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Du bruit dans les bas fonds [pv. Kei]

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the storm surge (Yuris B.)

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MessageSujet: Du bruit dans les bas fonds [pv. Kei]   Mar 19 Sep - 21:57

La première fois qu'il avait mis les pieds dans ce bouge infâme, c'était parce que son boss de l'époque voulait faire la peau au propriétaire. Le bras de Yuris tenait l'arme censée faire un trou dans la tête du pauvre type quand l'intéressé, à peine effrayé, lui avait révélé des informations sur la bande dont le jeune Paria était le chien-chien. Des choses pas très belles à entendre, sur le rapport qui existait entre la jalousie du fils de son patron et la mort de sa jeune sœur. Ce salopard avait jubilé en voyant Yuris se dégonfler peu à peu, et reporter sa colère sur ces crapules qui l'avaient adopté (ou soumis). Si ces révélations avaient signé la fin de la collaboration de Yuris avec son ancien gang – et par là-même l'arrêt de mort de bien de ses membres – un nouveau partenariat était né ce jour-là, avec ce vieux propriétaire surnommé Sampson. Jamais Sampson n'avait révélé à Yuris son véritable nom, en revanche Yuris sut très rapidement qu'il pouvait toujours trouver chez Sampson l'information qui lui manquait. Ce tenancier de taverne et ancien escroc – à supposer qu'il ait vraiment raccroché – disposait d'un réseau vertigineux dont les yeux et les oreilles lui rapportaient toujours ce qui passait devant eux. Fouineur et curieux, Sampson avait vite compris que s'il voulait survivre dans les Ghettos de Nordkia, seul lieu du monde où le sol daignait supporter son existence, il devrait se trouver une occupation utile. Récolter les informations du monde clandestin et criminel de la cité en était une à ses yeux.
Dire combien de fois les tuyaux de Sampson avaient tiré Yuris d'une impasse pour ses nouvelles et délicates missions aurait été totalement impossible, tout comme il n'aurait pu dire à quand remontait la dernière déception que lui aurait causé ce vieux vicelard. Parfois les infos étaient ténues, ou tenaient plus de la bribe de rumeur que de la piste, mais elles s'avéraient toujours justes et aboutissaient toujours vers un résultat satisfaisant. A l'exception d'une fois. Une fois où la surprise fut de taille, pour un Yuris qui n'avait encore jamais été débouté dans ses demandes.
- C'est pas à défaut d'avoir demandé à mes larbins. Y z'ont remué ciel et terre, tu peux m'croire. Mais on a trouvé que dalle.
Sampson essuyait d'un air tranquille un verre ébréché à l'aide d'un torchon sale. Le regard noir de Yuris qu'il sentait glisser sur sa peau ne l'impressionnait pas.
- J'ai quand même du mal à te croire. On entend ces rumeurs jusque sur les Docks.
- Eh bien c'est rien de plus que ça : des rumeurs. On a essayé de creuser mais on n'en a rien tiré.
La main de Yuris se serra sur la pinte qu'il faisait semblant de siroter depuis le début de la conversation. Il toisa le vieux magouilleur qui s'affairait de l'autre côté du bar.
- Alors quoi, ce sont des racontars et on retourne se coucher ?
- Doucement microbe. A croire que des années de taf avec moi t'ont rien appris. Y a jamais de fumée sans feu, tu te rappelles ?
Les yeux jaunis de Sampson pesèrent en silence sur Yuris.
- On essaierait d'étouffer l'affaire ? fit le Paria d'un air sombre.
- Tu vois quand tu veux. Et ce quelqu'un et ses potes, s'il ne sont pas assez puissants pour empêcher les gens de jacasser, le sont suffisamment pour empêcher ces bruits de rues de dépasser le stade de la rumeur.
Sampson prit une profonde inspiration et se pencha vers son jeune interlocuteur pour lui parler sur le ton de la plus haute discrétion.
- T'en fais c'que tu veux, mais moi je pense que ton histoire pue le roussi. Des gens qui se font arrêter sans raison y en a, et qu'on les voit pas réapparaître c'est pas inhabituel. Mais que moi et mes gars on parvienne pas à savoir le fin mot d'une histoire banale comme celle-là, c'est pas normal.
Il n'était rien du genre que Sampson et son réseau ne puisse éclaircir. C'était un fait, et Yuris n'entendait pas débattre la question.
- M'est avis, reprit le vieil espion, que la populace qui disparaît n'est pas de ceux dont on aime entendre parler. Surtout les autorités.
Yuris tiqua. La tête que faisait Sampson était sans appel. Ceux dont personne ne veut entendre parler, qu'on traite encore plus durement que les Qantiks, qui n'avaient ni Dzêta ni pouvoir étrange sorti de cette monstrueuse forêt de l'autre bout du monde...
- Des types comme toi et moi, dit-il d'une voix blanche, en prenant soin d'éviter de nommer les Parias.
- C'est qu'une idée à moi. Mais c'est rare que mes intuitions me trompent et tu le sais.
- Mais si même toi tu ne peux pas en savoir plus, je vois pas comment on pourra tirer les choses au clair.
- Peut-être que si.
Sampson tira de sa poche la feuille d'un calepin sur laquelle il avait gribouillé une adresse que Yuris ne connaissait pas.
- Y a quelqu'un que j'ai pas contacté sur la question. Tu pourras rentrer en contact avec si tu déposes un p'tit mot d'amour à cette adresse. Pis t'auras qu'à croiser les doigts pour que y ait une suite.
- C'est qui ?
- Une fouine, comme moi, et à qui j'ai fait appel par le passé pour des affaires qui te concernent pas. En tout cas il est efficace, mais j'ai jamais eu le bonheur de le compter parmi mes valets. J'crois que ça l'intéresse pas.
Après avoir mémorisé l'adresse, Yuris brûla le papier que lui avait remis Sampson à l'aide de la chandelle rachitique qui éclairait leur échange. Le vieux remarqua qu'il avait sa tête des mauvais jours.
- Comment tu peux être sûr que ce type va réussir là où toi t'as échoué ?
- Qui sait, lâcha mollement Sampson. Tente le coup. C'est pas parce que je t'ai toujours satisfait que je suis infaillible, y a certainement des barrières que j'peux pas franchir. P't'être que ce gars-là réussira.
- P't'être que je vais changer d'informateur, répliqua Yuris en se levant.
- C'est ça, mon con. A la prochaine.
Sampson soupira quand Yuris fut sorti de son taudis. Ce gamin était dur en affaires.
La fameuse adresse menait à une sorte de boîte aux lettres désaffectée, qui devait certainement servir de réceptacle aux requêtes qu'on formulait à l'égard de ce type mystérieux. Pour éviter la moindre embrouille, Yuris emprunta le ton d'un ami qui cherchait à revoir une connaissance de son enfance et proposait un rendez-vous de retrouvailles dans un message presque touchant. Un esprit affûté saurait lire entre les lignes et comprendre qu'il s'agissait de tout sauf d'une affaire cordiale. Il déposa la missive et s'en retourna de son coté, en attendant que la date fatidique arrive. Le jour venu, il attendait au lieu de rendez-vous que son informateur providentiel pointe le bout de son nez. A supposer que sa requête l'aurait intéressé, bien entendu.
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Kei Hynawa

