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Coeur brûlé - Cecil [Solo]

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Jeune fille traquée (Sally S.)


RPG
Âge : 19 ans
Groupe: Discret
Inventaire: Poupée de chiffon

MessageSujet: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Ven 14 Aoû - 23:18

Quinze jours s'étaient écoulés depuis le braquage. Ce jour avait marqué pour Sally et Cecil un nouveau départ, pour une nouvelle vie sous de nouveaux noms. Le quartier général des Chasseurs ailés, le groupe de tireurs d'élite de l'armée Ünik, était devenu leur nouveau foyer. Ithilion qui les avait amené en ces lieux, aurait sans doute préféré n'avoir à présenter que Sally à ses collègues. Elle était sa disciple à présent et il lui fallait se faire une place parmi les chasseurs. Ce qui, Cecil le savait, ne serait pas chose très compliquée dans un milieu où beaucoup d'hommes fréquentaient rarement des femmes. Ithilion, pour une raison qui lui échappait totalement, s'était empressé de proposer à Sally de le suivre dans cette voie militaire, pour lui apprendre à devenir plus forte. Il avait bien une petite théorie personnelle, mais elle le dégoûtait tellement qu'il n'osait même pas y penser.

Cependant, on ne peut pas dire que la présence de Cecil au QG lui valait autant d'enthousiasme. Lors de cet événement à la banque, les deux hommes s'étaient découvert une aversion réciproque, et particulièrement sincère. Ithilion prenait Cecil pour un hautain et méprisant personnage, tandis que ce dernier n'éprouvait que de l'agacement en compagnie de celui qu'il appelait « idiot d'albinos ». L'envie d'utiliser son Dzêta sur ce petit insolent pour qu'il la boucle une bonne fois pour toute devait le ronger près de dix fois par jour depuis que Sally avait commencé ses entraînements. Lui, orgueilleux, avait catégoriquement refusé d'être formé au combat. L'idée de devoir obéir à ce minuscule Chevalier de pacotille lui donnait envie de vomir.

L'ultime condition à ce que l'on tolère sa présence chez les Chasseur étant qu'il devait se trouver un travail, Cecil fut tout de même contraint à entamer cette fierté qui était la sienne. Alors à défaut d'être un chasseur en formation, il était désormais le « majordome » du Chevalier Gwendilan. Il était censé s'occuper de bien des tâches : garde, manutention, administration, diplomatie, rapports et transmissions de messages, tout devait passer par Cecil. Cependant l'ex-noble n'en faisait bien entendu qu'à sa tête, et c'était bien grâce à la présence douce et apaisante de Sally qu'ils ne s'étaient pas encore entre-tués.
Quelle ironie... Lui, l'héritier d'un duc, était rétrogradé au rang de majordome. Un domestique. Un haut domestique certes mais un serviteur malgré tout. Malgré tout, cette condition lui permettait tout de même de pouvoir ouvrir la bouche et exprimer son avis lorsqu'il le souhaitait, ce qu'un élève ne pouvait faire devant son professeur.
* Enfin... De deux maux, il faut choisir le moindre * songea Cecil, en fixant le fond de la pinte de bière qu'il faisait gentiment tourner devant lui. Il leva le coude rapidement pour terminer le breuvage et reposa la choppe sur la table de bois sombre en poussant un gros soupir. Il jeta un regard circulaire autour de lui.

Le réfectoire était plutôt peuplé ce jour-là. Il s'était assis seul, dans un coin où il pourrait voir toute la salle d'un seul coup d'oeil. Cela ressemblait à une jolie taverne. De longues tables comportant des bancs étaient mises à la disposition des Chevaliers pour qu'ils viennent se ressourcer et manger ensemble. Un personnel de restauration et de service était tout spécialement affecté à l'endroit. C'était une vraie auberge trois étoiles, plutôt qu'un QG militaire... La foule du réfectoire n'était composée quasiment que d'hommes. Les seules femmes qu'il avait vu pour le moment étaient des serveuses et des secrétaires, loin des armes et des missions. Du moins s'il y avait des femmes parmi les chasseurs ailés, il ne les avait pas encore rencontré. Mais l'arrivée de Sally avait suscité bien des sourires et des regards intrigués, si bien que Cecil comprit qu'à l'évidence, ces braves jeunes héros coupés de la société normale n'étaient pas souvent confrontés à la gente féminine. De plus la jeune femme avait le profil parfait de la femmelette fragile à protéger. Du pain béni pour ces soldats, toujours prêts à défendre la veuve et l'orphelin tant que cela leur permettait de rouler des mécaniques.

