du grand soldat semblèrent résonner dans les murs de la salle. Quand le silence revint, il expira comme s'il avait fait un effort physique intense. Sans plus de cérémonie et puisqu'il estimait qu'il était temps de s'en aller, Alaryk campa sur les deux troncs qui lui servaient de jambes, déroba le dossier pour couper court à la réunion et s'empara du bras d'Ethan pour l'emmener vers la sortie. Alors qu'ils quittaient le réfectoire à grands pas, Sally fut prise d'une bouffée d'émotion tout à fait inattendue. Cette voix forte et énervée n'avait pas été celle de la colère, mais celle de la détresse qu'il ressentait depuis trop longtemps, lui qui désirait par-dessus tout renouer les liens avec les deux seules personnes qu'il considérait comme sa propre famille. C'était une manière de montrer qu'il était toujours là, qu'il les attendait, mais que s'ils ne se décidaient pas à venir, il se chargerait d'aller les chercher. Sa main tendue prête à relever les êtres chers n'hésitait pas à les attraper par le col lorsqu'ils faisaient n'importe quoi. Comme Ethan et Ithilion. Les cris avaient masqué la tendresse de sa démarche. Cette démarche fraternelle, mais aussi et surtout bienveillante. Sally songea au comportement qui avait été le sien et sentit monter en elle une sourde honte. Elle s'était montrée très antipathique et pourtant cet immense gaillard ne lui en avait jamais tenu rigueur. Il était toujours resté égal à lui-même, avenant et blagueur. Il lui parut injuste de lui faire payer plus longtemps quelques paroles prononcées dans un fugace instant de tension.
Comme Cecil avait disparu dans un flash, il ne restait qu'elle et Ithilion autour de la table. Il n'avait rien répondu à Alaryk et l'avait laissé partir sans bouger. Pourtant Sally décela sur son visage un certain regain d'énergie qui lui redonna de l'espoir quant à la situation de son ami. Il lui fit signe qu'il était temps d'aller se préparer et « mettre la misère à tous ces aristos en terme de classe ».

Là était tout le nœud du problème. Avant d'arriver au QG, Sally portait toujours une à deux robes de toile aux couleurs délavées qui seyaient bien mieux au standing de Nordkia qu'à celui d'Anathorey. Il n'était d'ailleurs pas rare à cette époque qu'on la prenne pour la domestique de Cecil, qui lui se vêtait toujours d'une chemise et d'un pantalon très propres. Mais ce soir-là les apparences devaient s'inverser, ce qui n'était pas sans lui causer du souci. Si elle devait se faire passer pour une convive, elle ne pouvait se présenter dans son uniforme de novice. Elle ne possédait rien, absolument rien, qui puisse se rapprocher de près ou de loin de la garde robe d'une aristocrate. Cecil frappa à la porte de sa chambre alors qu'elle y faisait les cent pas depuis une vingtaine de minutes, ne sachant que faire d'autre à part préparer son arme de service. Le faux domestique parut vêtu d'une livrée à queue de pie absolument impeccable.
« Ne t'inquiète pas pour ta couverture, j'ai trouvé ce qu'il te faut » dit-il en montrant un paquet raffiné qu'il tenait d'une main gantée de blanc. Quand elle l'ouvrit, Sally ne put s'empêcher d'écarquiller un regard impressionné. Jamais elle n'aurait imaginé pouvoir enfiler des vêtements élitistes.
« Certains éléments ne se mettent pas facilement, donc je vais t'aider à t'habiller. Mais faisons vite s'il te plaît, nous ne devons pas arriver en retard. Surtout si nous devons aller saluer le comte et sa fille avant que la soirée ne commence ».

Après une dizaine de minutes, Cecil sortit de la chambre de Sally dans la ferme intention d'aller chercher le revolver qu'il avait oublié dans la sienne. Quand il l'eut récupéré, il décida d'aller rejoindre les autres qui devaient déjà les attendre en bas – il avait d'ailleurs dit à la jeune femme de les y retrouver. En chemin, il tomba sur Ithilion qui sortait de sa chambre à son tour. Il crût l'espace d'une seconde l'entendre parler à quelqu'un... ce qui lui arracha un soupir agacé, tant pis s'il s'était trouvé suffisamment près de l'intéressé pour se faire entendre. Arrivé à sa hauteur, Cecil ne lui adressa ni sourire narquois ni regard hautain.
« As-tu conscience de ce que ce soir, tu n'auras pas le droit de céder à la colère ? » Pour une fois, il était particulièrement sérieux. Il parlait de la même voix que celle lui ayant prodigué ce conseil étrange, la dernière fois.
« Écoute-moi bien, poursuivit-il d'une voix froide en saisissant fermement l'épaule d'Ithilion. Il est compréhensible que tu ne digères pas le mensonge. Mais te morfondre pour quelque chose qui n'a jamais existé ne sert strictement à rien. Dis-toi que toute cette histoire aura permis de dévoiler la vérité du monde qui est le tien. A présent que tu sais à quoi t'en tenir, utilise ces sentiments qui te font bouillir pour aller de l'avant. La tête haute ».
Cecil regarda Ithilion droit dans les yeux quelques secondes avant de le relâcher. Quiconque connaissait l'histoire du noble déchu aurait vite compris que ces paroles étaient également l'écho de sa propre expérience. Mais il préférait se couper une jambe plutôt que de l'apprendre à ce nain. Dès lors Cecil se tut et descendit rejoindre Alaryk et Ethan qui les attendaient certainement déjà.

Les hommes se réunirent dans le hall du QG en quelques minutes, en bas de l'escalier principal. Les Chevaliers arboraient des tenues d'apparats des plus élégantes, témoignant aussi bien de la grandeur que de l'orgueil de l'armée d'Anathorey. Cecil ne put que saluer l'allure qui était la leur, heureux de constater que ses conseils avaient été suivis. Alors qu'il était presque l'heure de partir, Sally parut en haut des marches.

Noblesse oblige:
 

Enfin se dit son austère compagnon, qui craignait de partir en retard. La jeune femme descendit doucement, se tenant droite comme un « i » en raison du corset qui lui enserrait robustement les côtes. Évoluant parmi de nombreux soldats, elle affichait une mine assez peu sûre d'elle, au vu de ce que c'était la première fois qu'elle était ainsi attifée – à vrai dire, elle ne s'était encore jamais vraiment apprêtée de sa vie, et certainement pas de cette façon. Vêtue et coiffée de la sorte, elle avait l'impression de ne plus être elle-même. Cecil quant à lui ne put réprimer un petit sourire : il n'était pas peu fier du travail qu'il avait accompli. Une fois arrivée en bas, Sally osa lever les yeux vers son co-équipiers.
« Vous êtes... très chics, dans ces uniformes » dit-elle doucement à Alaryk, Ethan et Ithilion. Son compliment était sincère, mais elle parlait également pour se donner une contenance, décidément bien mal à l'aise.
« Il est temps d'y aller » fit remarquer Cecil en brandissant sa montre à gousset.

A l'extérieur, une diligence de Kokobots préparée par Legan les attendait patiemment.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Sam 3 Juin - 14:44

Le psychologue croisa les bras et bascula son dos contre le dossier de son siège. Il examinait avec attention la réaction d'Ithilion à sa suggestion.  Le sursaut de son patient lui avait montré qu'il venait de toucher un point intéressant. Il apprécia également le contrôle dont ce dernier avait fait preuve, au lieu de sortir en claquant la porte comme aux premières séances.  À l'aide de ses deux index et  majeur, le spécialiste agrandit une fenêtre de notes sur la question et reprit la parole :
- Au final de ce que vous m'en avez dit, Ethan semble avoir toujours agit dans votre intérêt propre, bien que cela vous en déplaise.  Le cas de mademoiselle Hathaway est un peu particulier, nous nous y pencheront tout à l'heure.
La promesse de la longueur de cette dernière séance arracha un soupire d'agacement à Ithilion. Il ne tenait pas particulièrement à revenir encore une fois sur cette histoire, et encore moins parler de Sally à un Ünik directement en lien avec la grande hiérarchie supérieur. Le mensonge commun convenu pour protéger la vérité sur sa disciple présenterait indéniablement des failles si les fouilles étaient trop intensives, ou si Ethan lâchait le morceau. Pour l'instant, le psychologue s'intéressa à d'autres pans de son histoire :
- Plusieurs rapports de mission font état de risques inconsidérés, parfois à l'encontre de la mission, pour vous sortir d'une situation qui vous aurait été fatale.
-On peut mourir tout les jours, répliqua Ithilion. Sa survie dépend également de la notre lorsque les balles pleuvent.
Sans prendre en considération la remarque, l'ünik en chemise blanche balaya l'air de sa main, passant à sa prochaine fiche.
- Croyez moi Mr Gwendilan, après de nombreuses années d'études, on peut affirmer qu'on offre rarement sa vie pour un simple camarade de bataillon. De plus, après pas mal d'enquêtes internes,  disciplinaires en plaidant votre cause ou en encaissant une partie pour vous, sans quoi vous auriez  été mis hors service depuis bien longtemps.
Ce fût au tour d'Ithilion de ne rien répondre rester muet. Bien entendu, tous ces éléments il les avait en tête, après tout Ethan restait son frère d'arme depuis son plus jeune âge. Impossible de compter le nombre de services mutuelles qu'ils s'étaient portés l'un à l'autre en bravant souvent les limites les plus extrêmes. Tout comme avec Alaryk. Ithilion voyait où le psychologue voulait gentiment le conduire, mais cela ne marcherait pas.
-Tout comme vous Ethan est un soldat, il n’exécute que les ordre que l'on lui donne. A votre rang, vous devriez pouvoir comprendre cela sans lui en tenir rigueur.
L'argument toucha en plein dans la faille de raisonnement d'Ithilion, sans que celui-ci ne s'y attende. Une nouvelle bulle éclata à l'intérieur de sa tête. Il était certes stupide de rejeter toute la faute sur son ami d'enfance, mais une part au fond de lui avait attribué l'élaboration de ce plan aussi complexe et tordu au talentueux stratège qu'il avait toujours côtoyé. En réalité, Ethan en était-il réellement été l'instigateur alors ?
*********

Alors qu'il refermait la porte , Ithilion sentit la présence d'une ombre surgir dans son dos. Il se retourna et se retrouva nez à nez avec Cecil. Le faux majordome le regardait avec un air sérieux, un évènement aussi rare qu'une éclipse de la part de cet ünik affichant toujours d'ordinaire un regard arrogant. Pourtant la question moralisatrice qu'il lui posa agaça Ithilion bien plus que ses remarques habituelles. La vérité blessait plus facilement. Mis face à ses agissement infantiles de ses derniers jours, le chevalier n'assumait pas cette image de lui qu'il voyait dans le miroir des mots de Cecil.
Lorsque ce dernier lui empoigna fermement l'épaule, Ithilion fût décontenancé, c'était la première fois que le compagnon de Sally se permettait une telle familiarité à son égard. L'envie de lui planter son poing dans l’abdomen fût refréné par le discours que lui jeta l'homme en queue de pie. La colère du mensonge lui avait toujours caché l'opportunité de vivre maintenant dans une réalité. Si toute les pièces du puzzle de cette histoire invraisemblable n'étaient pas encore rassemblées et si excuser une telle machination lui paraissait impossible, une part de lui même se soulageait de ne plus à avoir à porter la lourde disparition de l'être qu'il chérissait et respectait le plus en ce monde. Même si il était bien difficile de trancher sur la pire situation :  perdre quelque-chose à laquelle il tenait ou continuer à la côtoyer dans sa propre réalité.
Après quelques secondes de silence, Cecil le relâcha et se dirigea vers les escaliers. Ithilion attendit de ne plus l'avoir dans son champ de vision avant de se mettre à son tour en marche. Ils allaient se retrouver en bas, mais le chevalier préférait  digérer ces mots sans personne autour. Surtout pas lui.
Près de la grande porte d'entrée, les quatre garçons, habillés de leurs plus beaux atouts, attendaient Sally avec quelques signes d'impatience. Ithilion regardait la perle bleu incrustée dans son gant. L'enivrante sensation  lui manquait. de sentir le monde bouger autour de lui, d'entendre les moindres battements de cœur, d'apprécier les pulsions éclatantes des auras du vivant autour de lui. Ce dzêta lui apparaissait à présent comme une boite de pandore qu'il avait peur d'ouvrir. Peur de rechuter en réinvoquant trop de souvenir. Son esprit vicieux créait encore parfois la présence d'Elionne pour satisfaire son manque, telle une drogue douce dont il ne pouvait se passer pour se sentir bien.
Une voix hésitante arracha le regard du chevalier à son Dzêta. Il tomba alors sur une femme qu'il ne faillit pas reconnaitre. Vêtue d'une robe de soirée rouge, les cheveux détachés tombant en cascade ondulée sur son épaule,  un maquillage sur sa peau de porcelaine  qui mettait bien en contraste ses deux joyaux saphirs, Sally était méconnaissable. Transformée en une véritable dame de l'élite d'une beauté  qui rendrait jalouse bon nombre de ses concurrentes lors du bal. Ithilion se sentit comme captivé par l'arrivée de sa disciple, comme si un charme empêchait ses propres yeux de regarder ailleurs. A côté de lui, Alaryk perdit son sourire habituel. Un sentiment de honte et de mal aise le saisit lorsqu'il se rendit compte à quel point il lorgnait sur la jeune demoiselle.
L'interruption de Cecil empêcha la scène de devenir plus gênante. Ils sortirent tous par la grande porte pour entrer dans la diligence qui les attendaient sur le parvis.
Le domaine d'Everlue se trouvait dans les banlieues résidentielles d'Anathorey. A l'intérieur du fiacre, les cinq missionnaires de l'ordre des Chasseurs Ailés contemplèrent le vaste jardin alors qu'ils remontaient une grande allée bordée par de grands arbres et de majestueuses statues de marbre. Le gazon taillé finement aux ciseaux regorgeaient de zones fleuries dans lesquelles s'affairaient les jardiniers privées. Au bout d'un temps qui parut presque indécent pour une simple entrée, la diligence tourna autour d'une fontaine représentant le célèbre tableau du "Chant des sirènes" d 'Hector Galbain, un célèbre peintre de l';histoire d'Anathorey. Alors se dressa devant eux l'imposante demeure du comte d'Everlue. Un chef d'oeuvre d'architecture qui mettait en évidence la richesse et le pouvoir du maitre des lieux. S'élevant sur cinq à six niveaux, s’étalaient de façon bien ordonnée des rangées de grandes baies vitrés encastrées dans des châssis magnifiquement ouvragés. Chaque balcon, chaque lucarne, chaque corniche étaient riches ornementés.  Deux grandes tours s'avançaient dans la façade du deuxième étage laissant tout de même de la place pour une gigantesque terrasse qui faisait face à la cours d'entrée. Sur le toit, plusieurs tours s'élevaient, parfois munis de fenêtre, parfois terminant en coupole, ou en tour rectangulaire sur lequel se trouvait surement d'autres petites terrasses privées.
Le cocher vint leur ouvrir la porte pour leur permettre de descendre et les cinq compagnons furent accueillis par un majordome d'une quarantaine d'année. Il se tenait avec la même droiture fier et élégante que Cecil, mais avec costume noir dont il serait inconvenant d'annoncer le prix.
-"Bienvenue dans le domaine du comte Everlue, chevaliers, annonça l'ünik  sur un ton protocolaire en s'inclinant.
Ce genre de gesticulations énervait rapidement Ithilion. Le monde des élites, pleines d'hypocrisie, de manières, d'orgeuil le rebutait au plus haut point. Il détestait ce type de mission car à chaque fois il manquait de créer un incident diplomatique.
-Le maitre va vous recevoir pour vous expliquer ce qu'il attend de vous pour le bon déroulement de la soirée. reprit le majordome en invitant ses invités à le suivre d'un geste de la main.
Inutile de préciser que l'intérieur se révéla encore plus somptueux que ce qu'ils avaient vu jusqu'ici. Les lustres de cristal suspendus au dessus du plafond peints d’œuvre d'art, les innombrables miroirs et tableaux recouvrant les murs aux parures d'or et d'argent, même le château de l'Ordre, pourtant pas dénué de richesse, paraissait bien plus miteux à côté de ces lieux. Le majordome les mena à travers d'un long couloir. Sur leur passage des dizaines de personnels couraient dans tout les sens pour terminer les préparatifs de la grande fête. Aucun recoin n'était laissé au hasard, tout devait être absolument parfait. Ce bal allait accueillir les plus grands noms de cette caste d'élite, le comte se devait donc de se mettre en valeur, et surtout sa fille, pour assoir sa place au milieu de l'aristocratie.
Dans la grande salle du banquet, des grandes tables avaient été dressées de façon à laisser un espace de rencontre et de danse au milieu. Sur les immenses nappes blanches, une décoration riche se dressaient parmi les assiettes, verres et couverts frappés de l'armoirie du domaine. Sur la grande scène au fond de la salle, une table s'élevait au-dessus des autres, sans doute réservé à la famille du compte et à ses convives de marque. D'ailleurs le maitre des lieux s'assuraient actuellement de la bonne mise en oeuvre. La barbe grisonnante, le visage carré marqué par les premières rides de la vieillesse, ses yeux bruns scrutait la salle avec sévérité. L'homme avait la stature de l'emploi, un corps massif mais pas engraissé par des centaines de repas abondants et interminables, contrairement à beaucoup de ses semblables.
Leur guide les présenta avec les formes à son maitre avant de se retirer. Le comte se retourna alors vers eux et descendit de son estrade pour venir serrer la main aux trois chevaliers et baiser les doigts délicats de Sally. Ithilion lut dans ses yeux le stress et surtout le doute qui rongeait depuis plusieurs jours. En bon père, il prenait très au sérieux la menace faite à l'encontre de sa fille et il ne voulait surtout pas perdre sa crédibilité au près de ses convives.
-Madame, messieurs, cela me rassure de vous voir ici. Mr Klegan m'a affirmé que vous étiez les meilleurs éléments du redoutable ordre des Chasseurs Ailés, en mon nom et en celui de ma fille, je vous remercie d'avoir accepté cette mission.
-C'est nous qui vous remercions de nous porter votre confiance, engagea Ethan en effectuant une légère courbette, la main sur le coeur. Votre fille ne risquera rien ce soir, si il ne faut jamais prendre des menaces à la légères, il ne faut pas non plus écarter l'hypothèse d'une simple provocation en l'air d'un fou.