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MessageSujet: Re: Du bruit dans les bas fonds [pv. Kei]   Sam 23 Sep - 20:21


Encore une journée de terminé. Enfin. Il était plus que temps qu’elle se termine celle-là. J’avais déjà passé une sale nuit. J’avais oublié de m’acheter de quoi déjeuner la veille. J’étais donc parti au boulot sans rien dans le ventre. Je n’avais pas eu d’eau chaude pour ma douche matinale. Bref, j’étais de mauvais poil et la journée n’avait fait que commencer. S’il n’y avait eu que ça, ça aurait été mieux. Mais non. Tout c’était enchainé. Des gars qui bossaient avec moi m’avaient cherché des crasses. Parce que oui, on ne pouvait pas vraiment se piffrer. Les goûts, les couleurs et la compatibilité avec certains étaient un grand mystère. Enfin. Je les avais remis à leur place. Comme d’hab. Et bien sûr, il avait fallu que ça me retombe dessus. Bon. Il est vrai que je n’aurai peut-être pas du répliquer si durement avec le fils du boss. J’aurai du me contenir. Mais que voulez-vous. Je vous l’ai dit plus haut. J’étais de mauvaise humeur. J’avais l’intention de ne rien faire à la base. De laisser couler. En me disant qu’il finirait bien par se lasser. Mais non. Toute la journée, ils avaient été sur mon dos. N’importe qui aurait fini par craquer ! Et j’étais ce n’importe qui. Il n’empêche que ça m’avait fait du bien de me défouler sur ce fils à papa. J’irai pas jusqu’à dire que ça avait égayé ma journée. Mais presque. Même si le daron s’était pointé après pour ramasser sa progéniture et ses p’tits copains. J’en avais pris pour mon grade.  Néanmoins, c’était le dernier de mes soucis.