Cecil remarqua que plus loin, assis à une autre table, trois Chevaliers discutaient à voix basse et regardaient furtivement dans sa direction en ricanant un peu. Quelques instants plus tard, ils se décidèrent à se lever, et filèrent dans sa direction, avec la ferme intention de s'asseoir à sa table. Le jeune homme vêtu de noir ferma les yeux et poussa un autre soupir. Que lui voudrait-on, cette fois-ci ?
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Sam 15 Aoû - 0:48

Les trois Chevaliers, vêtus de leurs tenues d'apparat, avançaient fiers et souriants dans le réfectoire. Comme Cecil l'avait prévu, ils vinrent s'asseoir près de lui. Il allait encore devoir faire la conversation à ces personnes qui ne l'intéressaient pas le moins du monde. Ceux-là, il ne leur avait jamais vraiment parlé. Peut-être un bonjour en passant, un bonsoir au retour... Rien de bien personnel.
« Bonjour, Fried' ! » lança le moins timide des trois. Ah, oui. Il avait presque oublié que Sally et lui  n'avaient pas été présentés aux chasseurs sous leurs vraies identités. Sally Sullivan était devenue Nancy, et lui Friedrich. Il s'agissait de son deuxième prénom, que jamais personne n'employait, mais les chasseurs eurent tôt fait de trouver un diminutif sympathique à ce nom un peu rêche. Fried, le majordome du Chevalier Gwendilan, voilà qui il était à présent. Quant à Nancy, elle était la petite ingénue qui se voyait enseigner les armes pour une raison mystérieuse et secrète. C'était là leur situation du moment.

Cecil rendit au Chevalier un sourire bref et nerveux. Cet homme qui venait de parler était une vraie tête à claque, avec ses grands yeux bleus et ses cheveux très blonds un peu dans le vent. On aurait dit une idole douteuse pour femmes nobles en mal de romance.
« Je suis Randall, et voici Harry et Nack. Cela ne te dérange pas que l'on se tutoie, n'est-ce pas ? Bien, tu ne nous connais certainement pas, mais nous, nous te connaissons. Les nouvelles recrues qui viennent d'arriver sont un peu les vedettes du quartier général après tout, haha ! »
Son sourire éclatant de blancheur semblait faux. Cecil se demanda ce que cet homme avait derrière la tête. Néanmoins fin menteur lui aussi, il adressa un visage ouvert et poli aux trois hommes et leur rendit leur salut. Nack commanda de nouvelles boissons, qu'il déclara offrir à ses camarades. Lorsqu'ils furent servis, ils trinquèrent et burent une gorgée de leur breuvage.
« Fried, on dit que tu es le majordome de Gwendilan. Est-ce que c'est vrai ? On entend de folles rumeurs à ton sujet, mais je suis curieux d'entendre la vérité ! Tu n'es pas un ancien adversaire qui a trouvé la voie de la lumière grâce à lui, si ? Ce serait d'un cliché ! Tu es bien son majordome ? »
Sérieusement, qui s'amusait à raconter des âneries pareilles ? L'Ünik en resta pantois.
« C'est exact... » concéda-t-il d'une voix feutrée. Les trois Chevaliers échangèrent des exclamations enthousiastes et envieuses.
« Décidément ce Gwendilan ne se prive vraiment de rien ! Vous pensez qu'on devra bientôt l'appeler ''monseigneur'' ou quelque chose dans le genre ? » Comme ses compagnons, Cecil feint de rire. Cela n'était pas amusant du tout. Oui. Il était majordome. Etait-il vraiment nécessaire de s'appesantir sur le sujet ? Il se sentait suffisamment idiot comme ça. Inutile de remuer le couteau dans la plaie. Cecil but une nouvelle gorgée de bière, espérant avaler son envie de meurtre avec l'amer goût du houblon.