Le commentaire ne sembla rassurer pleinement le comte.
-Vous avez carte blanche, j'exige seulement que la soirée se déroule sans encombre, et surtout que la sécurité de ma fille soit garantie. Je vais vous laisser vous organiser, je dois continuer à préparer le bal, il reste beaucoup de chose à faire. Je me tiens néanmoins à votre disposition. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez à Alfred, mon majordome. Quand j'aurais un peu de temps, j'irai chercher ma fille pour vous la présenter. Maintenant je vous prie de m'excuser.

Sans attendre la fin des courbettes, il se retourna pour se diriger vers un groupe de domestique qui a priori ne positionnait pas la lourde statue de pierre à son effigie dans le bon angle. Les cinq membre de l'ordre se retrouvèrent alors seul au milieu de cette fourmilière gigantesque.
Ethan décida de commencer par faire une reconnaissance des lieux. Il restait cinq bonnes heures avant que les premiers invités n'arrivent. Cela laissait un temps confortable pour s'acclimater à l'endroit et se préparer à la soirée qui suivrait.
Ithilion acquiesça simplement de la tête et se mit à les suivre. Depuis sa discussion avec Cecil, il n'avait pipé mot. La faible difficulté de la mission ne l'aidait pas à dresser son puit de concentration comme d'habitude. Son véritable objectif était de ne pas faire de bêtise ce soir. Rien qui ne puisse la séparer d'eux, et surtout d'elle. Ses yeux gris rencontrèrent ceux de Sally.

- Je me sentirais plus à l'aise en me baladant nu au QG qu'ici avec ce costume de coq.

Chez Ithilion, râler était un signe de bien portance.
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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Lun 26 Juin - 22:52


Après que le comte Erverlue a salué les nouveaux gardiens de son manoir, Cecil se tourna vers le majordome. C'était un élégant vieillard, droit et sérieux comme un militaire, qui toisait la vie de la maisonnée d'un œil inquisiteur derrière son petit monocle. Son crâne dégarni et sa moustache blanche rappelèrent à l'ancien noble les domestiques qui l'entouraient quand il vivait encore sous le même toit que ses parents. Une bien douce époque.
La majordome, voyant Cecil approcher, se redressa légèrement et lui adressa le regard alerte de ceux qui se soucient de se rendre disponibles. C'était à l'évidence un homme d'expérience qui menait la vie domestique d'une main de maître.
« Je suis Fried Kulligan, annonça aimablement le faux Chevalier. L'un des hommes mandatés par Monsieur le Comte pour assurer le bon déroulement du bal de Mademoiselle Sybil.
- Bienvenue au manoir Everlue, Monsieur Kulligan. Que puis-je pour vous ?
- Il me faudra ce soir revêtir le rôle d'un valet de pied. J'observerai ainsi les événements de l'intérieur, mais l'illusion échouera si je ne me familiarise avec votre mode de fonctionnement. Si vous m'y aidiez, vous m'obligeriez ».
Alfred acquiesça d'un air entendu. Il avait craint que des Chevaliers étrangers au monde de la noblesse ne viennent perturber le bal, mais l'homme qui lui faisait face faisait preuve d'une grande rigueur. Rassuré, le domestique l'invita à le suivre jusqu'à l'office, auquel on avait accès par un petit escalier se trouvant derrière une porte discrète dans le hall du manoir. La seule autre entrée existante était celle de la cour intérieure du manoir, laquelle était accessible à condition qu'une immense grille soit ouverte – et on ne l'ouvrait que s'il fallait se rendre en ville pour faire des courses. Au vu des récentes menaces, celle-ci était fermée, et seul Alfred en possédait la clé.

L'office ressemblait à n'importe quel lieu de travail domestique d'Anathorey. Des petites lucarnes collées au plafond faisaient doucement filtrer la lumière du jour à l'intérieur mais l'éclairage électrique était un complément nécessaire pour qui voulait travailler sans s'abîmer les yeux. La cour intérieure était accessible par un corridor ne comportant qu'une commode et quelques portes menant  à la blanchisserie, à la cordonnerie et à la pharmacie. Les cuisines se trouvaient derrière une baie vitrée faisant face à ces portes. Derrière celles-ci se trouvaient la cave et le garde-manger, où seuls le chef et ses commis avaient l'autorisation d'entrer. On trouvait enfin à la perpendiculaire de ces pièces la pièce à manger où trônait une longue et vieille table à même d'accueillir l'ensemble des domestiques. Au bout de celle-ci se trouvait un petit bureau sur lequel reposait un cahier de service. Le tableau des clochettes surplombait la salle, comme un regard sombre qui somme à quiconque s'assied sous lui de toujours être prêt à bondir sur ses pieds en cas d'appel de la part de Monsieur, de Madame, ou de Mademoiselle.
Rien dans ces lieux ne parut atypique à Cecil. Bien que fils de Duc, il avait passé de très longs moments à l'office avec ses propres domestiques. Il avait le souvenir d'excellentes heures de complicité, qui avaient bercé son enfance jusqu'à ce que le temps ne fasse de lui un jeune homme aussi snob et froid que son père. Quel étrange monde que celui de la branche aristocratique de l’Élite...
Alfred présenta leur collègue d'un soir à l'ensemble des travailleurs du manoir alors réunis pour leur thé de l'après-midi. Cecil s'assit parmi les valets et les écouta lui enseigner les consignes qui seraient les leurs pour le bal. En bout de table, deux jeunes femmes de chambre discutaient à voix basse pour ne pas se faire entendre du majordome.
« Si tu la voyais, dit la première, avec tous ses rubans et ses froufrous, elle ressemble au Kokobot gagnant du Derby Nord-Sud d'Anathorey !
- L'autre jour, répondit l'autre en contenant son rire avec difficulté, elle m'a sucré mon jour de congé pour que je l'accompagne faire les boutiques. Et tu peux être sûre qu'elle ne me l'a pas redonné !
- Pas de repos pour les braves, c'est ce qu'il en coûte de faire la soubrette dans les beaux quartiers.
- Si j'attends pas de la tuer avant de toucher ce fichu salaire. Bon sang, la voilà qui sonne, j'y vais ».
La petite bonne avala avec empressement sa tasse de thé avant de jaillir hors de l'office et trottiner jusqu'à la chambre de Mademoiselle.
Cecil ne put réprimer un sourire, amusé par la perspective d'une débutante visiblement difficile à vivre et qui donnerait du fil à retordre aux Chevaliers qui repéraient les lieux de leur côté. Lui se sentait enfin dans son élément depuis des mois, bien qu'il soit pour cette fois non sur le devant de la scène avec les autres nobles, mais parmi le petit personnel dans les coulisses.

Dans le hall en compagnie d'Ithilion, Sally tortillait ses doigts comme elle le faisait toujours lorsqu'elle était nerveuse. La somptuosité du décor qui l'entourait l'oppressait un peu, au point qu'elle se sentait encore plus petite et misérable que dans le fastueux quartier général des Chasseurs ailés. Il lui paraissait incroyable qu'un tel musée puisse être le domicile de quelqu'un. Ithilion ne paraissait pas plus à l'aise qu'elle : peu entiché des nobles, il était très ennuyé à l'idée de devoir porter un uniforme d'apparat aussi pompeux. Au point de préférer l'idée de se promener complètement nu dans les couloirs de l'Ordre.
« Tu recevrais un blâme, fit remarquer Sally d'un air pensif. Mais c'est vrai que ces tenues ne sont pas vraiment confortables » ajouta-t-elle une main posée sur son ventre, sans savoir si c'était son corset ou la nervosité qui le rendait douloureux. Cette mission avait beau être une véritable sinécure à côté de l'épreuve passée dans la Sylva, la jeune femme sentait son cœur s'affoler de plus en plus, à tel point qu'elle finit par manquer un peu d'air. Elle tâcha de n'en rien montrer et chercha à sortir. Elle adressa un discret sourire à Ithilion en guise d'invitation à la suivre sur la terrasse qui jouxtait la salle de bal. Ils passèrent parmi les domestiques qui s'adonnaient aux préparatifs du buffet et franchirent les immenses portes fenêtres qui les séparaient de l'extérieur. Leur perchoir surplombait un somptueux jardin, dans lequel poussaient de l'herbe et des arbres, d'ordinaire bien rares à Urban City. En voyant les fontaines cracher une eau pure et claire, Sally songea aux bidons d'eau crasse que l'on servait à Nordkia. Plus les jours passaient, plus elle prenait conscience du fossé de différences qui séparait les deux cités Üniks, et de l'injustice de la situation. Derrière eux, des musiciens commençaient à accorder leurs instruments et à répéter quelques notes.
« J'ai l'impression de rêver éveillée » dit la disciple avec une once d'angoisse dans le regard.
Si rêve il y avait, il n'était pas agréable. Ils n'avaient fait que quelques kilomètres pour venir dans ce manoir, et pourtant elle avait l'impression d'avoir franchi la frontière d'un autre pays. Elle inspira profondément l'air qui se rafraîchissait comme pour se donner du courage. Sa formation ne l'avait pas préparée à se trouver face à une noble. Même si Cecil lui avait donné des conseils, Sally se doutait qu'elle ne ferait pas illusion plus d'une minute auprès d'une demoiselle de la haute société. Après tout, elle n'était qu'une petite femme du peuple avant qu'Ithilion ne vienne l'arracher à sa vie de fuyarde.
« Ah, vous êtes là ! fit la voix essoufflée d'Alaryk. Il arriva à leur hauteur d'un pas pressé, en épongeant un peu la sueur qui perlait déjà sur son front. Ce manoir est un fichu labyrinthe, c'est moi qui vous le dit ».
Il tendit à Ithilion une vieille feuille de parchemin légèrement froissée par le temps.
« Un plan que m'a confié le Comte, avec toutes les issues – même secrètes. Apparemment il n'y a que lui et le majordome qui les connaissent ».
Le colosse promenait ses doigts au fil de l'encre vieillie à mesure qu'il délivrait des explications. Sally passa son regard de ces mains robustes au visage concentré et alerte de leur ami. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais aucun son ne sortit de sa bouche.
« Ça va petiote ? Faut pas t'en faire, c'est certain qu'on va rencontrer que des snobs ce soir, mais ce n'est pas parce qu'ils aboient qu'ils te mordront ! »
Ce disant Alaryk posa gentiment sa main sur le crâne de la jeune femme pour la rassurer. La chaleur de sa paume lui renvoya la honte de s'être comportée d'une manière froide avec l'homme avenant qu'il était. Elle ne répondit qu'un petit « oui » timide. Le moment était mal choisi pour faire des excuses.