Il n’y avait pas que les collègues qui augmentaient peu à peu mon agacement. Ces chers clients adoraient en rajouter une bonne couche. A passer leur temps à geindre pour les uns ou à se la péter pour les autres. Mon aéronef est encore cassé. Toutes les nanas finissent dans mon lit avec ça. SI je m’écoutais, cela faisait longtemps que je les aurais remis un peu à leur place. Mais les clients étant rois… Je ne pouvais que me retenir. Encore. Et encore, ceux-là étaient les moins gênants. Le pire étant ceux qui s’énervent pour un rien. Parce que l’on ne va pas assez vite à leur goût. Ou bien parce qu’on salit leur petit bijou avec nos mains pleines de graisses et de crasses. Ceux-là me sortaient par les yeux. Mais là encore, le profil bas était de rigueur. Pour en rajouter une tartine, la bouffe du réfectoire de l’usine était immonde. A la limite de l’immangeable. Le chef de la boite était un vicelard. Un gars aussi malhonnête que les gens de la mafia. Il ne vivait que pour faire du pognon et pour son p’tit plaisir personnel. A ses yeux, les autres sont des moins que rien, bon qu’à faire le sale boulot.

Bref. Je commençais vraiment à en avoir marre de bosser là.

Heureusement que j’avais mon autre activité le soir et la nuit comme exutoire. Plus ou moins rentable mais beaucoup moins régulière. Plus risquée aussi. Néanmoins, j’aimais ça. J’étais mon propre chef. Je pouvais agir quand je voulais. Du moment qu’au final les résultats étaient là. En plus, ce n’était pas bien compliqué. Il suffisait de laisser traîner ses oreilles au bon endroit, au bon moment. Et de jouer au perroquet par la suite. Toute la subtilité était de ne pas se faire repérer. D’ailleurs, cela faisait un petit moment que personne n’avait demandé mes services. Cela ne signifiait pas que je ne faisais rien de mes soirées. Bien au contraire. Je veillais. Il fallait toujours se tenir informé. Toutes les informations étaient bonnes à prendre. A condition de savoir quoi en faire. Que ce soit de la petite broutille. De la mère de Mr X qui s’est trouvé un nouveau mari. Ou de Mr Z qui s’est fait choppé avec de la drogue sur lui. Ou bien des affaires à plus grandes échelles. Comme des gamins qui disparaissent sans laisser de trace. Ou des guerres de gangs qui se tramaient en coulisse. Et Mère Nature le savait, à Nordkia, ce n’était pas le genre d’histoire qui manquait. Tout ce qui me semblait important et ce dont je me savais incapable de retenir étaient notés dans des petits carnets. Des dizaines s’empilaient chez moi. Faudrait d’ailleurs que je pense à faire un tri parmi eux. Un jour. Peut-être.

Sans même m’en rendre compte, mes jambes m’avaient mené devant la boite aux lettres désaffectée. Là où les gens postent leur doléance. C’est par ce biais qu’ils prennent contact avec moi pour avoir leur info. Cela évitait d’avoir un contact direct avec eux. Et cela me permettait de garder un certain anonymat. Généralement, ils mettaient le mot avec ce qu’ils voulaient comme information à l’intérieur. Et dès que j’avais l’information qu’ils désiraient, je m’arrangeais pour leur transmettre. Discrètement. Dans l’ombre. Sans contact physique. Enfin, cela était valable pour les petites missions. Un mari jaloux. Une femme trompée. Ce genre de broutille. Pour les affaires plus importantes, là, le contact était inévitable. Néanmoins, dans ces cas-là, c’était rarement le commanditaire lui-même qui se pointait aux rendez-vous. Trop occupé, il préférait envoyer l’un de ses sous-fifres de confiance. Cette manière de faire m’allait parfaitement. Je n’avais pas vraiment envie d’avoir à faire aux gros poissons directement. Allais-je avoir une requête aujourd’hui ? Je sortis les clés de la boite aux lettres de ma poche et je l’ouvris. Surprise. Un petit mot n’attendait qu’une chose. Être lu. J’allais reprendre du service. Non pas pour mon plaisir personnel. Mais pour quelqu’un d’autre. Je rangeai le mot dans ma poche ainsi que les clés une fois le contenant à nouveau scellé. Autant faire durer le suspense.