La conversation poursuivit. Randall, Harry et Nack interrogèrent le jeune homme sur son passé avant son entrée chez les chasseurs. Cecil se fit un plaisir de leur raconter un mensonge élaboré plus finement que de la dentelle. Ses interlocuteurs crurent son récit comme des poissons gobeurs de mouche. Il avait beau monter cette histoire de toute pièce, jamais Cecil ne fit un seul faux pas. Tout était cohérent, du début à la fin, tout avait été mûrement réfléchi et pensé. Il avait même prévu des parades pour retomber sur ses pattes au cas où quelqu'un soupçonne quelque chose, ou s'il commettait une erreur. Mais il avait confiance en lui : il ne faisait pas ce genre d'erreur. Jamais. Quand les questions se firent plus rares et que les réponses furent connues, les Chevaliers semblèrent satisfaits de ce que leur curiosité fut comblée. Cecil n'était cependant pas dupe. On l'avait interrogé de la manière la plus bateau qu'il avait jamais vu. Ces trois-là voulaient s'attirer sa sympathie avant d'obtenir de lui quelque chose qu'ils désiraient et qu'ils ne pouvaient atteindre que par son intermédiaire.
« Eh bien, ton histoire est tout à fait fascinante ! » conclut Randall, entre deux gorgées de sa choppe. Cecil lui sourit. Crache le morceau, songeait-il, demande-moi donc ce qui te brûle les lèvres depuis une heure, et qui fait que tu m'écoutais à peine. Vas-y bellâtre, je suis tout ouïe.

« Sinon, je me demandais... Cette jeune femme avec qui tu es arrivé, l'autre jour. Diable, comment s'appelle-t-elle déjà ? »
Oh, pitié. Ce que tu mens mal, blondin.
«  Tu parles de Nancy ? demanda Cecil en feintant l'innocence.
- Oui, c'est exact. Nancy... Qui est-elle pour toi ? »
Banco. Je savais dès le début qu'on allait en venir là. Tu es prévisible comme la plupart des mortels, Chevalier.
« Enfin, je ne voudrais pas me mêler de votre vie privée. Comment dire cela... Est-ce que tu aurais un quelconque droit à faire valoir sur elle ? »
Quelle jolie formule. Tu te surpasses, félicitations.

Cecil pencha un peu la tête et répondit en souriant d'un air aimable :
« Non. Rien ne me lie à Nancy. ».
Les trois Chevaliers se regardèrent d'un air satisfait qu'ils eurent beaucoup de mal à dissimuler. Cecil sentait que quelque chose n'allait pas. Ils allaient pousser leur conversation encore un peu plus loin, ce n'était pas une bête histoire de séduction. Il serra doucement ses doigts autour de sa pinte presque vide. Cette bière était vraiment trop amère.
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Sam 15 Aoû - 16:33


Agacé par leur attitude, Cecil décida d'éclaircir ses idées.
« Pourquoi cette question ? »
Il n'était pas idiot, il pouvait tout à fait deviner la raison d'un tel interrogatoire, il n'y avait pas besoin d'être très brillant pour ce faire d'ailleurs. Mais il préférait qu'on lui dise les choses plutôt qu'on les glisse derrière un sourire, un battement de cil, ou une émotion. L'interprétation étant trop dangereuses, tout comme les non-dits. Il ne voulait pas de fourberie, il lui préférait une limpide transparence qui lui permettrait de lire dans ses interlocuteurs comme dans un livre ouvert.
« Oh, on voulait s'assurer de ne pas marcher sur tes plates bandes, répondit Randall en lui faisant un clin d’œil.
- Quelle charmante attention... » souffla Cecil, dans un demi-sourire. Cela fit rire les Chevaliers, heureux de constater que la voie était libre.