Chacun poursuivit ses tâches pendant encore deux heures, jusqu'à ce que les lumières du jour commencent à décliner dans le ciel. Les membres de l'Ordre avait fait connaissance avec l'ensemble du personnel et la soirée prenait petit à petit forme. Cecil revint de ses pérégrinations dans le manoir, accompagné du majordome qui informa les Chevaliers que le Comte Everlue entendait leur présenter sa fille. Toute la petite troupe, aux côté de quelques domestiques, attendait dans le hall du manoir, au pied des escaliers principaux qui menaient à l'étage des chambres. Après quelques minutes de silence gênant, une voix pincée se fit entendre. Si pincée que tous échangèrent un regard surpris.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Mar 27 Juin - 23:19

La réaction purement rationnelle de sa disciple arracha à Ithilion un soupire désespéré. Depuis qu'il la connaissait, elle ne semblait capter aucune nuance des mots ou des paroles. Si bien que le moindre trait d'humour pouvait se transformer dans son esprit en une vérité implacable. Un inconvénient plutôt embêtant pour la communication avec son maitre étant donné son goût pour l'ironie et le sarcasme. Néanmoins, elle semblait partager son mal aise quant à leur présence au beau milieu de ce monde si étranger. Ithilion la regarda toucher le soyeux tissus rouge qui recouvrait sa peau avec une mine pensive. Si lui se trouvait complètement ridicule dans son costume d'apparat pompeux et clinquant, ses pensées restèrent quelques instants figées sur l'élégance de Sally dans sa somptueuse tenue.  Transformée en véritable dame de ces soirées mondaines, il ne lui manquait qu'un brin d'allure et l'expérience de la répartie pour n'avoir rien à envier aux plus sensuelles et froides séductrices, toujours reines de ces évènements.
Une douce chaleur désagréable lui embauma les pommettes lorsque l'indiscret reluqueur s’aperçut que son méfait était percé à jour. Sally lui offrit un sourire effacé dont elle avait le secret avant de se diriger vers l'immense terrasse du premier étage qui surplombait le jardin. En arrivant à la hauteur de sa disciple, Ithilion appuya ses coudes sur la rambarde de pierre, ouvragée de multitudes de petites arches et de petites sculptures en relief. Il comprenait le regard contemplatif que portait sa disciple devant le paradis qui s’étendait devant elle. A Anathorey, ces petites oasis précieuses se faisaient rares et seule une poignée d'élues pouvait en jouir de l'acquisition.

La voix essoufflée d'Alaryk tira les deux amis de leurs rêveries. Il transmit à Ithilion un bout de parchemin comportant toute la structure du domaine, indiquant même les fondations cachées que se construisaient souvent les  riches propriétaires en cas de situation d'urgence. Le visage sombre du monde du pouvoir rendait très vite paranoïaque ceux qui en foulaient les sommets de cette pyramide infernale.
D'un coup d'oeil rapide, le chevalier intégra une partie des différentes configurations du chateau. Il localisa les éventuels chemins de fuite les plus logiques, mais ne s'attarda pas d'avantage à tout retenir. Son dzêta lui permettrait de suivre le moindre fuyard aussi surement que son ombre. Il rendit le plan à son frère d'arme et tous se remirent à la tâche des préparatifs. Dehors, les rayons rasants du soleil mourant embrasèrent le ciel et les deux lunes rondes apparurent, majestueuses, fières et insensibles au milieu de ce brasier. La soirée allait bientôt tomber, amenant avec elle les premiers invités.
Cecil réapparut dans la grande salle, accompagné du majordome du comte. Celui-ci rassembla les membres de l'Ordre par la demande du maitre des lieux qui souhaitait à présent leur présenter sa fille.

Les cinq compagnons se retrouvèrent à attendre au pied de l'immense escalier qui menait aux étages supérieur dans une mise en scène aux allures quasi cérémoniale. Sur les premières marches, le compte Everlue  surplombait  le hall et  inspectait avec un regard de fer les deux rangées de domestiques de part et d'autre des deux rampes. Malheur à celui ou celle qui ne saurait se tenir avec manière. Debout dans une posture droite et digne à coté d'Alaryk, Ithilion commençait à perdre patience, cela fait exactement huit minutes et trente-huit secondes qu'ils restaient tous ainsi figés comme des statues. Il le savait à cause de la comtoise, posée contre le mur au sommet des escaliers,  dont le tic-tac régulier et amplifié par le silence devenait presque une torture. Soudain une voix interrompit le suspens. Une voix aigüe et criarde accompagnée d'un martellement pressé de talons :

- Ha voila donc les princes charmants censés me protéger ce soir ?


Ithilion sentit tout le monde autour de lui se raidir aussitôt. Cette simple réaction suffit à son instinct pour comprendre qu'il n'allait probablement pas apprécier la suite. Effectivement, il ne se trompa pas. En haut de la dernière marche apparut une jeune femme, vêtue d'une jupe corset noire rayée dont le tutu rose laissait entrevoir de longue jambe recouvert d'un collant sombre. Une choucroute rose surplombait un visage pâlit par des centimètres de poudres blanches, duquel ressortait uniquement  deux lèvres  recouvert d'un affreux rouge à lèvre noire et offrant un sourire pincé, ainsi que deux yeux espiègles également assombris par du phare à paupière mis en trop généreuse quantité. Le chevalier aux cheveux blancs dût se pincer pour ne pas éclater de rire face à ce spectacle pittoresque. Elle descendit les marches avec la grâce digne de l'une de ces femmes que l'on trouvait dans les bordels de Nordkia. Comment un homme aussi intègre que le comte Everlue avait-il pu engendrer  et laisser pousser une telle antithèse ? Était-elle seulement sa fille ?  Ithilion dut pourtant se rendre à l'évidence lorsqu'il croisa son regard chargé de fierté et de passion, lui provoquant une affreuse envie de vomir..

En rejoignant son père sur la première marche, la ridicule poupée planta ses mains sur ses hanches et commença à dévisager les quatre hommes dévoués à sa protection. Un petit gloussement satisfait sortit de sa gorge en découvrant Cecil, Ethan et particulièrement Alaryk. Elle jeta un brève coup d’œil à Ithilion, mais retournement rapidement vers le colosse pour lui offrir ce qu'on devinait être son plus beau sourire. Le chevalier ignoré se retint à grand peine de marquer un geste d'agacement. Soudain, la demoiselle quitta son coup de cœur apparent pour porter son attention sur une potentielle rivale. A en juger les regards furtifs que lui jetaient les garçons pendant les préparatifs, la concurrence était sérieuse. Tout en se parant d'une mine enjouée tout aussi naturelle que son visage sur-maquillé, la fille du compte s'adressa à Sally sur un ton cassant :

-Vous êtes arrivée un peu en avance non ? Les premiers invités étaient  prévus pour  21h00.


Elle se désintéressa aussitôt de sa victime qu'elle écraserait comme les autres si elle tentait de jouer sur son terrain.

-On m'avait promis 4 chevaliers. Je n'en vois que trois et un écuyer?! s'écria-elle en se tournant vers son père

Sidéré, Ithilion regarda son ami qui se trouvait à côté de lui. La colère et l’incrédulité l’empêchèrent de se rendre compte que sa question intérieur dépassa la frontière de sa bouche :

-Attends, elle parle de moi cette morue?!!

Ethan ordonna à Ithilion de la fermer, mais trop tard. Le mal était fait. Un silence glaciale s’abattit dans le hall. Tous les domestiques dévisagèrent  l'impertinent qui venait ouvertement d'insulter la fille du compte comme un accusé en attente d'un jugement capital. Le temps semblait s'être suspendu. Le comte n'avait toujours pas réagit, mais son corps montrait les soubresauts d'une colère grandissante. La bulle surréaliste de la situation creva d'un seul coup et Ithilion en réalisa la gravité. Cecil l'avait pourtant prévenu à la sortie de sa chambre, le moindre faux pas ne lui serait pas pardonné dans le milieu aristocratique, et la punition risquerait de nourrir ses regrets jusqu’à la fin de ses jours. Pour peu qu'il puisse avoir l'opportunité de les compter.
Mais soudain un rire franc et cristallin retentit.


-Oh père ! Père ! Enfin un avec de l'audace ! Avant que tu ne le punisses je veux profiter de lui ce soir. Je sens qu'il va m'amuser. Je vous le rendrai après pour que vous en fassiez ce que vous voudrez.

Sans crier garde, elle fondit sur Ithilion et l'entraina en direction de la grande salle de réception en le tenant fermement pas le bras. Personne ne réagit malgré l'expression de détresse qu'il jeta à ses compagnons. Le soldat devait déjà s'estimer heureux que l'incident se termine par une situation aussi improbable.
Avant de s'engouffrer dans la grande salle, Sybil interpella Sally en lui faisant de grands gestes de sa main encore libre.

-Rejoignez nous demoiselle, je vais vous présenter du monde ce soir
.

Une lueur flamboyante perçait à travers son regard. Derrière cette invitation se cachait un véritable défi que la fille du compte lançait  à la disciple d'Ithilion. Ce soir, elle désirait montrer à cette brunette à l'air naïve que sa présence ne l’empêchera pas de ravir tout les cœurs des hommes qui croiseront son chemin. Le bal allait devenir le théâtre d'une lutte impitoyable où tous les coups seront permis pour se démarquer. Ce dont la principale intéressée ne se doutait pas, c'est que celle qu'elle venait de désigner comme concurrente sérieuse n'avait probablement pas conscience du ring sur lequel on venait de l'attirer. Ithilion lança à Sally un regard penaud, comme si il l'implorait de de ne pas le laisser seul en compagnie de cette chipie.

De leur côté, Ethan et Cecil prirent bien le soin d'excuser au maitre des lieux le comportement qu'ils qualifièrent d'inhabituel de leur compagnon. Ils reçurent une réponse sèche et cinglante, un avertissement très clair : pas un seul autre dérapage serait toléré. Pas le plus infime qu'il soit. 


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Jeune fille traquée (Sally S.)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Ven 21 Juil - 17:32

Sally retint son souffle lorsque la jeune lady parut en haut de l'escalier. Petite et mince, elle portait des chaussures à talons pour élancer sa silhouette sublimée par un corset rose pâle, surplombant une jupe de tulles légère sous laquelle fusaient deux jambes couvertes par des bas sombres. La taille fine et la tête haute, son visage souriant maquillé avec élégance couronnait un décolleté avantageux. Ses cheveux clairs étaient relevés en un chignon incroyable, épais et duveteux comme de la barbe à papa. Quelques riches bijoux venaient enlacer son cou blanc ainsi que ses mains et poignets, recouverts par des mitaines en dentelle délicate. Sally écarquillait des yeux admiratifs tant elle était émerveillée par la beauté de Sybil. Il lui semblait n'avoir encore jamais rencontré de femme avait autant de grâce. Cecil avait quant à lui reconnu dès le premier regard la marque de fabrique de la maison Habbots, tailleur de renom qui savait faire chavirer le cœur des jeunes aristocrates d'Anathorey. Si de mauvaises langues pouvaient qualifier la tenue de Lady Sybil de vulgaire, le faux majordome y voyait quant à lui l'exubérance propre aux nouvelles générations de nobles, qui sans bousculer les codes de leurs parents marquaient les traditions de leur patte affirmée. C'est ce que le visage haut en couleurs et souriant de la starlette de la soirée lui évoquait. Une bouffée de nostalgie s'empara de Cecil lorsque le parfum des mondanités auxquelles il avait lui-même participé dans sa jeunesse lui revint en mémoire. La pétulance et le rire clair de Lady Sybil lui faisaient dire pour la première fois depuis des mois qu'il se trouvait dans un environnement qu'il connaissait, qui lui était familier, même s'il devait s'y introduire sous une couverture mensongère qui ne lui conférait guère qu'un statut d'observateur indiscret.
« Vous êtes arrivée un peu en avance non ? Les premiers invités étaient prévus pour vingt-et-une heure » dit Lady Sybil à Sally, d'une voix perçue par tous les autres comme méprisante. Surprise d'être confondue avec une convive, Sally voulut répondre pour rectifier l'erreur de la fille du comte, mais l'attention de cette dernière était déjà tournée vers quelque chose de bien plus intéressant à ses yeux.
Bien moins à l'aise que Cecil, Ethan et Alaryk semblaient ne pas savoir où se mettre. Particulièrement ce dernier, qui faisait l'objet de la très minutieuse inspection de Lady Sybil, bien davantage attirée par la masse de muscles qu'il était qu'elle n'était intéressée par la réponse de Sally. Cachés dans un couloir adjacent, quelques domestiques eurent du mal à contenir des ricanements amusés face au désarroi de l'immense stature un peu déstabilisée par les tentatives de charme de leur jeune maîtresse. S'il avait l'habitude d'être observé en raison de son physique sortant un peu de l'ordinaire de part sa taille, Alaryk se sentait assez mal à l'aise d'être ainsi décortiqué du regard par une jeune demoiselle. L'inverse était bien plus facile à vivre.
Cessant la séance d'observation admirative, Lady Sybil se tourna vers son père pour lui faire part de son étonnement. L'Ordre des Chasseurs ailés n'avaient-ils pas promis quatre chevaliers ? Elle n'en voyait que trois, accompagnés d'un petit écuyer aux cheveux blancs qu'elle désigna de quelques doigts désinvoltes. Personne n'eut le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'Ithilion, offusqué par l'erreur, laissa échapper des propos insolents et injurieux dictés par la colère. Alors qu'un silence de mort s'abattait sur l'assemblée, Cecil sentit tous les muscles de son corps se contracter, si bien qu'il lui fallut faire preuve d'une volonté presque divine pour ne pas sauter à la gorge de ce petit imbécile. Ce n'était pas faute de l'avoir prévenu. Jamais ce petit gringalet ne réfléchissait avant de l'ouvrir. Osant un regard vers le comte Everlue, le faux majordome remarqua que le visage de celui-ci s'était crispé d'une ire froide que savent contenir les gens de la haute société pour ne pas perdre la face. Mais ùalgré cette habitude de garder bonne figure, rien ne les mettait à l'abri que cet incident ne remonte aux oreilles de Klegan, voire de l'état major. Un simple claquement de doigts de ce noble et c'en serait fini de la carrière d'Ithilion Gwendilan, ainsi que de ses compagnons. Sybil rompit le froid de l'ambiance, par un rire franc et enchanté qui témoignait tout l'amusement que lui inspirait les mots d'Ithilion à son égard. Elle s'empara subitement du bras de l'insolent et décida de faire de lui son joujou jusqu'au début de la soirée. Le comte, dans son immense magnanimité, décida qu'il était bon de clore l'incident – non sans que la nuque de Cecil ne se couvre de sueurs froides. Il se promit qu'un jour, il étranglerait ce petit crétin de ses propres mains.