J’étais assis à une table. Dans un bar. L’endroit où j’étais installé me permettait d’avoir une visu sur l’extérieur. J’avais aussi une vue dégagée sur ce qui se passait à l’intérieur. La place idéale. J’avais pris mes aises. Une bière à la main. Un stylo dans l’autre. Je griffonnais dans mon carnet les ragots qui parvenaient à mes oreilles. C’était presque devenu mécanique lorsque ma concentration n’était pas vraiment là. Les mots entraient par mes conduits auditifs et ma main bougeait toute seule pour retranscrire le tout. Cela pouvait paraitre effrayant à un individu extérieur mais le plus souvent, je passais pour un écrivain en transe et bourré d’inspiration. On pourrait croire cela pratique. Pas toujours. C’était tellement automatique que je devais souvent m’y prendre à deux fois pour comprendre ce que j’avais écrit. Je pris une gorgée de ma boisson. J’avais bien sûr lu le mot doux qu’on avait gentiment glissé dans ma boite aux lettres. Ton cordial. Presque amical. Un vieil ami voulant renouer le lien. Il n’y avait qu’une personne qui faisait ses requêtes sur ce ton-là. Un vieux brigand qui tenait un bar dans les ghettos. Cela faisait longtemps que j’avais pas fait de business avec lui. Par le passé, il m’avait demandé quelques coups de mains pour des affaires sensibles. Mais c’était de l’histoire ancienne. La conversation d’un groupe d’homme, un peu éméché, me sortit de mes pensées. Certains mots m’avaient fait tiqué.

- "T’as entendu la nouvelle ? Tu sais, les gars qui s’envolent dans la nature. Ils sont là puis la minute d’après. Pfiouf. Ils ont disparu sans laisser de trace."

- "Arrêtes de raconter tes histoires à dormir debout. T’as trop bu mon vieux."

- "Tu m’crois po ? Y parait même que c’est d’ces gens-là qui s’évanouissent. Tu sais eux. Y’aurait un moyen d’les chopper."

- "Fermes-là. Tu gueules trop fort."

Et la conversation repartit sur la boisson. Je retranscrivais ce qu’ils venaient de se dire. A l’écrit. Mais aussi, et surtout, dans ma mémoire. J’avais le sentiment que ça ne sentait vraiment pas bon. Je rangeais mes affaires. Terminai ma bière rapidement avant de me lever. Non sans jeter un œil sur les trois bonhommes. Retenir leur tête pourrait peut-être s’avérait utile. Si jamais je voulais en savoir plus.

Quelques jours passèrent depuis la réception de l’ordre de mission. La rencontre devait avoir lieu ce soir. N’aimant pas vraiment faire attendre, je m’étais pointé là-bas à l’avance. Peut-être même un peu trop. La nuit était tout juste en train de prendre le dessus sur le jour. Je m’étais adossé contre le mur à environ une vingtaine de mètre de l’allée principale. Je me fondais presque parfaitement dans le paysage. Vêtu tout de noir, capuche sur la tête pour cacher un peu ma tignasse blanche. Malgré tout, quelques mèches jouaient les rebelles et sortaient de la cachette. Le rendez-vous avait été donné dans une ruelle des ghettos perpendiculaire à la grande rue. J’entendais des brides de conversations de cette dernière mais ce n’était malheureusement pas clair. J’aurai préféré me poser dans un bar, autour d’un verre. C’était mieux. Plus conviviale et ça mettait en confiance les deux parties. Et surtout, je pouvais continuer ma veille informative. Alors que là… Le rendement était nul. Néanmoins, je connaissais mon client. Je me doutais que même dans une ruelle sombre, il n’y aurait pas d’entourloupe. L’heure approchait à grand pas et toujours personne à l’horizon. Jusqu’à ce qu’un gamin arrive. Enfin gamin… il devait pas être beaucoup plus âgé que moi. En tout cas, ses cheveux lui permettaient de se fondre parfaitement dans les ombres de la ruelle. L’exact opposé de moi.