Harry se pencha un peu vers Cecil l'air goguenard, et lui demanda sur le ton de la confidence en prenant bien soin de s'assurer que personne mis à part eux quatre n'entende leur conversation :
« Je suis quand même un peu surpris. Tu as un peu côtoyé Nancy avant d'arriver ici et il ne s'est jamais rien passé entre vous ? »
Le jeune homme vêtu de noir se crispa. Il sentit que, dans le creux de son estomac, une petit boule acide commençait à rouler gentiment, en cercle. Ses dents se serrèrent tout comme sa gorge, il resta muet.
« Ne t'inquiète pas, tu peux nous parler librement, tu n'as rien à craindre. Nous serons muets comme des tombes !
- Voyons Harry, tu vois bien que ta question gêne Fried, fit remarquer Randall en riant un peu.
- Tu parles, c'est Gwendilan qui a dû le déranger ! répliqua Nack, tout aussi intéressé que Harry par la réponse de Cecil. Peut-être que ça n'aurait pas déplu à Fried' de se rapprocher de la petite Nancy ! »
L'intéressé ne disait rien. Son regard sombre naviguait froidement sur les visages de ses trois compagnons de table. Il aurait voulu activer son Dzêta et leur ordonner de disparaître hors de sa vue. Malheureusement il ne le pouvait pas, en raison de ce fichu contrat stupide qu'il avait signé avant de rentrer chez les chasseurs.
« Je peux comprendre qu'on soit tenté. C'est un sacré morceau..., ajouta Harry, en dessinant en l'air du bout des doigts les formes avantageuses de la jeune femme. J'ai rarement vu une fille comme ça, même parmi les nobles.
- Un morceau que notre cher Harry aimerait croquer à belles dents, pas vrai ? » lança Nack, en lui donnant un petit coup de poing dans l'épaule. Son ami fronça les sourcils et rit d'un air un peu timide. Cette jolie scène de complicité donnait la nausée à Cecil. Il se fichait de ce que ces hommes pensaient de Sally, mais envisager que chaque homme qui la croisait ne la voyait que comme une pièce de viande fraîche et appétissante n'était pas flatteur pour elle. Ces Chevaliers n'étaient que de vils animaux.

« Donc, il n'y a jamais eu le moindre rapprochement entre vous. C'est étonnant. Personnellement, même en sachant Gwendilan dans le coin, j'aurais tenté ma chance !
- Cela n'a rien à voir avec lui, daigna enfin répondre Cecil, qui ne supportait plus leurs inepties. Je ne suis pas intéressé par les femmes trop timides. Nancy est influençable et particulièrement maladroite. Autant s'occuper d'une enfant, vous pouvez me croire. ».
Les Chevaliers échangèrent un regard entendu. On s'en fichait pas mal, de ce qu'elle fut un peu gauche ou timorée. Il suffisait de la regarder pour comprendre. Il n'y avait pas besoin de parler quand il s'agissait de se glisser au cœur de draps intimes.
« Quoi qu'il en soit, es-tu rassuré, Harry ? » demanda Randall, en tapotant amicalement l'épaule de son partenaire. Harry acquiesça, et remercia Cecil d'avoir répondu à leurs questions. L'estimant de bonne compagnie, les trois hommes restèrent à sa table, et commandèrent à nouveau d'autres boissons pour poursuivre leur conversation sur un autre sujet.

Mais Cecil n'écoutait pas ce qu'ils racontaient. Il était perdu très loin au plus profond de son esprit, attiré par un écho sifflant qui résonnait froidement dans son cœur. Il fixait ses longs doigts posés sagement sur la table. Le visage sinistre, Cecil se laissa porter bien malgré lui par le fil de ses douloureux souvenirs... Des souvenirs qui l'assaillaient tous les jours, qu'il aurait voulu oublier, mais qui étaient gravés sur son cœur et son corps si profondément qu'il n'arrivait même plus à saigner tant ils lui faisaient mal.

Non. Cecil n'était pas du tout intéressé par les femmes timides. Il n'était pas intéressé par les femmes tout court. Cecil était homosexuel.