Invitée par Lady Sybil à les suivre elle et Ithilion dans le grand salon de réception, Sally rejoignit l'étrange couple à pas timides. Les choses commençaient à prendre forme : plusieurs grandes tables nappées de blanc avaient été dressées dans le but d'y recevoir un buffet. Des musiciens accordaient leurs instrument dans une sorte de fosse, barricadée derrière larges panneaux blancs et bas. Autour d'un vaste espace qu'on devinait être la piste de danse avaient été installés, dos aux danseurs, de multiples fauteuils de velours rouge. Quelques valets faisaient monter au plafond des lustres dont les scintillements éblouissaient déjà quiconque les regardait directement. Bientôt, toute cette scène serait peuplée de personnes aussi remarquablement élégantes que Lady Sybil, ce qui impressionnait Sally d'avance. Consciente de l'effet du décor sur ses deux nouveaux compagnons, la fille du comte s'empressa de décrire la soirée idéale dans les moindres détails à Ithilion – dans un débit de paroles qui semblait totalement impossible à arrêter.
« Il y aura un buffet où chacun pourra manger ce qu'il voudra et où il le voudra. Mon père était contre cette idée, il préfère les grandes tables où nous sommes obligés de parler à nos voisins – mais j'ai réussi à obtenir gain de cause. Je préfère la modernité ! La musique s'en fera ressentir également, il faudra certes valser mais un peu de foxtrot ne nous fera pas de mal ! Vous savez le danser, évidemment ? Là-bas s'assiéront les anciens lords et ladies – des vieilles barbes dont je me serais bien passé de la présence, mais nous ne voulons pas nous fâcher avec nos voisins. Juste ici... »
Sally regardait Ithilion avec inquiétude, tant son visage s'assombrissait à mesure que Lady Sybil poursuivait ses explications. Elle espérait, à l'image de Cecil et Ethan, qu'il n'aurait plus de parole malheureuse qui pourrait lui coûter son uniforme.
« Votre robe est tout à fait magnifique, dit Sybil dans un volte-face subit qui fit sursauter Sally. Quelle maison l'a conçue ? Je ne crois pas reconnaître la griffe de ce tailleur... »
Ce style semblait dater d'au moins quatre ou cinq ans. Il donnait à cette fille des allures de parvenues pas encore au fait des codes de la haute société. C'était bien la preuve qu'elle, l'héritière d'un comte qui faisait fièrement son entrée dans la pègre, était supérieure à la roturière qu'on lui avait collé dans les pattes soit-disant pour sa protection.
« Merci, répondit poliment Sally, très loin de ces pensées hautaines. Mais elle ne m'appartient pas. Je ne sais pas qui l'a cousue ».
Lady Sybil esquissa un sourire terriblement satisfait. Elle tira ensuite Ithilion par le bras pour lui parler des compositions florales qui ornaient la salle et lui faire dire ô combien il les trouvait jolies. Sally, qui avait senti l'hostilité de la petite comtesse, demeura en retrait. Cecil la rejoignit après sa séance de plates excuses présentées à leur hôte.
« Ne te décourage pas maintenant, sinon tu ne survivras pas à la soirée.
- C'est normal qu'une demoiselle de son rang ne veuille pas d'une inconnue comme amie pour sa soirée de lancement.
- Elle devra s'y résoudre, c'est une décision de son cher papa. Cecil saisit Sally par les épaules. Tu es parfaite. Suis bien les conseils que je t'ai donné et tout se passera bien. Sait-elle ton nom ?
- Elle ne me l'a pas demandé.
- Alors tu as une longueur d'avance sur elle. Allons, dépêchons-nous, il ne reste qu'une demie-heure avant le début des festivités ».

Alors que le soleil déclinait de plus en plus dans le ciel d'Urban City, un huissier annonçait petit à petit les noms des personnes qui pénétraient dans le salon de réception. Jamais Sally ne s'était retrouvée autant entourée d'autant de comtes et de duchesses, tous plus chics et élégants les uns que les autres, rivalisant de grâce et d'esprit rien qu'en discutant autour d'un verre de champagne. Lady Sybil, qui avait fini par relâcher le pauvre Ithilion, se faisait saluer de toute part et souriant à qui mieux mieux dans une mine qui paraissait crispée par l'angoisse et la douleur de toujours garder l'air aimable. Ethan et Alaryk se tenaient à leurs postes respectifs tandis que Cecil progressait parmi les convives et proposait verres de cocktail ou coupes de champagne en écoutant avec amusement les défis tacites que se lançaient tous les snobs présents. Comme il était amusant de constater combien paraître toujours plus fort était un but ultime dans l'esprit de ces gens si grands et pourtant si petits. S'il avait pu ouvrir la bouche et se fondre parmi eux, il aurait démontré qu'il était capable de tous les battre à ce jeu ridicule et pourtant si jouissif... Il jetait des regards en biais à Sally pour vérifier que tout allait bien. A ce moment précis, un vieux noble à l'air un peu bougon s'approcha d'elle, ce qui éveilla en elle une vague d'appréhension qu'elle ne sut réprimer. Les musiciens choisirent cet instant pour jouer les premières notes de musique d'une valse. D'innombrables couples s'élancèrent sur la piste et se mirent à tournoyer. Cecil perdit de vue sa protégée, de même qu'il ne parvenait à mettre les yeux sur Ithilion. La soirée promettait d'être longue.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Sam 5 Aoû - 13:04

Le bras fermement capturé par la reine de la soirée, Ithilion se trouva contraint à suivre Sybil au gré de son humeur. Complètement plongé dans ses pensées pour préserver son calme, le chevalier n'écouta que d'une oreille distraite toutes les explications que lui fournissait la demoiselle sur le déroulement de la soirée qui prenait forme. Les derniers détails s'ajustaient autour d'eux avec rapidité et précision, les verres à pied en cristal formaient des pyramides sur les tables calées contre les murs, les couverts ainsi que les premiers amuses-gueules occupaient le reste de la surface, séparés par de somptueux bouquets de fleurs ou décorations aux thèmes de la soirée, les musiciens sur la scène chauffaient leurs instruments pour se préparer à animer la soirée, les derniers coups de plumeaux dans les recoins, les derniers lustrages de l’argenterie,  et à peine le premier acte de ce gigantesque ballet minutieusement orchestré prenait-il fin que le second s’entama avec l'arrivée des premiers convives.


Coutume des grandes réceptions oblige, les titres suivis des noms de chaque personne importante étaient annoncés avec éloquence par dessus le brouahaha qui prenait de l'ampleur. Une entrée spéciale leur était reservée afin d'éviter l'attente de la longue file des convives au statut bien plus modeste, voir populaire, qui arrivaient par la grande porte principale, directement relié au hall d'entrée en contrebas des escaliers. La taille des lieux et la richesse des décorations en intimidaient plus d'un et pour cause : même le salaire d'une vie ne leur permettrait pas d'acheter le seul mobilier présent dans la salle du bal. Issu de la plus profonde misère de Nordkia, Ithilion se souvenait du choc qu'il avait reçu lors de ses premières missions au contact de la noblesse. En voyant ces quelques privilégiés geindre de leurs problèmes sans doute très graves à leur échelle mais qui, à coté de ceux de ces êtres misérables en bas qui mourraient à petit feu, se trouvaient bien futiles, Ithilion avait aussitôt éprouvé un profond dégout pour cette caste d'élite. Une rancoeur qu'il avait gardé bien longtemps, mais que l'essence de la ville avait transformé au fil du temps en jalousie. Lui aussi souhaitait jouir d'un repos bien mérité,  baignant dans une luxure qui l'éloignerait des soucis du quotidien. Sa conscience admettait l'idée qu' il n'obtiendrait jamais une telle fortune que celle du comte Everlue, toutefois l'argent était devenu à ses yeux un trésor précieux, une raison de vivre, un objectif qu'il collectait autant qu'il pouvait pour réaliser ses désirs et ne plus jamais être confronté aux conditions de son enfance. 
Les invités de marque souhaitant tous aborder la principale raison de ce bal, Sybil dût se résoudre à relâcher son garde du corps et entamer les discussions en gardant bonne figure. Profitant de cette occasion, Ithilion s'éloigna en direction du buffet, non sans rester à distance raisonnable de la personne qu'il se devait de protéger. Plus proche de l'employé que de l'invité pour cette soirée, le chevalier n'aurait normalement pas à toucher les délicieuses collations qui s'offraient sous ses yeux. Certain que la disparition de l'une de ces alléchantes tartines de rillette à la morille ne causerait pas de recherche intensive, il l'engouffra rapidement dans sa bouche avant de se retourner face vers la piste avec un air de parfaite innocence.
A cet instant, les premières notes de musiques s'élevèrent dans la salle, entrainant quelques couples à tourner sur l'espace de danse au rythme d'une valse. Le regard d'Ithilion tomba alors au travers de la foule sur la longue robe pourpre de sa disciple. Aux prises avec un ünik à la vie bien usée, l'expression déconcertée qu'elle affichait fît sourire l 'impitoyable maitre. Être livrée à elle même face à ce genre de rencontre  lui permettrait de gagner en assurance et en attendant le spectacle était plutôt comique, les joues de la demoiselle arriveraient bientôt en accord avec sa tenue. L'ironie  de ce destin ô combien facétieux voulut qu'en ce même instant, une désagréable sensation parcourut l'échine d'Ithilion. Il ne lui fallut que quelques secondes trouver la source de sa chair de poule, Lady Sybil commençait à fendre gentiment la foule mais d'un pas décidé, ses yeux  focalisés sur lui tel un oiseaux de proie fondant sur sa cible. Ce ne fût lorsqu'elle jeta un bref coup d'oeil sur la piste de danse qu'Ithilion comprit le sort qui l'attendait.
Son corps réagit tout seul, mû par le refus en bloc de l'horrible expérience qui se profilait à l'horizon. Il quitta la table en prenant soin de feindre celui qui n'avait rien vu. Une seule solution lui parut suffisante pour réussir à échapper à Sybil, sans créer d'accident.
-Excusez moi Monsieur, vous permettez ? Mademoiselle m'avait promis une danse en début de soirée !
Le ton courtois et l'agréable sourire illuminant la demande d'Ithilion donnèrent presque l'impression d'avoir affaire à un autre homme. Il ne s'arrêta cependant pas pour attendre la permission et entraina la jeune Sally, complètement prise au dépourvu, sur la piste. Il lui jeta un air désolé et lui conseilla simplement de se laisser guider. La main libre du chevalier alla se déposer avec délicatesse dans le creux du dos de sa partenaire et suivant le flot ternaire de la musique, il l'emporta dans un tourbillon au début mal assuré. La stature droite, le pas léger, Ithilion menait sa cavalière aux travers des autres danseurs avec assurance. Il détestait danser. Encore plus aujourd'hui car il ne saurait dire d'où provenait le fruit de cette éducation dont il avait toujours pensé qu'il était l'héritage de son maître Elionne. Il se laissa seulement porter par la mélodie chaloupée, faisant tournoyer le décors autour d'eux et rattrapant les maladresses de Sally qui manqua de chuter à plusieurs reprises. Son seul réconfort fût de constater que la fille du comte semblait s'être désintéressée de son cas pour rejoindre un groupe d'invités. La musique se mit à ralentir pour se terminer sur une longue note finale. Une salve d'applaudissements accueillirent les musiciens et les danseurs, accompagné d'un puissant sifflement provenant Alaryk qui, le regard goguenard, saluait à sa manière la performance de ses compagnons. Puis un second morceau s’entama. Ithilion et Sally étaient déjà sortis de la piste, le chevalier avait libéré son étreinte quelques secondes avant la fin, ne souhaitant pas prolonger ce moment de mal aise.
-Tu te débrouilles comme une chèvre, mais au moins tu m'as permis de ne pas me retrouver seule avec "elle". railla-t-il en guise de remerciements.
Une voix dans son dos le fît tressaillir et ne laissa pas le temps à Sally de répliquer :

-Mesdemoiselles, je vous présente mon garde du corps privé pour la soirée. Fort est de constater qu'il préfère courir les jupons plutôt que s'attacher à son travail.
Le ton tranchant et le cynisme des mots prononcés traduisaient la colère froide qu'éprouvaient Sybil à l'encontre du chevalier. Ce dernier se rendit compte que son plan avait été un nouveau mauvais calcul de sa part. Conscient de sa situation délicate, Ithilion prit sur lui et s'inclina en posant sa paume droite sur son torse :
-Je vous prie de m'excuser Mademoiselle, je n'ai pu résister à l'appel de ce morceau de Ludor Beethinksi, mais j'ai gardé tout du long un oeil sur vous. Je resterai dans votre ombre pour le reste de la soirée si cela vous rassure d'avantage.
La proposition lui coûtait, mais son libre arbitre ne lui appartenait plus depuis quelques semaines déjà. Il devait se résoudre à plier l'échine et répondre aux exigences de ceux qui tenaient son avenir entre leurs mains. Son égo en prenait un sacré coup, mais il s'agissait du prix à payer pour ne pas tout perdre.

- Exactement, dorénavant je vous demande de ne plus vous éloigner. ordonna t-elle sèchement. Mais d'abord j'ai soif. Allez me chercher un verre et une collation.
La demande ne fit qu'un tour dans le sang d'Ithilion. Il lisait dans le regard de cette infâme fille la délectation de pouvoir réduire au rang de simple domestique un soldat d'élite. Si il réprima à l'aide de toute sa volonté la colère prête à exploser comme un volcan, il ne comptait pas de laisser piétiner de la sorte.

-Mademoiselle, je suis un chevalier, et non un valet de pi...
-Assez ! le coupa aussitôt Sybil qui ne permettrait pas que son autorité se retrouver discuter au nez de ses convives. Dois-je vous rappeler que par votre attitude, je n'aurais qu'un mot à dire à Père et vous devrez cette fois rendre compte de vos actes ? Alors, allez me chercher ce verre, revenez, et surtout ne parlez que lorsque vous y êtes invité.


La menace était sans appel. Dos au mur, Ithilion se résilia et partit, fureur au poing, exécuter la commande de cette perfide opportuniste. L'humiliation devant sa petite cour, qui ne s'empêcha pas de ricaner devant la scène pour flatter l'amour-propre de Sybil, et surtout devant sa propre disciple faillit lui faire oublier toute règle de bienséance, mais ce fût également la présence de Sally qui lui apporta la force de sagesse de ne pas céder à ses pulsions aux conséquences lourdes et irréversibles.
D'ailleurs la fille du comte n'oublia pas la présence de la jeune Paria, pour laquelle elle ressentait une sorte de rivalité inexplicable. Ce soir, elle souhaitait etre le centre de toutes les attentions et elle ne laisserait à personne le plaisir d'être le principal souvenir d'un homme de ce bal.