- "Salut. C’est toi qu'le vieux envoie ? Y’a que lui qui formule des requêtes pareil."


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the storm surge (Yuris B.)

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MessageSujet: Re: Du bruit dans les bas fonds [pv. Kei]   Mer 1 Nov - 22:50

Et si le type ne montrait pas le bout de son nez ? Cette rengaine tournait dans la tête de Yuris, qui restait silencieusement appuyé dans l'ombre d'une maison qui faisait le coin de la rue. Faire confiance, c'était pas son truc. Même à une vieille taupe telle que Sampson, malgré les précédents services rendus. Depuis qu'il connaissait le sort que les autorités Üniks réservaient aux Parias, Yuris voyait tout le monde comme un ennemi potentiel. Sampson ne faisait pas exception à la règle, bien qu'il fut lui-même un Paria. Il ne dénoncerait certainement pas le jeune homme spontanément. Mais si le canon d'une arme était braqué sur sa tempe, rien ne garantissait que ce brigand garderait son sang froid... C'est ainsi que Yuris pensait au pire, en attendant la mystérieuse personne qui lui avait été recommandée.
Au bout d'une bonne demie heure, une silhouette légèrement courbée en avant parut devant lui. Son arrivée se fit furtive et discrète. Drapée dans des vêtements qui la fondait totalement dans l'ombre de la rue, seules quelques mèches claires comme la neige dépassaient de la capuche qui lui dissimulait le visage. Yuris comprit qu'il s'agissait du garçon dont Sampson lui avait parlé car l'intéressé se planta face à lui, et lui lança d'une voix sombre :
- Salut. C’est toi qu'le vieux envoie ? Y’a que lui qui formule des requêtes pareilles.
Le vieux. C'était un surnom simple et très générique, néanmoins c'était ainsi que Sampson se faisait appeler par tous les jeunes qui avaient un jour travaillé avec lui. Yuris se détendit un peu, plus enclin  à faire un pas vers son interlocuteur.
- Mieux vaut se faire discret, répondit-il d'une voix blanche.
Même si en l'occurrence, cette discrétion passait par un masque de frivolité imbécile. Il n'y avait effectivement que le vieux pour écrire un roman d'amitié pareil. Si cela n'avait tenu qu'à Yuris, la requête aurait tenu en une seule ligne. Mais cet informateur serait-il venu au rendez-vous ? L'écrit de Sampson avait au moins eu le mérite de le faire reconnaître par un ancien partenaire. Il serait plus facile d'entrer dans le vif du sujet de cette façon. Le vieux était excentrique, mais son génie pour la magouille forçait l'admiration.
- Ça te tente, un verre ?
Les deux rôdeurs entrèrent dans une petite taverne voisine de la grande-rue des Ghettos. C'était un petit établissement où l'on ne voyait la lumière du jour seulement quelques heures de la matinée. Le reste du temps, cette salle moisie et poussiéreuse était plongée dans l'obscurité. Quelques lampes à huile éclairaient faiblement les quelques tables bancales. Le personnel était composé d'un seul patron, qui était unijambiste et sourd comme un pot. On n'y croisait que peu de clients, car l'aspect disgracieux du maître des lieux répugnait même les hommes les plus crasseux des bas fonds de Nordkia. L'endroit rêvé pour parler des choses qui fâchent. Yuris s'assit à une table éloignée des deux autres clients présents, bien qu'ils soient profondément  assommés par les nombreuses pintes qu'ils avaient sifflées.
- Moi c'est Yuris, dit-il une fois l'encapuchonné aux cheveux blancs installé. C'est Sampson qui m'a parlé de toi. Il m'a dit que tu pourrais réussir là où il a échoué.
Le patron leur apporta en boitant deux verres à moitié vidés sur le trajet. Yuris attendit qu'il tourne le dos pour reprendre, malgré sa surdité. Cet estropié savait très bien lire sur les lèvres.
- J'enquête sur les rumeurs qu'on entend depuis quelques Dhenes. Celles qui mènent à rien.
Peut-être que ce type saurait de quoi il parlait. Sachant que les Docks elles-mêmes étaient au courant, ce n'était certainement pas sorcier pour un espion. Ou un super-détective. Quelle que fut sa profession, si Sampson l'avait recommandé c'est qu'il y avait de bonnes raisons.
- J'aimerais savoir pourquoi ces gens-là disparaissent. Qui les fait disparaître. Dans quel but. Et où finissent les victimes.
Son regard sombre sonda le visage encore caché de son interlocuteur.
- Est-ce que c'est dans tes cordes ?