Dernière édition par Sally Sullivan le Mar 8 Déc - 17:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Dim 16 Aoû - 1:01


Son homosexualité n'était pas un trait de sa personnalité dont il se vantait. C'était même son plus grand secret, sa faiblesse ultime, le point de fragilité qui le briserait en un instant si on l'effleurait trop fort. Cecil avait appris que dans la haute société Ünik ce n'était pas quelque chose de bien vu. Être un garçon qui aimait les autres garçons était considéré comme un péché, une aberration. C'était sale et impur, comme une maladie qui vous colle à la peau, laquelle n'avait aucun symptôme, et qu'on ne pouvait que déplorer comme une fatalité une fois qu'elle s'est déclarée. Dès lors, le « malade » portait sur son visage cette tare qu'il avait secrètement couvée en lui. Comme marqué au fer rouge, tout le monde le regardait de travers et fuyait, de peur d'être contaminé ou pire, de devenir l'objet de convoitise du monstre. Il devenait alors un bouc émissaire, une personne dégoûtante et répugnante qu'il fallait éloigner des personnes « droites ».
Cecil avait lui aussi été estimé comme une engeance tordue et malsaine, et ce, par sa propre famille. Le jeune homme ferma les yeux. Peu à peu, les voix éclatantes et joyeuses des chasseurs du réfectoire devinrent lointaines, et de plus en plus floues, tout comme leur cadre et les personnes qui le peuplaient. Peu à peu, il revint dans le manoir de son enfance, dans ce foyer qu'il avait tant chéri quand il était petit garçon et qui était devenu le berceau de son cauchemar à son adolescence.

Bien des années plus tôt...


Le domaine du Duché Rosenwald était situé au nord d'Anathorey, près des Rivières Eraclea. L'immense manoir blanc sous le soleil éternel d'Urban City brillait comme un joyau clair au dessus  des quartiers urbains. D'immenses jardins aux immenses arbres et immenses allées habillaient joliment son extérieur. La famille du Duc du même nom y vivait depuis plus de dix générations. A cette époque, elle était composée d'Edmond de Rosenwald, le père de Cecil, Cyrielle de Rosenwald, sa mère, et Cecil qui était leur fils unique. La maison jouissait d'une réputation incomparable au sein de la pègre, à tel point que couple de ducs mettait un point d'honneur à être des modèles irréprochables pour les autres membres de la noblesse. Ils suivaient l'étiquette à la perfection, ne faisaient jamais le moindre faux pas, et maîtrisaient si habilement les codes de l’Élite que cela en était vertigineux.

Il va sans dire que l'éducation que reçut Cecil fut d'une qualité impeccable. Plusieurs précepteurs, tous experts dans leur domaine, venaient chaque jour lui donner des cours de nombreuses heures par jour. On pouvait tout à fait qualifier son instruction de remarquable. Il faisait partie des enfants les plus érudits du monde Ünik. Outre cet aspect exclusivement scolaire, il apprenait la danse, la vie en haute société, et prenait très grand soin d'être à l'image de ses parents : un noble absolument parfait. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Cecil était très épanoui dans ce cadre de vie. Jamais il ne s'était senti opprimé pendant son enfance. Il avait parfaitement assimilé le rôle qui devait être le sien et le jouait avec cœur et application. Son joli visage et ses manières dignes faisaient de lui un enfant apprécié des amis de ses parents. A l'âge de dix ans, il était si populaire que beaucoup de titrés de la capitale cherchaient à faire de leur fils un de ses amis, ou de leur fille une future fiancée.

Cecil était très entouré, mais parmi ces enfants, celui dont il était le plus proche se nommait Rainer Vanclieff. Il était le fils du comte du même nom, qui était un précieux partenaire en affaire d'Edmond Rosenwald, ainsi qu'un de ses meilleurs amis. Le Duc était un homme plutôt froid et calculateur, qui ne s'entourait que des gens qui lui étaient d'une certaine utilité en plus de lui jurer une allégeance éternelle, mais de rare personnes trouvaient par miracle grâce à ses yeux. C'était le cas du comte Vanclieff.
Rainer venait souvent voir Cecil au manoir de son père. Parfois, ils étudiaient ensemble et passaient de longues heures tous les deux dans la bibliothèque, à jouer à qui connaîtrait le mieux telle leçon. Ils pratiquaient également ensemble les sports des nobles, tels que l'équitation ou la chasse sur le domaine. Quand les deux familles sortaient de leurs domaines respectifs pour dîner dans un restaurant chic de la capitale, il n'était pas rare de les retrouver assis à la même table. En général, Cecil et Rainer rivalisaient de bonne conduite et d'éloquence, pour le plus grand plaisir des adultes. Ils étaient tous très fiers de leurs enfants, forgés comme des nobles à leur image, qui garantissaient un avenir brillant pour leurs noms.