-Voulez vous vous joindre à nous ? je vais vous présenter.
La question déguisait en réalité un ordre à peine dissimulé auquel même Sally ne pouvait passer à côté.
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Jeune fille traquée (Sally S.)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Mar 22 Aoû - 0:13

Le vieux noble bougon qui s'approcha de Sally marmonnait des mots incompréhensibles en regardant le fond de son verre. Elle se demanda si elle devait commencer une conversation, tout comme Cecil le lui avait appris. Mais de cet art, elle ne connaissait que la théorie : l'expression peu engageante de son nouveau compagnon ne l'incitait pas à faire un pas vers lui. Elle voulut en faire un de côté.
- Si vous essayez de vous défiler n'y comptez pas, fit soudainement le vieillard en relevant la tête. C'est ainsi que les choses se passent, par chez nous : qui ferre un poisson ne le laisse pas s'en aller de bonne grâce.
- Je m'en doute, répondit Sally d'un air peu assuré. Le vieux secoua la tête.
- Foutaises, vous regardez partout depuis tout à l'heure comme une godiche. Il est évident que vous ne savez pas où vous mettre.
Sachant qu'il avait raison, Sally ne se risqua pas à répliquer quoi que ce soit qui l'aurait rendue encore plus ridicule.
- Vous sentir bête ne vous aidera en rien et ne vous fera que paraître plus démunie, poursuivit le vieux noble comme s'il avait lu dans son esprit. Croyez-moi, face à celle-là vous n'avez pas envie de l'être.
Il désigna d'un coup de menton la jeune Lady Sybil, qui riait à gorge déployée devant deux jeunes hommes dont le visage ne permettait de savoir s'ils étaient amusés ou mal à l'aise.
- Vous connaissez bien mademoiselle Everlue ?
Le vieux haussa les sourcils en ricanant.
- Parbleu, figurez-vous que c'est ma nièce ! Autrefois c'était une petite fille douce. Mais après la mort de ma sœur, Lord Everlue l'a bien trop gâtée.
Un gros soupir l'interrompit brièvement.
- Voyez un peu le résultat. D'une lady elle n'a que le nom, et rien à envier aux mégères caractérielles. Tout le monde s'accorde à dire qu'elle n'est bonne qu'à geindre ou faire des histoires, les seuls liens qu'elle est capable de tisser avec autrui sont toujours empreints d'animosité. Elle a ainsi réussi à se faire détester de mon fils, son cousin germain. Et pourtant ce soir, c'est courbettes et compagnie pour Mademoiselle Sybil Everlue.
Silencieuse, Sally regarda le vieil homme boire son verre cul-sec sans trouver une chose intelligente à lui répondre. Il n'attendait en réalité aucune réponse de la part de cette jeune femme qu'il ne connaissait pas et qui semblait sortir de sa cambrousse. Le fait de pouvoir parler librement sans se soucier des convenances le soulageait très grandement.
L'apparition soudaine d'Ithilion mit fin à l'étrange conversation. Il s'empara avec empressement du bras de Sally en prétextant qu'elle lui avait promis une danse en début de soirée. Le vieux noble lui adressa un petit rire moqueur en guise d'acquiescement, amusé par le rôle qu'on voulait faire revêtir à cette fille et qui ne lui allait pas du tout. Emportée sur la piste avec son partenaire, Sally eut juste le temps de comprendre qu'elle devrait se laisser faire. Ithilion enroba sa taille d'un bras, pris sa main et se mit à les faire tournoyer jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'autre bout de la salle. Complètement prise au dépourvu, Sally fit ce qu'elle put pour ne pas trop lui écraser les pieds et rester en rythme. Mais ce genre d'exercice était loin d'être sa tasse de thé. Elle avait l'impression qu'elle allait perdre l'équilibre à chaque mesure tout comme elle peinait à garder la tête droite. Surtout, la proximité soudaine avec Ithilion l'avait tellement déstabilisée qu'elle se sentait rougir de minute en minute.

Son supplice prit fin après quelques minutes, à l'issue desquelles elle poussa un énorme soupire de soulagement.
- Tu te débrouilles comme une chèvre, mais au moins tu m'as permis de ne pas me retrouver seule avec "elle", railla gentiment le Chevalier qui de toute évidence n'avait pas vu que la lady en question se trouvait juste derrière lui, entourée de quelques très loyales amies, heureuses de se trouver en position de force aux côtés de la reine de la soirée.
- Mesdemoiselles, je vous présente mon garde du corps privé pour la soirée. Fort est de constater qu'il préfère courir les jupons plutôt que s'attacher à son travail.
La voix froide et pincée de Lady Sybil traduisait son envie d'humilier Ithilion, ce petit Chevalier qui s'était payé le luxe de se montrer à nouveau impertinent envers elle. Il n'eut cette fois-ci d'autre choix que de se plier aux nobles caprices, s'il ne voulait pas en tout cas que Lord Everlue soit informé de ses malheureuses paroles. Interdite, Sally regarda tristement Ithilion s'éloigner en silence pour accomplir la besogne que lui avait confié leur charmante protégée. Elle ne s'était toutefois pas faite oublier de la jeune comtesse, qui comptait bien ne faire qu'une bouchée de la petite roturière qu'elle était.
- Voulez vous vous joindre à nous ? Je vais vous présenter.
- Quelle idée fabuleuse ! lança une voix fière qui fit sursauter la reine de la soirée. Un fringuant jeune homme fit irruption parmi le petit groupe de demoiselles. C'était un grand brun à la peau halée, qui arborait un air à la fois aimable et malicieux. Sa tenue très droite lui donnait l'allure du parfait héritier bien bâti. Son regard clair s'était arrêté sur Sally, qui fut bien la seule à rougir de son arrivée. Le reste du groupe demeura silencieux, à l'exception de Lady Sybil, qui une fois la surprise passée daigna saluer le nouvel arrivant.
- Mon cher cousin ! Mais que faites-vous donc ici ?
- Je n'aurais pour rien au monde voulu rater vos éblouissants débuts en société.
- C'est regrettable, lança Lady Sybil, dont le teint s'était rembruni. J'avais pourtant pris grand soin de vérifier chaque invitation pour m'assurer qu'aucune ne vous était adressée.
- Ne jamais pouvoir évincer sa famille est le lot de tous les aristocrates. Alors, qu'attendez-vous pour nous présenter ?
Le cousin s'empara d'une coupe de champagne sur le plateau d'un valet de pied qui passait par là et but une gorgée les yeux rivés sur Sally. Bien que profondément agacée par cette provocation, Lady Sybil fit l'effort surhumain de ne pas céder à la colère.
- Voici Alexandre Chapman, mon cousin. Elle, c'est mademoiselle...
La main de Lady Sybil remuait ses petits doigts tentaculaires comme si elle essayait d'attraper dans l'air les syllabes d'un nom qu'elle avait oublié de demander. Cet impair, anodin pour le commun des mortels, était une erreur monumentale dans un salon d'Anathorey. Devant l'air désemparé de leur hôte, Sally comprit de quelle longueur d'avance Cecil lui avait parlé un peu plus tôt.
- Nancy Hatthaway, répondit Sally d'une voix qui n'était porteuse d'aucune émotion. Enchantée Monsieur Chapman.
- Certainement pas autant que moi, enchaîna l'intéressé avec empressement. La musique reprend, que diriez-vous de m'accompagner ?
Sally se retrouva emportée sur la piste une nouvelle fois. En cet instant précis, elle se demanda si toutes les femmes qui dansaient se trouvaient dans les bras de leur partenaire sans que celui-ci n'ait sollicité leur consentement. Toujours était-il que s'adonner à l'art de la danse une seconde fois ne l'enchantait pas vraiment. Dire qu'elle n'était pas douée ne lui fut d'aucune aide car Alexandre lui assura qu'elle n'aurait qu'à se laisser guider.
- Il semble que je n'ai pas mon mot à dire, soupira la Paria un peu abattue, alors que son partenaire lui entourait solidement la taille.
- Je vous promets que vous l'avez, répondit Alexandre sincèrement amusé, mais dès lors que je vous ai vue discuter avec mon père tout à l'heure, je me suis promis de danser avec vous. Il avait l'air plutôt bavard, ce qui n'est pas dans ses habitudes.
- Il me parlait de Lady Sybil.
- Il éprouve pour elle une affection mitigée. Il l'a connue enfant, il doit se souvenir des quelques qualités qu'elle avait à l'époque. Pour ma part, je la déteste.
Sally tournoyait dans les bras de cet étrange nobliau sans savoir que lui répondre, prise au dépourvu par cette étrange révélation. Alexandre reprit en faisant un grand sourire :
- A vrai dire, rien ne me ferait plus plaisir que de la voir tomber en disgrâce au cours de cette soirée. Le déshonneur serait d'autan plus grand qu'il s'agit de sa soirée. Votre présence est une excellente façon pour moi d'entrer en campagne.
- Je ne suis pas là pour déshonorer une demoiselle de bonne famille, répliqua aussitôt Sally, qui n'avait aucune envie d'être impliquée dans une querelle de cousins. Cecil lui avait toujours dit de faire profil bas face à eux.
- Rassurez-vous je ne vous demanderai pas de jouer les trouble-fête. Le simple fait que je m'occupe de vous plutôt que d'elle fera suffisamment sensation, vous pouvez me croire.
Il est vrai qu'autour d'eux, les invités se demandaient qui était la jeune femme au bras du jeune lord Chapman et pourquoi il ne dansait pas plutôt avec sa cousine, vu que c'était tout de même son entrée en société. Si Alexandre accueillait leurs regards avec amabilité et malice, Sally cherchait plus que tout à ne pas y faire face.
- J'aimerais tant que quelque chose d'intéressant se produise, ce soir.
- Quel genre de chose ?
- Oh, rien de sorcier. Juste un événement inattendu...
La voix doucereuse de son partenaire mettait Sally mal à l'aise. Elle eut du mal à cacher son soulagement lorsque la musique s'arrêta. Alexandre ne lui lâcha pas tout de suite la main.
- Je ne vous ai pas effrayée, j'espère ?
- Non monsieur, mentit-elle, pressée d'en finir.
- Me voilà rassuré. Je dois à présent me retirer. A bientôt, chère Nancy, et n'ayez pas peur de dire ce que vous pensez : nulle convention d'Anathorey ne serait de taille face à votre beauté.
Puis il s'en alla. Encore désorientée par cette nouvelle et curieuse rencontre, Sally se rappelait les mots d'Alexandre concernant la tournure que devrait prendre la soirée. Elle chercha immédiatement ses compagnons du regard pour leur partager cette conversation, mais la foule autour d'elle était si dense qu'elle en étouffait presque. Elle finit par apercevoir Alaryk au bout de la salle. Alors qu'elle se dirigeait vers lui, Sally sentit des ongles pointus se planter dans son bras et la tirer vers l'arrière. Elle se retrouva nez à nez avec le visage rouge et courroucé de Lady Sybil.
- Que faîtes-vous là ?!

Mais alors que Sally ouvrait la bouche pour répondre, la salle fut plongée dans une obscurité totale.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Jeu 31 Aoû - 22:42

En arrivant à hauteur du buffet, Ithilion commença à rassembler quelques petits canapés ou autres gourmandises dans une petite assiette en porcelaine. Sa main droite tremblait légèrement, mais la lourde épée de Damocles qui pesait au dessus du chevalier humilié tempérait ses émotions, l'ardeur de son caractère. Son orgueil ne pouvait plus se permettre de comportements déplacés, comme refroidir à l'aide du contenu de la flûte de champagne qu'il attrapait la tête de cette odieuse fille à papa, si elle continuait à le considérer aussi bien qu'un chien. Pourtant, il ne s'attendait pas à une soudaine amélioration de l'état d'esprit de la reine du bal. Nul doute que ce soir, ses nerfs exploreront les limites de ce que sa patience pouvait supporter. Ses yeux fusillèrent le dos de la jeune Everlue. Elle avait de la chance que de la réussite de cette mission dépendait le propre sort d'Ithilion. Celui-ci, dans une série de pensées malsaines, aurait bien souhaité que le ou les auteurs de la lettre de menace accomplissent leur méfait plus promptement. Alors qu'il se retournait vers la table, il capta l'arrivée d'une personne à ses côtés.

-C'est la deuxième fois que je te vois au buffet, lui reprocha Ethan en s'adossant près de lui. Ce n'est pas très sérieux.

La remarque, qui tenait plus d'une tentative d'humour, tombait comme un cheveux sur la soupe. Ithilion resta impassible, terminant de préparer avec lenteur la préparation de sa commande.

-Ce n'est pas pour moi. finit-il par lâcher avec fraicheur.

-Je me doute bien, se défendit son coéquipier en esquissant un sourire. Tu les aurais déjà empiffré sinon.

Ni d'humeur, ni prêt à discuter d'avantage avec lui, Ithilion partit rejoindre Sybil sans rien ajouter. Sur le chemin, il entrevit parmi les couples sur la piste de danse la robe pourpre de sa disciple. Elle se trouvait aux mains d'un jeune homme au teint halé et au visage illuminé par ce sourire propre aux aristocrates qui souhaitaient se donner un genre et qui agaçait tant l'enfant de Nordkia. La tête ailleurs, il percuta quelqu'un et ne dut qu'à ses réflexes de ne pas voir tout ce qu'il tenait en main s'étaler sur le sol. Il s'excusa brièvement auprès de la personne et termina de franchir les quelques mètres en louvoyant habilement entre les groupes de convives.
Sybil ne remarqua pas son retour, son attention était focalisée sur le couple formé par Sally et l'inconnu. De toute évidence, elle n'appréciait guère le spectacle qu'elle observait en se mordant discrètement la lèvre inférieure. Malgré le brouhaha résultant de la musique et des innombrables discussions sans la grande salle, Ithilion crût entendre échapper un "tu vas me le payer" de la jeune héritière, la bouche déformée par un léger rictus saccadé. Désapprouvant également l'attitude de ce coq à l'égard sa protégée, Ithilion approuva la menace d'un signe de tête, sans prendre conscience de la cible de cette flèche chargée de rancoeur. Il était curieux de constater à quel point une situation pouvait balayer en un instant de profondes querelles, rangeant du même côté deux inaccordables sur la simple présence d'un commun tierce désagrément. Encouragée, Sybil persiffla avec plus d'assurance, sentant que de plus en plus d'alliés rejoignaient sa cause parmi sa cour.

-Dès qu'ils auront fini, je vais mettre les choses au clair.

-Pour une fois je suis d'accord avec vous, il ne faut pas laisser une prendre autant ses aises pendant votre bal. renchérit Ithilion en réfléchissant d'ores et déjà aux propos tranchants qui appuieraient les réprimandes de la terrible fille du comte Everlue.

-Déjà que je ne l'avais pas invité ! poursuivit-elle en s'emportant dans sa propre colère froide. Sa présence commence à me taper sur le système.

Le beau jeune homme se détacha finalement de Sally pour disparaitre dans la foule.

- Voulez-vous que je jette ce blanc-bec arrogant dehors demoiselle ? demanda le chevalier en faisant craquer ses doigts. Je m'en ferai un plaisir.

Cette fois, ce fût lui qui devint la victime du regard noir de Sybil.

-Comment osez-vous être aussi insultant à l'encontre d'un membre de ma famille ? Cherchez-vous réellement à vous retrouver parmi les déchets de Nordkia ?! Tenez-vous donc à votre place !