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Kei Hynawa

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MessageSujet: Re: Du bruit dans les bas fonds [pv. Kei]   Sam 11 Nov - 20:18


La date du rendez-vous avec l’émetteur du mot doux était enfin arrivée. Je m’étais pointé sur les lieux un peu en avance. Je n’aimais pas être en retard. Ni faire attendre les autres. Je fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse disait-on. Je trouvais cet adage particulièrement vrai. Je faisais des efforts pour le garder en tête et le respecter. Le commissionnaire était déjà là. A première vue, il ne devait pas être beaucoup plus âgé que moi. Nous devions être plus ou moins dans la même tranche d’âge. Mais peut être cachait-il bien son jeu. Par contre, physiologiquement parlant, il était mon exact opposé. Cheveux et yeux sombres. Afin de m’assurer qu’il s’agissait bien de mon client, je lui avais demandé si c’était lui que le vieux envoyait. Parce que oui, il n’y avait qu’un seul individu parmi mes connaissances qui me contactait sous la forme d’une lettre remplie d’amour. Enfin. Chacun avait sa petite marque de fabrique et ce n’était pas plus mal. Je savais ainsi à qui j’avais affaire dès la lecture du petit mot. Et pis, comme le disait mon interlocuteur, il valait mieux être discret. Nous n’étions jamais trop prudents. Je m’étais attendu à ce que nous entrions dans le vif du sujet dans cette ruelle sombre mais non. Contre toute attente, le jeune homme me proposait un verre. Il aurait dû me donner rendez-vous dans un bar directement s’il avait prévu ça dès le début.

- "Avec plaisir. On sera mieux pour discuter."

Je suivis mon client qui, visiblement, savait déjà où il voulait se rendre. Son pas était aussi discret que le mien. Lui aussi devait travailler dans l’ombre. Voir peut-être dans des choses pas très nettes. Néanmoins, même si j’étais curieux, ce n’était ni l’endroit ni le moment de poser des questions. Et puis, entre nous, si je voulais savoir quelque chose, je le découvrirais par moi-même. C’était bien trop facile de demander les réponses directement à l’intéressé. Nous ne marchâmes pas très longtemps. Le brun m’avait guidé dans une petite taverne proche de la rue principale des ghettos. L’endroit ne donnait pas très envie de s’y arrêter pour boire un verre… Les vitres étaient tellement sales qu’on ne voyait même pas à travers. La porte d’entrée grinçait et n’invitait pas pénétrer dans les lieux. L’intérieur n’était pas beaucoup plus reluisant. Il faisait très sombre dans cette grande salle. Elle n’était éclairée que par quelques lampes à l’huile accrochées aux murs décrépis. Il y avait aussi une sale odeur de moisis mêlée d’humidité et de poussière. On parle des tables ? Les pauvres semblaient avoir du mal à tenir sur leurs quatre pieds. Le reste du mobilier n’était pas mieux lotis. Le brun parvient à nous trouver une table qui semblait un poil plus solide que les autres et nous nous y installâmes.

Une fois assis, je jetai un coup d’œil aux autres personnes présentes. Deux types installés plus loin avec chacun un verre d’alcool à la main. Et le tenancier. Un homme qui n’inspirait pas beaucoup la sympathie de par son physique ingrat. Vraiment très chouette cet endroit. Je n’y mettrais certainement plus les pieds. A moins d’y être obligé. Néanmoins, vu le peu de monde ici, il y avait peu de risque de tomber sur une oreille indiscrète. Et si mon client avait la crainte d’être écouté, c’est que l’affaire sur laquelle il voulait que je l’assiste était des plus sérieuses.  J’étais en train de sortir mon carnet ainsi que mon crayon lorsque l’homme en face de moi prit la parole. Il s’appelait donc Yuris. J’avais le sentiment d’avoir déjà entendu ce nom là quelque part. Sûrement sorti de la bouche d’un individu dont les paroles étaient tombées dans mon oreille attentive. Enfin. Ce n’était pas le sujet du jour. C’était bien le vieux filou qui lui avait parlé de moi mais vu la manière dont il en parlait, ce n’était pas lui directement qui l’envoyait. C’était donc une requête personnelle. A laquelle Sampson n’avait pas su répondre. Étonnant d’ailleurs. Vu le réseau qu’il avait sous la main, aucune information ne lui échappait. Je griffonnais rapidement sur le papier ce qu’avait déjà dit mon interlocuteur lorsque le propriétaire des lieux vint apporter à boire. Les verres qu’il posa sur la table étaient à moitié vide. Au moins, il n’y avait pas de risque de finir saoul comme les deux types plus loin. D’ailleurs, à combien étaient-ils ? Je chassai cette interrogation de mon esprit lorsque Yuris reprit la parole dès que le vieil homme eut tourné le dos :