A cette époque, Cecil était un garçon heureux. Mais lorsqu'il entra dans l'âge où l'on commençait à préparer l'avenir marital des héritiers, les choses commencèrent à se dégrader petit à petit. Une ombre noire aux ailes diaphanes et fourbes planait au dessus de lui comme une épée de Damoclès lui trancherait la tête dès qu'elle s’abattrait sur lui.
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Lun 17 Aoû - 1:16


Les parents de Cecil avait adopté une stratégie somme tout très répandue dans la haute société à cette époque pour lui faire rencontrer des jeunes filles. Ils organisaient des après-midi où l'on buvait le thé ensemble, avant de laisser un peu les jeunes gens vaquer à leurs occupations et se rapprocher en fonction de leurs affinités. Enfin des parents à l'écoute des sentiments de leurs enfants, dîtes-vous ? Au contraire. La sélection des familles pouvant présenter à Cecil leur candidate étaient très sévèrement faite avant d'envoyer les invitations. Les Rosenwald réfléchissaient à la future union comme se devaient de le faire tout noble digne de ce nom. Quel serait l'intérêt pour le domaine, qu'adviendrait-il des biens, cette jeune fille était-elle belle et cultivée, ses parents hauts placés et leur domaine un apport stratégique à la belle-famille ? Tous ces points étaient étudiés avec le plus grand soin.

On invitait toujours les familles séparément, pour éviter les tensions inutiles. Les Rosenwald n'abusaient pas de la position de force dans laquelle ils étaient, et prenaient garde à ce que leurs invités repartent de chez eux le soir venu avec le sentiment d'avoir passé une bonne journée quoi qu'il advienne. Cecil redoublait alors d'efforts pour jouer au petit duc parfait, au potentiel fiancé charmant et au futur gendre idéal. C'était cependant un peu fatigant pour lui de devoir prendre mille et une précautions pour ne pas froisser les dignes demoiselles qui lui faisaient l'honneur de s'offrir à lui en pâture – sur les bons souhaits de leurs parents.
Quelquefois Rainer et sa famille venaient au manoir Rosenwald pour ces mêmes rendez-vous. Cela donnait lieu à des réunions mondaines fort plaisantes pour tout le monde, sauf peut-être pour les familles prétendantes, un peu sous pression, qui jetaient souvent des regards intéressés aux adolescents qui s'éloignaient comme de jeunes amoureux un peu plus loin.

Comme pour le reste, Cecil jouait le jeu. Il appréciait discuter avec les jeunes filles qu'on lui présentait, et s'intéressait même à elles en leur posant des questions sur leur personne lorsqu'un blanc venait à s'installer dans leurs conversations. Leur compagnie lui était agréable et il entretenait de solides amitiés avec certaines. Cependant, cela n'allait jamais plus loin. Il discutait avec elles, les faisait rire parfois, mais lui ne semblait pas être particulièrement sensible à une seule d'entre elles. Il disait que toutes étaient finalement semblables : gentilles et douces, élevées comme d'excellentes ladies, mais son cœur ne vibrait pas. Comme cela ne faisait que quelques semaines que les rends-vous avaient commencé, les parents de Cecil ne s'affolèrent pas tout de suite. Ils faisaient confiance à leur intelligent fils : il saurait se décider au moment opportun. Ils le savaient, ils avaient une confiance absolue en lui.

Mais un jour, Cecil en eut assez. Ce n'était pas son genre de se rebiffer contre les décisions de ses parents, mais cette fois-là n'était pas la bonne. Le jeune noble n'était pas d'humeur, il ne voulait complimenter aucune lady ni faire des courbettes à ses parents. Il en avait marre de devoir jouer le rôle du fiancé qui faisait rêver. Alors quand les invités arrivèrent, il s'éclipsa rapidement dans les recoins les plus éloignés du manoir, dans ses cachettes que même les domestiques chargés de s'occuper de lui tout le jour durant ne connaissaient pas. C'étaient là les petits endroits secrets de Cecil, où il restait calmement en tête à tête avec lui-même. Il était ici, libre et indépendant, il vaquait à ses rêves et à ses pensées les plus intimes, qui provenaient du plus profond de son cœur, d'endroits en son esprit auxquels autrui n'avait jamais eu accès. Ces rares moment de solitude, Cecil les affectionnait tout particulièrement quand une journée à bien se tenir et à jouer le parfait petit noble l'avait trop fatigué. Bien sûr, s'il mettait du cœur et de l'application à être un bon héritier, il y avait des jours où parfois, le soir venant, il flanchait un peu. Comme tout le monde, il avait ses faiblesses. Alors il venait se ressourcer dans sa cachette, et il n'en ressortait qu'une fois soulagé et prêt à affronter le lendemain, la tête haute et le regard fier.