D'un volte-face de la violence d'un ouragan, elle disparut au milieu des danseurs. Face au caractère lunatique de la demoiselle, Ithilion mit quelques secondes avant de comprendre qu'en réalité l'ünik brun n'était pas l'objet de son courroux. Sybil se dirigeait tout droit et d'un pas frôlant l'hystérie vers la pauvre Sally, complètement perdue dans la masse et jetant des airs paniqués autour d'elle. La raison ne retint pas les gestes du chevalier. Qu'importe le rang, qu'importe le motif, celui qui osait porter la main sur sa disciple s'exposait à de lourdes conséquences. Le lever du voile sur l'existence d'Elionne ne lui avait laissé plus que cette héritage de son passé fantasmagorique. Cette envie de guider les pas d'un être prêt à lui offrir sa confiance pour s'engager sur la même voie que la sienne. La valeur que représentait Sally à ses yeux allait jusqu'à remettre en question sa place au sein des Chasseurs Ailés, ses convictions sur l'Ordre s'étant dégradés depuis qu'il ne savait plus disciple privilégié du maitre des lieux. Alors il ne se priverait pas de sacrifier son confort actuel si la colère de Sybil se déversait  de façon excessive sur sa protégée. Le chevalier s'élança sur ses talons au cas où il aurait à intervenir.
Et son instinct en un sens ne lui joua pas de tour, car à peine Sybil agrippait le bras de Sally que toutes les lumières se coupèrent d'un coup. Les premières secondes furent accueillies par des applaudissements ou des rires en attente d'une surprise particulière. S'en suivit une détonation qui transforma la joie en stupeur générale. Une vague de cris déferla, emportant les invités dans un mouvement de terreur. Chacun tentait de trouver la sortie dans sa propre direction malgré l'obscurité totale, les bousculades devenaient de plus en plus violentes, dans les consciences ne comptait plus que le résultat de leur propre survie.
Les années d'expérience face à ce genre de situation déclenchèrent les automatismes du soldat d'élite dès que le bruit d'explosion arrivèrent à ses oreilles. Ithilion attrapa  le bras de Sybil et se positionna en garde corps contre elle. Il essaya spontanément d'activer son dzêta afin de pouvoir se repérer au travers de la foule et d'anticiper d'éventuelles menaces mais le gantelet refusa de s'activer. Le Sin de sa disciple à proximité le rendait complètement impuissant.  Ithilion poussa un juron, ordonna à la demoiselle Everlue de ne pas bouger et repoussa tant bien que mal les ûniks qui avaient le malheur de les culbuter dans leurs courses. Le désordre se stoppa net avec le retour de la lumière au bout d'une maigre poignée de minutes qui durèrent une éternité. Une grande partie des convives avaient réussis à se mettre à l'extérieur, d'autres, renversés par l'agitation, tentaient tant bien que mal de se remettre sur leur pied. Quelques tables se trouvaient sur le côté, avec la vaisselle et les plats répartis en miette sur le sol. Fort heureusement, Sybil semblait n'avoir subit aucune agression. Le chevalier relacha son étreinte afin que la fille puisse courir dans les bras de son père qui accourait au même moment, le visage mort d'inquiétude. De l'autre bout de la salle, Alaryk abaissa son arme et adressa un pouce victorieux à son ami.

Après un rapide constat, l'explosif se révéla n'être qu'un gros pétard. Un premier constat s'établit rapidement : quelques blessés étaient à déplorer, mais la bonne nouvelle de la soirée était que la cohue n'avait engendré aucun accident grave. Les Chasseurs Ailés s'occupèrent de rassembler les personnes et de s'assurer en détails des éventuelles conséquences de l'attaque. Une partie du personnel fût assigné à la tâche de dresser un rapide inventaire. Le comte Everlue lui même s'approcha d'Ithilion et de ses deux coéquipiers  afin de leur transmettre les résultats de la recherche. Aucun vol n'avait été commis.

-Par ailleurs, je vous remercie d'avoir veillé sur ma fille.rajouta-t-il sur un ton chargé de reconnaissance, adressé en particulier au chevalier à la chevelure blanche. Pour l'heure, elle retrouve ses esprits dans sa chambre en sécurité.

-C'est la raison pour laquelle vous nous avez engagé. répondit modestement Ethan. De toute évidence, il s'agissait surement d'une simple volonté de créer du grabuges que d'accomplir une véritable action.

Le comte acquiesça et retrouvera de la stature afin de remettre de l'ordre dans ce bal terni par des plaisantins. Pourtant Ithilion éprouva une étrange sensation. Un manque qu'il n'arrivait pleinement exprimer.  Ses yeux inspectèrent la salle en quête du détail qui paraissait échapper à tout le monde. Il déclencha naturellement son dzêta pour s'aider dans son investigation. Dès lors que son radar fût déployé, la réponse à son interrogation lui sauta aux yeux. Son coeur se déroba au même instant, l'empêchant de prononcer le moindre mot. Tandis que le chevalier sentit, impuissant, ce fameux détails se faire emporter aux limites de son dzêta, ce fût Cecil qui d'une question naïve révéla la gravité de la situation :

"Dites, savez vous où se trouve Sally ?"
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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Ven 15 Sep - 1:59

Dès que l'obscurité s'abattit sur la salle de bal, la foule se mit à paniquer. Les musiciens et les conversations s'interrompirent brutalement pour laisser place au brouhaha effrayé des occupants du manoir. Au lieu de rester en place, tous coururent dans toutes directions dans une énorme cohue. Ballotté et bousculé, chacun prenait garde à ne pas tomber à terre au risque de se faire totalement piétiner par ceux qui cherchaient la lumière. Sally n'eut pas le loisir de tomber, grâce aux ongles crochus de Lady Sybil qui s'agrippait à elle comme une naufragée à un radeau. Elle beuglait d'ailleurs si fort que Sally ne s'entendit même pas lui dire de garder son calme. Mais soudain, la jeune Paria sentit une autre main, bien plus grosse et puissante, se saisir de son poignet et l'arracher à Lady Sybil – qui n'en cria que davantage. Sally chercha à se dégager de cette poigne qui cherchait à l'entraîner elle ne savait où.
- Magne-toi de prendre la fille, fit une voix inconnue, on n'a pas toute la nuit !
- Qui êtes vous ?!
Sally n'obtint aucune réponse. Elle commença à avoir peur lorsqu'elle sentit deux bras puissant s'emparer de sa taille pour la soulever au dessus du sol. Son bras droit resté libre s'empara maladroitement de l'arme de service qu'elle avait cachée sur une jarretière sous sa robe. La crosse de l'arme heurta violemment le visage d'un autre agresseur qui arrivait en face d'elle, dans un craquement et un gémissement de douleur abominables. Elle voulut se débattre davantage, mais elle reçut un coup sur la nuque qui l'assomma immédiatement.
Quand la lumière revint au manoir Everlue, les agresseurs s'étaient volatilisés, et Sally avec eux.

Sally fut réveillée en sursaut par une très désagréable odeur d'alcool. La vue floutée par son malaise et la lumière aveuglante du petit plafonnier qui se balançait, il lui fallut quelques minutes avant de réaliser qu'elle se trouvait sur le parquet abîmé d'une minuscule pièce grise et poussiéreuse, qui sentait le renfermé. Le seul mobilier présent était constitué d'une table rafistolée et de quelques chaises dépareillées. Trois hommes étaient présents également, trois inconnus qui n'inspiraient pas confiance. Ils étaient vêtus comme des nobles, et étrangement, armés de dagues et d'armes qui tenaient de l'attirail militaire. L'un d'entre eux était assis par terre à l'autre bout de la pièce, et consultait un petit carnet derrière une fine paire de lunette. Les deux autres étaient assis à la table. L'un, tout petit, penchait la tête en arrière en tenant un linge imbibé de sang sur son nez, tandis que l'autre, le plus costaud des trois, marmonnait des choses que Sally ne comprenait pas. Elle voulut se redresser mais remarqua qu'elle était pied et poings liés. Ce simple mouvement réveilla vivement la douleur causée par le coup porté plus tôt à son crâne. Le gémissement plaintif qu'elle émit attira l'attention des trois inconnus sur elle.
- Elle se réveille enfin, fit le binoclard.
Il saisit sans délicatesse Sally par ses liens pour la redresser sur son derrière.
- Voilà qui est mieux. Te voir allongée sur ce parquet tout sale me peinait un peu.
- Boi, ça m'édait bien d'égal, éructa son petit collègue sans lâcher son linge. Regardez-boi za, elle b'as dévoncé le pif, za pisse le zang !
- A ce propos, c'est avec une sacrée arme qu'elle t'a castagné, dit le grand costaud en levant le revolver qu'il avait enlevé à Sally. Les jeunes femmes d'Anathorey, c'est plus ce que c'était, regardez-moi ce machin !
- C'est pour ta sécurité personnelle ?
- Gu'est-ze gu'on s'en mogue, trépigna le petit teigneux, l'imbordant z'est d'aboir embarqué zette fille !
- En effet. Cette arme ne t'a été d'aucun secours, puisqu'on a réussi à t'amener jusqu'ici. Les p'tites nobles dans ton genre devraient se contenter d'une boîte de couture. C'est pas en allant à des bals que tu apprendras à te défendre.
Adossée au mur, Sally ne put que prendre un air défiant face à ces trois crapules hilares – le doute étant permis pour le minus, qui couinait de douleur dès qu'il bougeait la tête.
- Vous devez être de grands combattants pour enlever des gens par surprise dans le noir complet.
-  T'as un sacré toupet, toi. Y a pas à dire, Alexandre sait choisir les filles. Y a d'autres bêcheuses dans ton genre, dans la bande de la demoiselle Everlue ?
C'est alors que tout devint clair dans l'esprit troublé de Sally.
- Vous êtes le fameux événement dont Alexandre Chapman parlait ?
- C'est ça, bien que j'ignore comment il nous a présentés, répondit le binoclard en souriant d'un air amusé. Navré pour cette brutalité, va pas croire que taper sur les filles nous fasse plaisir.
- Les menaces visaient pourtant Lady Sybil, fit remarquer Sally.
- Détourner l'attention, c'est tout un art, enchaîna le grand costaud d'un air fier. Nos ordres étaient clairs : on devait enlever la première femme avec qui notre patron allait danser ce soir, et c'est tombé sur toi.
- On est bien désolé de gâcher ta soirée comme ça ma jolie, mais on finit toujours le travail pour lequel on nous paye !
- Boi ch'zui bas désolé, grommela le petit teigneux dont les yeux assassins avaient déjà tué Sally quatre fois depuis le début de la conversation.
Les choses avaient pris une tournure pour le moins inattendue. Très ironique même, puisque celle qui devait assurer la sécurité d'une demoiselle en détresse se retrouvait à devoir endosser ce rôle. Si cet événement remontait aux oreilles de Klegan, Ithilion pourrait faire une croix sur son retour parmi les Chasseurs ailés.
- Qu'est-ce que vous comptez faire de moi ? demanda Sally, qui avait abandonner l'idée de se libérer tant ses liens étaient serrés.
- C'est simple : on a laissé un p'tit message codé pour le gentil Comte Everlue, qui indique un endroit de rendez-vous. Il paye une rançon et on te laisse partir. Et bien entendu on s'assure de son silence, sinon...
La façon dont le binoclard se mit à jouer avec sa dague indiqua sans équivoque ce qui se passerait si  le Lord essayait de prévenir les forces de l'ordre. Mais Sally ne voyait absolument pas pourquoi Lord Everlue paierait pour elle.
- Les nobles détestent se mettre mal avec d'autres familles, répondit le grand costaud. Je suis sûr que ce bon vieil Everlue ne voudrait pas faire de ton gentil papa un ennemi ?
Son rire gras mit fin à la conversation. Le binoclard passa la tête à travers la seule porte de la pièce pour donner l'ordre à un subordonné de se rendre au fameux lieu de rendez-vous pour attendre la réception de la rançon – ce serait seulement à ce moment-là qu'on leur rendrait la fille. Sally, qui n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait, se garda bien de dire à ses nouveaux amis qu'ils avaient misé sur le mauvais Kokobot. Elle poussa un gros soupir et se mit à espérer que la chance lui sourirait pour sortir de cette situation. Sans son revolver et ainsi entravée, elle ne pouvait pas faire grand chose d'autre.

Au même moment au manoir Everlue, Cecil observait sur le sol une drôle de substance visqueuse, qui imitait parfaitement un mélange de morve et de sang. Autour des Chasseurs qui s'activaient à chercher des indices sur la disparition de leur mascotte, les invités commençaient à retrouver leur calme. Ce fut Cecil qui trouva le message d'un corbeau épinglé sur la porte des vestiaires.

« Si vous voulez revoir la fille saine et sauve, rendez-vous au Sentier des pas perdus
A minuit et 5 000 guinées en poche
 »

- Voilà une invitation bien cavalière, observa le faux majordome avant de la tendre à Ithilion.
- Où peut se bien trouver ce fichu sentier ? gronda Alaryk, paniqué à l'idée que Sally ait disparu. C'est la première fois que j'en entends parler !
- C'est une ruelle très peu fréquentée à la périphérie du quartier commerçant Nord de la capitale, répondit Cecil avec un aplomb qui masquait à la perfection une inquiétude pourtant dévorante. Il n'osait imaginer ce qui pourrait arriver à Sally si ses agresseurs découvrait qu'elle était une Paria – et il savait qu'ils étaient plusieurs, car plusieurs témoins avaient affirmé avoir entendu plusieurs voix masculines ordonner « d'embarquer la fille » et de « se dépêcher ». Il est presque impossible de la trouver car elle ne figure que sur quelques anciens plans de la Cité.
Ethan, dont le sang froid forçait l'admiration, voulut prendre les choses en main.
- Avant de foncer tête baissée, il faut élaborer un plan et nous organiser. Payer la rançon peut sembler inacceptable, mais nous pouvons faire croire que nous leur offriront cette somme pour mieux coincer leur bande. Ithilion, est-ce que tu as une... mais où est-il passé ?!