"J'enquête sur les rumeurs qu'on entend depuis quelques Dhenes. Celles qui mènent à rien. J'aimerais savoir pourquoi ces gens-là disparaissent. Qui les fait disparaître. Dans quel but. Et où finissent les victimes. Est-ce que c'est dans tes cordes ?"

Je consignais tous ses mots dans mon carnet. Il devait sûrement me prendre pour un timbré ou pour quelqu’un qui ne l’écoutait pas vraiment. Et pourtant. J’étais des plus sérieux. On n’est jamais à l’abri d’une mémoire qui flanche ou d’un dzêta capable d’altérer les souvenirs. Rien n’était plus sûr qu’une trace laissée sur le papier. Toutes quêtes commençaient toujours par des rumeurs entendues par-ci par-là. Et toutes les rumeurs se basaient sur une vérité. Aussi petite soit-elle. Que le vieux n’ait rien trouvé là-dessus étaient étranges puisque les trois quarts, voire plus, des espions et informateurs étaient sous sa coupe. Et il n’avait trouvé que moi à recommander. Je ne savais pas trop comment le prendre. C’est vrai que j’avais su le dépanner par le passé mais là. Si aucune information ne voulait filtrer, je ne pourrais rien faire. Même avec tout le talent et la volonté du monde. Surtout que ce Yuris semblait être exigeant. Il savait exactement ce qu’il voulait comme résultat. J’aimais bien les clients de ce genre-là. Même si souvent, lorsqu’on leur disait que l’on n’avait rien, l’entente tournait à l’orage. Je tiquais un peu sur certains des mots qu’il avait employés. Ces gens-là. Disparaitre. J’avais entendu le même genre de phrase quelque jour auparavant dans un bar. Je farfouillais dans les pages plus anciennes de mon carnet alors que je sentais le regard insistant de mon interlocuteur. Il attendait une réponse à sa question. Ce n’est que lorsque j’eus enfin trouvé mes notes que je cherchais que je lui répondis en relevant la tête :

- "Je ne sais pas si c’est dans mes cordes ou pas. Tu me demandes quand même de trouver ce que tout un réseau a échoué à découvrir hien. Mais j’suis prêt à relever le défi. J’ai peut-être même déjà une piste à explorer."

Je fis glisser le carnet vers lui. Dans le bon sens et à la bonne page. Il n’arriverait peut-être pas à lire ce qui était marqué mais tant pis. C’était une preuve de la bonne foi. Et surtout, que je ne lui cacherais pas d’éléments sur les informations qu’il cherchait. Je le mettrais au courant de la moindre piste que je pourrais avoir.

- "J’ai pour habitude de recontacter mes clients au bout d’une p’tite dhene. Que j’ai de nouveaux éléments ou pas. Et selon ce que j’ai, généralement on avise ensemble sur la suite des évènements. Quant à la rémunération, j’réclame rien avant d’avoir trouvé toutes les informations demandées."

Je pris le verre que le vieux tavernier avait apporté et le porta à ma bouche. Je ne pus retenir une grimace. Dégueu. Horrible. Imbuvable. Je comprenais mieux pourquoi mon interlocuteur n’avait pas touché à la sienne. La boisson était à l’image du lieu dans lequel nous nous trouvions. Je n’étais pas prêt de remettre mes pieds ici. Alors que mon regard croisait celui plus sombre de Yuris, je réalisais que je ne m’étais toujours pas présenté. Boulet. Je fis tomber la capuche qui recouvrait encore mes cheveux.

- "Pardonnes mon impolitesse. Je m’appelle Kei et si ma manière de bosser te convient, je serai ravi de faire affaire avec toi, Yuris."

Je décochais un sourire sur la dernière phrase en tendant ma main vers lui.

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