La seule personne qui connaissait ces endroits en dehors de son occupant était Rainer. Depuis longtemps devenu le plus précieux des amis de Cecil, il s'était un jour demandé où il avait disparu après un dîner. Il l'avait retrouvé totalement par hasard, dans ce placard sous l'escalier d'un fond de couloir, là où personne d'autre qu'un esprit ingénu aurait cherché le fils d'un Duc aussi rayonnait. Rainer s'était alors installé avec lui, et tous deux avaient partagé cet instant de secret où personne ne savait qu'ils étaient là. Ils avaient joué aux cartes, ou s'étaient raconté ce qu'on leur avait dit de ridicule pour les impressionner. Ils riaient toujours beaucoup. Les deux garçons étaient très complices, depuis leur plus tendre enfance, et rien de cela n'avait changé à l'adolescence. Ils étaient inséparables et se comprenaient mieux que quiconque, parfois d'un seul regard et sans dire un seul mot.

Ce jour-là donc, lorsque Cecil fut fatigué de toutes ces jeunes femmes, Rainer était présent lui aussi. Non mécontent d'avoir un prétexte pour s'éclipser à son tour - il fallait bien retrouver son ami – il se dirigea avec détermination dans la cachette où il était sûr de trouver son ami. Et il le trouva.


Dernière édition par Sally Sullivan le Jeu 4 Fév - 12:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Mer 19 Aoû - 17:32


Discrètement, Rainer se faufila dans le petit placard sous l'escalier, où Cecil était assis en tailleur. Il l'accueillit d'un air complice et malicieux, heureux de voir que son ami était venu le rejoindre.
« Je t'ai trouvé ! Tu ne t'échapperas jamais facilement tant que je serais dans les parages, tu sais ?
- Je m'avoue vaincu. Tu es fort, Rainer ! »
Se ressourcer seul n'était pas désagréable, mais comme le garçon partageait avec lui la corvée de devoir faire la conversation à ces demoiselles, il était ce jour-là ravi de pouvoir prendre du repos avec lui. Rainer vint s'asseoir près de Cecil, contre le mur sous lequel l'escalier descendait au plus bas, touchant presque le dessus de leurs jeunes crânes. Ils rirent un peu, trop heureux d'être les disparus du moment.
« Que font les adultes ? demanda Cecil, tout de même un peu soucieux du déroulement de la réception.
- Le ciel se couvre un peu. Une tempête de sable doit s’approcher. Ils hésitent à demander aux domestiques de faire rentrer les affaires pour le thé. Ils en débattent et visiblement, ça intéresse tout le monde. Ils ne devraient pas se rendre compte de notre absence avant un petit moment.
- Tu comptes rester ici jusqu'à ce que l'on nous trouve ? Je pensais que tu voudrais m'en extirper pour que ma famille ne perde pas la face devant nos invités.
- Haha, pas cette fois mon cher. Elle a beau être charmante, la fille du comte Aÿssem a une conversation très  limitée. Elle est toujours en train de me parler de ses robes !
- Tu n'es pas charitable, dit Cecil en lui faisant un clin d'œil. Les femmes nobles doivent prêter autant d'attention à leurs manières qu'à leur apparence. J'imagine qu'elle voulait être rassurée ».