Le petit Chevalier, pourtant présent au début de leur conversation, semblait s'être déjà envolé. Le regard de Cecil se perdit parmi les invités et croisa celui du jeune lord Chapman. Il l'interpella alors pour que le valet de pied qu'il était lui apporte un autre verre. Le sourire qu'arborait ce jeune homme était des plus glaçants.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Sam 23 Sep - 17:55

Si la disparition de Sally n'occupait le même degré d'inquiétude dans l'esprit d'Alaryk, Cecil ou d'Ethan, la volatilisation soudaine du chevalier aux cheveux blancs  sema un léger vent de panique commun à tous. La situation déjà problématique nécessitait de n'engendrer aucun dérapage irréfléchi, or les deux coéquipiers d'Ithilion ne connaissait  que trop bien la propension du soldat à réagir sans limite lorsqu'une situation impliquait l'un de ses proches. Dans ces moments la, il devenait dangereux et difficile à raisonner. Ethan en portait encore les stigmates. Depuis, l'épée de Damoclès qui flottait au-dessus de leur groupe et plus particulièrement au-dessus de la tête d'Ithilion ne manquerait pas de chuter lourdement à son prochain passage en cour martiale.  Les deux chasseurs ailés se regardèrent, inquiets, puis lâchèrent comme un même homme un soupire d’exaspération. Pourquoi fallait-il que cette situation arrive ce soir, pour cette mission spéciale ?
Le comte Everlue capta l'échange muet au loin. Soucieux de ne laisser aucun nouvel élément troubler la fin de soirée, il s'approcha d'Alaryk et Ethan.
-Quelque chose ne va pas ?
Lorsqu'il prit connaissance de l'enlèvement et de la demande de rançon, les sourcils grisonnant du maitre des lieux se rejoignirent en un même point de frustration.
-Bon sang...Je suis navré pour votre amie. Néanmoins, je préfère cette situation plutôt que ce soit un invité, ou pire...ma fille.
Le comte se retourna un instant, les mains jointes dans le dos, un doigt battant la mesure de sa réflexion. Les deux chasseurs ailés n'attendaient pas le moindre geste de la part du noble en faveur de leur amie séquestrée. Appartenant à l'Ordre, elle n'était qu'un pion sacrifiable du moment que la soirée ne s’entachait pas du sang d'une autre grande famille ou de la sienne. Le comte fît volte-face d'un coup. Il se rapprocha des deux soldats, créant un cercle confidentiel et parla avec autorité :
-Je veux que vous régliez se problème dans la plus grande discrétion. Même si il ne s'agit que d'une recrue de votre Ordre, je ne veux pas de remous. Malgré cette interruption de la soirée, la protection a été à la hauteur et aucune victime n'a été à déplorer. Au-cune. Suis-je clair ?
L'ordre était clair et sans appel. D'ailleurs, il sonnait presque comme un avertissement, le comte Everlue dissimulait à peine son opinion quant au résultat de l'Ordre par rapport à la mission de surveillance de ce bal. Il n'irait pas jusqu'à leur faire porter la responsabilité de l’exécution de l'attaque, mais l'enlèvement de Sally représentait un échec. Bien que le cas de la Paria importait peu à Ethan, son propre avenir et ceux de ses deux frères d'arme se trouvaient mis en péril par cet imprévu.  Les deux soldats hochèrent de la tête en silence.  Leur commanditaire répondit également d'un signe entendu.
-Inutile de dire que je ne verserai pas le moindre pécule pour cette rançon, acquittez vous de votre devoir. Ainsi cet accident sera effacé, pour tout le monde.
-Ne vous en faites pas monsieur le Compte, tout sera réglé sans que personne ne sache rien. affirma Etan en se voulant le plus convaincant possible. Les menaces visaient uniquement votre fille, nous avio...
-Je me fiche de vos excuses, soldat. le coupa sèchement le compte. Réglez moi ça, maintenant, avant que cela ne se sache. Surtout si vous voulez retrouver votre jeune amie. Pourquoi souriez vous comme ça ?
Devant le sourire, jaune pour le chevalier aux lunettes et franc pour le colosse, le comte Everlue crût d'abord à une réaction d'insolence. Alaryk s'empressa d'en expliquer la raison pour ne pas embraser la situation déjà tendue.
- Veuillez nous excusez... ce n'est pas tellement pour elle que nous nous inquiétions en fait. Les auteurs de ce trouble ont réellement fait une grave erreur...
-Très grave erreur... renchérit Ethan en se frottant l'oeil droit en dessous de ses lunettes.
Une expression d'incompréhension souleva l'un des sourcils du noble. La réponse qu'on lui offrit en retour  transforma son interrogation en stupéfaction. Il avait du mal à croire que ce jeune ünik aux cheveux blancs insultant et indiscipliné puisse causer le souci des ravisseurs, alors qu'ils possédaient une otage à leur avantage. A ce quoi Alaryk lui rétorqua :
- Il y a une raison à ce que son comportement ne l'ait pas encore éjecté d'un corps d'élite comme le notre.

*****
Les artères principales des quartiers centraux d'Anathorey étaient complètement débouchées à cette heure de la nuit. Les éclairages publiques traçaient des lignes de lumière, déformés par la vitesse de la G-bike à bord de laquelle Ithilion  filait en direction du Nord. Ses yeux gris restaient ouverts sur la route, projetant son regard loin devant lui, comme si son esprit marquait une absence, emporté par l’inquiétude quant au sort de sa disciple. En réalité, le chevalier ne rêvassait pas, en témoignait la légère lueur bleutée qu'irradiait la perle incrustée dans le gant de sa main gauche. Projetée dans la dimension de son Dzêta, sa conscience veillait avec vigilance sur tous les mouvements se trouvant sur son parcours. L'allure de son engin vrombissant ne laissaient guère  le temps de réagir aux quelques noctambules qui déambulaient  sur sa trajectoire. Il slalomait entre eux sans ralentir, pressé par le temps. Il devait se mettre en place avant l'heure butoir.  Par la même occasion, son radar scannait toutes les signatures qui entraient dans son champ, des fois que surgisse celle de Sally qu'il connaissait par coeur. Par chance, il avait également réussi à capter celles de ses ravisseurs. Le tireur d'élite serait donc capable de les sentir venir, même si ils s'aventuraient à se rendre sur le lieu de rendez vous sans leur monnaie d'échange.
Traverser entièrement la cité d'Anathorey pour arriver dans la partie Nord lui prit dix fois moins de temps qu'il en aurait fallu à une vitesse déjà respectable. Certains üniks rentreront surement chez eux avec le coeur encore palpitant d'avoir senti une moto les frôler l'espace d'un simple clignement des yeux. Le jour, ces quartiers vivaient au rythme des citoyens qui marchaient entre chaque commerce qu'abritaient tous les bâtiments bordant les rues.  Tout pouvait se trouver ici, sinon cela signifiait que l'objet de la convoitise n'existait pas disait-on. La nuit un marché parallèle plus ou moins accepté faisait son œuvre, conduit par des réseaux  puissants dont les racines s'ancraient généralement dans des branches de la haute bourgeoisie, voir parfois de la noblesse. Naturellement, ces affaires s'effectuaient à l'abri des regards et seul le bouche à oreille du vendeur à son client permettait de trouver le lieu exact de la transaction avant de changer de destination pour la prochaine, rendant la tâche des rares missions de démantèlement  difficiles, pour ne pas dire impossible. Ce fût justement au cours de l'une d'elle qu'Ithilion avait entendu parlé du sentier des pas perdus.
Il arrêta sa G-bike deux ruelles avant, par précautions. Le tableau de bord affichait vingt-trois heures vingt-sept. Son dzêta lui permit de déceler la présence de trois individus qui éraient dans les alentours, mais sans jamais s'éloigner du point d'échange. Le chevalier en conclut qu'il s'agissait probablement de guetteur, une disposition courante des habitués de ces marchés frauduleux.  Ils avaient pour mission de s'assurer que la zone de transaction était libre au préalable ou de prévenir l'arrivée du moindre élément indésirable pendant l'affaire. Capable de suivre à distance leurs déplacements, Ithilion possédait un avantage considérable pour ne pas se faire repérer. Il s'engouffra dans la première rue sur sa droite, et s'avança jusqu'au pied de l'arrière d'un immeuble qui surplombait les autres de quelques étages.  L'escalier de secours du premier étage était replié. Il résista à la tentation de supprimer un instant la gravité, car il ne pouvait localiser l'effet et risquait d'alerter les quelques riverains qui habitaient le quartier ou les guetteurs eux mêmes.
Au pas de course, Ithilion retourna à sa moto.  Les Chasseurs Ailés étaient formés pour ce type d'intervention. Il ouvrit un sas à l'arrière dans lequel il entreposait du matériel, attrapa un grappin attaché au bout d'un filin enroulé, puis se rendit à nouveau sous l’échelle.  Le crochet d'acier agrippa l'un des barreaux de la structure métallique et le chevalier put grimper habilement le long du fil d'acier pour atteindre le premier étage. A partir de là, il accéda facilement à la toiture terrasse lui offrant un magnifique spectacle. Sous un ciel noir éclaboussé d'étoile s'étendait devant lui la canopée urbaine à perte de vue, avec son relief aléatoire, ses lumières variées et le bruit sourd de l’activité nocturne. La nuit était chaude. Les nerfs d'Ithilion se lâchèrent un brin de tension. Son coeur battait lentement dans sa poitrine, mais avec détermination. A l'annonce de l'enlèvement de sa disciple, il n'avait pas laissé libre cours à sa colère comme d'ordinaire. Il avait réussi à canaliser son impulsion pour se mettre entièrement dans un état de quiétude nécessaire au tir.
En s'approchant en bordure, la ruelle du sentier des pas perdus se trouvait en contrebas. Ses yeux, froid comme l'acier, balayèrent l'ensemble de la voie afin de trouver l'angle de viser optimale. La pierre de son gant s'illumina de nouveau de manière plus vive, rejetant une poussière lumineuse qui constitua une impressionnante arme au canon allongé entre ses mains. Ithilion ajusta la lunette de son sniper et déploya son trépied pour se mettre en position confortable de tir. Les prouesses du tireur d'élite réalisées à l'aide son instrument de combat de prédilection lui valaient le respect de l'ensemble de ses paires, même de ceux qui le détestaient. Aucun tir ne lui semblait impossible. Aucune balle n'avait de mémoire loupée sa cible. Et ce soir, les imprudents qui avaient osé s'en prendre à son amie ne deviendront pas la première exception. Il n y avait plus qu'à attendre.
Sa montre indiqua minuit. Pourtant, son radar ne détectait toujours pas la présence ni des ravisseurs, ni de Sally. Un problème était-il survenu ? Ithilion ne céda pas à la panique. Pour le moment, ce lieu constituait sa seule piste. Il devait rester concentré et ne pas se laisser ronger par le remord.  Sa détermination le pousserait à la retrouver, qu'importe ce qu'il lui en coutera. Soudain, il sentit deux signatures familières pénétrer au sein de son périmètre de surveillance.
-Putain, vous allez tout gacher...jura le chevalier aux cheveux blancs, qui n'avait aucun moyen de prévenir ses coéquipiers de la présence des guetteurs.
Au même instant, son esprit capta une autre aura. Plus faible que d'habitude, il la reconnut aussitôt. Sally approchait. Ses dents se serrèrent.  Elle était blessée.
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Jeune fille traquée (Sally S.)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Dim 8 Oct - 18:40

Après avoir somnolé quelques dizaines de minutes, Sally fut réveillée par les exclamations des trois comparses qui jouaient aux cartes. Binoclard battait Teigneux par des moyens que celui-ci estimait déloyaux. Costaud les regardait avec l'air désabusé d'un ami qui a l'habitude de voir ses deux camarades se disputer pour un oui ou pour un non. Le jeu qui suscitait leur passion n'était pas inconnu de Sally.
- Tu connais ce jeu ? demanda Costaud, qui avait capté le regard intéressé de leur prisonnière.
- C'est étonnant, fit remarquer Binoclard, c'est un jeu surtout populaire à Nordkia. Je ne pensais pas qu'une gosse de riche puisse en avoir entendu parler.
- Eh bien... J'y ai joué ce matin.
Teigneux se retourna vers Sally d'un air interpellé.
- Tiens donc. Et tu saurais dire si mon pote a le droit de faire ce coup-là ? J'ai l'impression qu'il m'embobine depuis tout à l'heure !
- Tu es parano.
- Peut-être, mais je cracherai pas sur un regard neutre et extérieur sur la partie. Posez-la donc sur cette chaise, qu'elle voit un peu ce qui se passe !
Baladée comme un saucisson par Costaud, Sally fut posée sur la dernière chaise libre. Sur la table étaient disposés plusieurs tas de cartes, qui lui rappelèrent avec une pointe d'angoisse la partie qu'elle avait jouée le matin même avec Alaryk et Ithilion. Les liens qui saignaient ses poignets immobilisés la convinrent de se concentrer sur la question posée par Teigneux. Elle se pencha un peu en avant mais s'arrêta brusquement en sentant quelque chose de pointu lui écorcher deux doigts.
- Lève-toi donc, de là où tu es tu ne peux pas voir toutes les cartes ! l'empressa le petit homme au nez meurtri, très déterminé à bénéficier d'une expertise la plus complète possible.
- J-je ne peux pas, répondit Sally. Je risque de tomber, et ce disant elle désigna ses chevilles tout aussi entravées que ses mains.
- Défais-lui donc les pieds, lança Binoclard à Costaud, elle ne risque pas d'aller bien loin de toute façon.
Costaud farfouilla dans sa besace pour en sortir un couteau. Sally sentait du sang couler le long de ses doigts. Tandis qu'il cherchait, elle remua doucement le bout de ses mains et constata qu'en bas du dossier de sa chaise se trouvait la pointe acérée d'un gros clou. Elle comprit que cet objet dangereux était à l'origine de sa petite blessure.  Les trois hommes n'avaient pas dû la remarquer pour avoir eu l'imprudence de l'y asseoir.
Binoclard et Teigneux débattaient encore avec concentration sur les cartes à jouer, si bien qu'ils ne virent pas Sally diriger doucement les cordages vers la pointe de ce clou. Elle l'effleura à peine qu'un premier lien rompit, et lorsque Costaud s'agenouilla devant elle pour se charger de ses chevilles, elle coinça les dernières cordes à défaire sous la pointe du clou. Il lui suffirait de se lever pour que le reste se déchire. Elle volerait ensuite l'arme de Binoclard qui traînait négligemment sur la table, puis aviserai pour la suite. Comme elle l'avait appris auprès d'Ithilion, Alaryk et Ethan. La lame de Costaud trancha les liens autour des chevilles de Sally d'un seul geste. Il laissa doucement glisser sa grosse main le long d'un mollet de la Paria, aussitôt parcourue d'un désagréable frisson.
- Lâche-la, c'est pas le moment : on parlait de choses sérieuses ! s'agaça Teigneux qui ne pensait plus qu'à sa partie de cartes plutôt qu'à leur mission.
On frappa à la porte. Binoclard ouvrit.
- Les gars, on a reçu un message de Léon. Il dit que des guetteurs qui ne bossent pas pour nous occupent déjà le point de rendez-vous. Il les connaît, apparemment faut pas se friter avec.
Binoclard soupira et sortit de la pièce avec l'informateur pour trouver une solution au problème. Une fois la port refermée, la main de Costaud poursuivit sa course lente le long de la peau douce de la jeune femme qui ne pouvait s'échapper. Du moins le croyait-il.
La formation militaire de Sally ne consistait pas simplement à apprendre l'étiquette de l'armée et le maniement des armes à feu. L'analyse de situations d'urgence ainsi que le combat au corps à corps lui avaient été enseignés, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle était bonne élève. Elle n'était certainement pas très forte physiquement ni n'avait encore de réflexes dignes d'un vétéran, mais elle savait qu'elle tirerait facilement profit d'une situation où elle était sous-estimée par son ennemi. C'est pourquoi il lui fut facile, très facile, de lancer une jambe de toute ses forces en plein dans le menton de Costaud. Brutalement projeté en arrière, le goût du sang de sa langue qu'il avait mordue lui emplit la bouche avant que sa tête ne vienne se cogner lourdement contre le sol. Les derniers liens qui entravaient les poignets de Sally se coupèrent comme prévu dès qu'elle bondit de sa chaise. Teigneux, hébété de surprise, la regarda d'un œil débile voler l'arme de son compagnon laissée sur la table. Répétant sa technique de début de soirée, Sally cala le canon du revolver dans sa paume et flanqua à nouveau la crosse contre le nez du petit homme d'un geste plus violent que jamais. Ce coup porté à son visage déjà amoché lui arracha un gémissement déchirant, qui attira l'attention de Binoclard et de l'informateur restés dans le couloir. Lorsqu'ils ouvrirent la porte, Sally tira dans l'épaule de l'un puis dans le genou de l'autre pour se dégager le passage. Au sol, les deux hommes crispèrent leurs mains sur leurs blessures, laissant à Sally le temps de s'échapper à toutes jambes de la planque.

Une fois dans la rue, Sally suivit le chemin des ruelles éclairées, dans l'espoir de trouver le lieu de rendez-vous dont ses agresseurs avaient parlé plus tôt. Les quelques indices qu'elle avait pu entendre lui permirent de retrouver la trace du fameux Léon sans trop de difficulté – de toute façon il était bien moins difficile pour elle de se repérer dans Anathorey que dans le dédale Nordkien qu'elle avait arpenté pendant près de deux Irs aux côtés de Cecil. Ce Léon se trouvait donc en retrait d'un carrefour faiblement éclairé par des lampadaires pâles, qui laissaient deviner plus loin sous des capes sombres les fameux guetteurs qui gênaient les activités des subordonnés du jeune Lord Alexandre. Il se demandait ce que fichaient ses collègues qu'il avait prévenus de ses difficultés quand il sentit le canon d'une arme se coller contre sa nuque.
- Tu bouges je tire, fit froidement Sally à voix basse alors qu'il tentait de se retourner. Mets les mains en l'air.
Léon s'exécuta docilement, soucieux de ne pas faire de grabuge avec toutes ces crapules qui se trouvaient dans le coin. Loin de se douter qu'il s'adressait à l'objet de la rançon, il tenta d'apaiser la situation.
- J'ai une simple affaire à régler dans le coin, dit-il avec autant de calme que possible. Une fois mon boulot fait, je me tire. Laisse-moi partir et il n'y aura pas d'histoire.
- Les histoires, comme tu dis, ont commencé dès que tes amis et toi m'avez emmenée dans ce trou pourri, répliqua Sally avec colère. Elle asséna à Léon un coup de pied derrière le genou afin de le déséquilibrer et le frappa subitement à l'arrière du crâne avec l'arme qu'elle avait volée. L'homme chuta au sol, inanimé. La blessure à la main gauche de Sally la rappela soudain à l'ordre et la dissuada d'avancer tout de suite. Le sang s'en écoulait continuellement, si bien que sa robe en fut tâchée par endroit. Elle n'eut cependant pas le choix et déchira un pan de celle-ci afin de se faire un pansement de fortune. Il faudrait raccommoder le tout avant de rendre ses affaires à Tatiana. Sally avança un peu dans une autre ruelle en rasant les murs, mais elle fut prise de vertiges qui la forcèrent à s'arrêter. La perte de sang ainsi que son évasion avaient dû la fatiguer.
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Chevalier Ailé (Ithilion)

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MessageSujet: Re: [Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)   Dim 5 Nov - 18:08

L 'impressionnante arme se volatilisa en un éclat de lumière pour retrouver sa place au sein de la bourse sans fond. Ithilion courut au travers du toit-terrasse,  prit appuie sur l'acrotère en béton et s'offrit à l'appel du vide qui déroula sous ses pieds. Les yeux grands ouverts, il regarda le sol s'approcher à toute vitesse, jusqu'à ce qu'il décide d'activer son dzêta. A un mètre au dessus de la terre ferme, la chute du chevalier se stoppa net, avant de se terminer en douceur lorsqu'il permit à nouveau à la gravité de regagner ses droits. Les objets aux alentours qui s'étaient élevés dans les airs l'espace d'une deux secondes retombèrent aussitôt sans trop de fracas. Ithilion avait déjà repris sa course  en direction de sa disciple qui ne se trouvait qu'à une cinquantaine de mètre de sa position. Cette dernière avait peu bougé depuis qu'elle était entrée dans son radar, de plus il avait senti une aura proche d'elle s'évanouir instantanément. Que c'était-il passé la bas ? 
En arrivant dans la rue en question, Ithilion aperçut immédiatement la silhouette de Sally rasant les murs à la manière d'un spectre. ll s'agissait d'une ruelle sombre et pas très large en arrière de deux bâtiments. A quelques pas de sa disciple, un vieux lampadaire éclairait fébrilement le sol proche d'une porte de service.

-Sally ! Bon sang tout va bien ?demanda le chevalier en se précipitant vers elle
Au premier coup d'oeil, Ithilion ne détecta pas de blessure à des points vitaux. Il remarqua cependant que sa main gauche pendait mollement au niveau de sa cuisse et autour de laquelle était enroulé un morceau de tissus qu'il reconnut comme étant un bout de sa robe de soirée. Un liquide poisseux s'égouttait au niveau de ses deuxièmes phalanges. Le regard vitreux de sa disciple se posa sur lui, elle avait dû perdre beaucoup de sang et se trouvait dans un état second. L'hémorragie devait être arrêté au plus vite.
-Assis toi ma grande, lui intima Ithilion d'une voix douce mais autoritaire, tout en l'aidant  à s'adosser contre le mur.
Il s'accroupit pour se mettre à hauteur. Tout d'abord, il devait savoir si la profondeur de l'entaille nécessitait un garrot. Ithilion s'apprêtait à défaire le bandage de fortune lorsqu'une voix beugla à l'autre bout de la rue.

-Je la vois les gars, par ici ! Y'a un nabot  près de lui !
L'individu fût très vite rejoint par deux comparses qui accoururent à son appel. Leurs respirations haletantes trahissaient leur course effrénée de toute évidence à la recherche de Sally. Un rictus mauvais déforma la bouche d'Ithilion lorsqu'il se rendit compte que les ravisseurs de sa protégée venait eux même de se jeter dans la gueule du loup. Il n'aurait même pas à fournir l'effort de partir à leur recherche.
A la vue de leur cible, les trois hommes, un costaud et deux plus chétifs, fondirent en sa direction de peur qu'elle ne leur échappe une nouvelle fois. La présence d'Ithilion ne valant guère plus qu'un vulgaire insecte. Tous sortirent un révolver de leur poche et le braquèrent vers l'ünik aux cheveux blancs.

-Dégage toi ! Dégage ou on tire ! Allez dégage !
La tension était palpable. A tel point qu'Ithilion sentit que l'un des doigts n'allait pas résister à la pression d'appuyer sur la gâchette. Lorsqu'ils traversèrent la flaque de lumière, le soldat découvrit deux visages ensanglantés et le troisième qui compressait son épaule de sa main libre. Face à la menace immédiate et critique, Ithilion ne réfléchit pas.  La perle bleu de son dzêta s'activa et la scène s'engouffra dans les ténèbres. Un voile sombre à l'intérieur duquel plus aucune lumière n'arrivait à percer.  Ni celle des étoiles pourtant nombreuses au-dessus de leurs tête, ni celle produite par l'éclairage publique. Une obscurité totale où il était impossible de discerner la moindre forme, pas même celle de sa main à seulement quelques centimètres de ses yeux.
Au bruit des pas martelant le pavé se substitua un concert de jurons  et de questions teintés d'un mélange d'incompréhension, de peur et de rage. Si cette cécité soudaine désorientait complètement les trois crapules, Ithilion quant à lui dans son élément arrivait à se repérer aisément grâce à son Dzêta. Une succession de sons mats retentirent, suivis par des râles ou des souffles coupés. Un coup de feu éclata, mais le bruit métallique de l'impact indiqua qu'il ne toucha personne.
Quelques secondes plus tard, la masse sombre se leva. La lumière jaune du lampadaire s'étala à nouveau sur le sol, découvrant les corps étalés des agresseurs. Deux étaient inconscients et un se tenait la gorge, la bouche grande ouverte comme si l'air peinait à entrer. Ithilion mit les armes hors de leur portée et retourna rapidement près de Sally.

Loin d'être un médecin, Ithilion connaissait néanmoins sur le bout des doigts comme tous les Chasseurs Ailés les actes de premiers secours en cas de blessures graves. Pendant qu'il s'affairait à faire un bandage digne de ce nom qui ralentirait plus efficacement la perte de sang, il ne s'arrêta pas de parler à son amie, la forçant à lui répondre que ce soit par un mot simple ou un geste. En soit l'entaille bien que profonde ne représentait pas un danger, mais il soupçonnait sa disciple être la responsable de l'état amoché de ses ravisseurs. L'énergie dépensée dans sa fuite ajoutée au stress du combat avait dû la fatiguer et la rendre plus vulnérable. Rien de préoccupant cependant, pour son plus grand soulagement.
Il se releva et demanda à Sally de garder les yeux ouverts, mais de ne pas bouger. Puis il se dirigea en direction de l'ünik avec les lunettes qui, assis contre le mur et saisi par de violentes toux rauques, semblait reprendre peu à peu ses esprits. Ithilion le saisit par le col sans ménagement et alla droit au but :

-Avez-vous des commanditaires et si oui, qui sont-ils ?
L'homme pouffa d'un rire qui laissa s'échapper de la salive à chaque commissure de ses lèvres.

-J'en sais rien, tu crois qu'on nous envoie un CV qu...
-Alors non. le coupa aussitôt Ithilion. Non, non, non non. Non non non non...Ecoute, ecoute moi. Ecoute moi bien.
La voix du chevalier était certes posée, mais il s'en dégageait une pointe d'hystérie qui dépeça aussitôt le reste d'assurance qu'il restait chez ce binoclard. Une sensation étrange s'activa en lui, comme si son instinct essayait de le mettre en garde contre cet homme à la chevelure blanche qui le tenait fermement. Pourtant d'apparence juvénile, il ressentit la désagréable sensation d'être pris entre les pattes d'un animal imprévisible.

-Vous ne devez votre salut uniquement du fait que j'ai deux questions à vous poser. A te poser. Deux questions simples. Et crois moi, ça été un très lourd effort de ne pas vous exterminer comme de la vermine, alors je t'avoue que je n'ai plus trop de patience et que j'obtiendrai ce que je veux quoi qu'il en coute. 
De sa main libre d'Ithilion attrapa l'une de celles de l'homme, la lui posa sur son genou. Ensuite, les doigts puissants pour leurs tailles du soldat se refermèrent sur son index avant d'exercer une petite pression vers le haut. Comme un test. Comme un avertissement. Le regard de l'ünik soumis à l'interrogatoire croisa l'implacable détermination de son bourreau. Son visage se décomposa.

-Il y a t'il un commanditaire et qui est-il ? répéta une dernière fois Ithilion en détachant froidement chaque mot.
-Je ne s...
L'horrifiant craquement provoqua un hurlement de douleur qui perça le ronronnement lointain et sourd de la vie nocturne d'Anathorey. Complètement insensible au traitement qu'il faisait subir, Ithilion attrapa machinalement le doigt suivant et se contenta de lâcher un ultime avertissement :

-Ecoute moi, tu n'as pas que 10 doigts aux mains et aux pieds, tu as bien plus d'articulation que ça et je ne suis pas pressé.
-Chapman ! Alexandre Chapman ! céda précipitamment sa victime qui se sentit de toute manière coincé et dont le coeur ne supporterait pas une deuxième vague de douleur si intense. Il signait ses lettres avec un pseudonyme, mais on a enquêté un peu car on aime savoir avec qui on a à faire.

-Tu en es certain ? Une preuve à me présenter ? demanda Ithilion qui n'en resterait pas de simples aveux sortis sous la contrainte. Il se méfiait de ce que ce genre de filou pouvait dire pour s'en sortir le plus indemne possible.

- Tu imagines bien que dans ce genre d'affaire, les employeurs font tout pour éviter qu'il y ait des traces. Attends !! ATTENDS !!
L'homme venait de sentir son majeur se soulever  pour rejoindre le même angle que formait anormalement son index, mais la pression s'arrêta net. Le souffle rapide, le binoclard prit deux secondes pour s'en remettre avant déballer rapidement ce qu'il avait à dire :

- Les billets. Généralement les billets, ils ne font pas attention et il y a des traces d'empreinte digitale ou d'ADN. Tu....tu pourras vérifier comme ça si tu veux. Je t'en supplie, je t'ai tout dit.
Ithilion libéra la main du supplicié et se redressa en se caressant pensivement le menton.

-Pas con ça... Merci je vais vérifier.
Le pied du chevalier fouetta l'air avant de percuter le visage du ravisseur. Ce dernier percuta violemment le sol et rejoignit ses collègues dans les limbes de l'inconscience.
Une nouvelle fois au près de Sally, le Chasseur Ailé lui raconta l'information qu'il venait d'extirper sans laisser la moindre place aux questions ou commentaires sur la méthode employée. Quand soudain, Alaryk et Ethan déboulèrent dans la rue, armes en mains. D'abord arrivés au sentier des pas perdus, ils avaient sans doute été alertés par le coup de feu ou les cris déchirants. En constatant la présence de leur ami et de Sally, ils se détendirent et s'approchèrent pour s'assurer que tout allait bien.
Après qu'Ithilion leur ait raconté à leur tour le déroulement des faits et de ce qu'il avait appris. Ethan se mit un peu à l'écart afin de demander au Q.G d'envoyer du renfort pour se saisir des membres du petit réseau criminel, toujours à terre.

-Je suis content que tu ailles pas trop mal petite ! déclara Alaryk en flattant doucement l'épaule de Sally à l'aide du battoir qui lui servait de main. Tu t'en es sortie comme une Chasseresse digne de ce nom !
-J'avoue que je suis content de voir que mes quelques cours aient réussi à faire quelquechose de toi. renchérit Ithilion qui retrouva son sens de l'humour ordinaire maintenant que sa disciple se trouvait hors de danger.
Ethan revint à ce moment la. D'après lui, il fallait agir rapidement tant que la fête n'était pas finie, si la famille Chapman était vraiment responsable. Il demanda à Sally si elle était capable de retrouver l'emplacement de la cache, afin de pouvoir analyser rapidement les billets. Alaryk fût désigner pour rester sur place le temps que l'on vienne embarquer les trois crapules. Le colosse ronchonna mais se dirigea vers les corps pour les rassembler  sans ménagement sur le côté.
En aidant sa disciple à se relever, Ithilion s'enquit quand même de son état :

-Tu vas pouvoir marcher jusqu'à la bas ? Sinon, je vais chercher la G-Bike et ensuite je t'emmène à l'hopital.
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[Quête] Le bal de Sybil (Pv Sally)

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