Peu à peu, le silence s'installa entre les deux amis. Bientôt ils se turent et laissèrent les minutes s’égrainer, bercés par le tic-tac d’une horloge comtoise sur la porte à l’extérieur. Une petite cloche sonna dix-sept heures.
« Dis-moi Cecil… dit Rainer, l’air un peu gêné. Que penses-tu de toutes ces filles que nous rencontrons chaque semaine ?
- Je n’en pense rien, répondit-il mollement.
- Aucune d’entre elles ne te plait ?  
- Non. Pourquoi cela, tu as une préférence ?
- Non, je suis comme toi. »
De nouveau le silence coula entre les deux garçons. Il semblait plus pesant que le précédent, Cecil se sentait presque mal à l’aise. A côté de lui, Rainer s’amusait à faire, défaire et refaire ses lacets, comme s’il s’ennuyait terriblement. Cette situation n’était pas habituelle pour eux. D’ordinaire ils avaient toujours quelque chose à se dire, des histoires à se raconter. Ils n’étaient jamais comme là, silencieux à se tourner les pouces et à se demander s’il fallait discuter ou au contraire, continuer à se taire. Cecil observait machinalement l’exigu placard dans lequel ils étaient assis. Il faisait sombre, mais une toute petite applique sur le mur leur conférait suffisamment de lueur pour qu’ils voient leurs visages.

Le regard sombre de Cecil croisa les yeux verts de Rainer. Ses cheveux blonds semblaient foncés dans la pénombre, mais il savait qu’au soleil il était éblouissant de regarder son visage à cause de leur éclat doré. A se regarder dans le blanc de l’œil comme cela, ils se trouvèrent idiots. Cecil voulut dire quelque chose, mais un grand bruit sourd le fit sursauter.
« C’est le ciel du désert qui gronde, souffla son ami blondinet en regardant le plafond.
- La tempête arrive, j’imagine.
- Il faut croire.
- Tu as peur ?
- Non, pas du tout. Nous avons quatorze ans tout de même, nous n’avons plus l’âge de craindre le temps qu’il fait.
- Tu as raison… »
Rainer adressa un sourire à Cecil, qui le lui rendit volontiers. Le silence revint les hanter, mais cette fois, aucun des deux ne chercha à le combler ni l’écourter. Un vent fort soufflait autour du manoir, porteur de grains de sables ardents du désert en tempête. Il ne faisait pas froid dans le placard, mais les deux garçons se rapprochèrent un peu, de sorte que leurs épaules se touchent. La main de Cecil chercha celle de Rainer, qu’il serra doucement quand il l’eut atteinte, fébrile. Ils osèrent lever leurs regards. Dans celui de l’un on pouvait y lire de la concentration, dans celui de l’autre un peu de timidité, mais c’est dans chacun des deux que brillait l’envie.

Cecil sentait son cœur battre lourdement dans sa poitrine et contre ses tempes. Etrangement il se sentait bien. Ce bien-être qui l’envahissait et le réconfortait était le même que ressentait Rainer à son tour. C’est à l’unisson que leurs souffles se mêlèrent tandis que leurs visages s’approchaient lentement l’un de l’autre. Aucun des deux ne réfléchissait à ce qu’il faisait, leurs gestes étaient presque instinctifs.
Dans un frisson insondable et secret, au cœur de ce petit placard sombre sous un escalier, les deux garçons s’embrassèrent doucement. Cela ne dura qu’une ou deux secondes, peut-être plus. Mystifié par ce touché nouveau pour eux, Cecil recula soudain un peu. Il n’osa rien dire, ni regarder son ami.
« Ne crains rien. » murmura Rainer, bien moins timoré. Après quelques instants d’hésitation, le petit duc plongea son regard dans le sien, avant que Rainer ne s’empare à nouveau de lui. Cecil se détendit, et l’enlaça paisiblement. Au creux de leur étreinte, il lui sembla qu’il ne s’était jamais senti aussi bien.

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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Jeu 4 Fév - 12:24

Les deux garçons ne parlèrent jamais à qui que ce soit de ce qui était arrivé ce jour là dans leur cachette. Ils n'étaient pas honteux de leur attitude, mais ils étaient suffisamment malins pour comprendre que si leurs parents ne leur avaient jamais parlé de ce type de rapprochement entre personnes de même sexe, c'était parce que cela ne se faisait pas à Anathorey. Les jeunes nobles qu'ils étaient devaient entretenir leur image, et paraître en toute circonstance absolument impeccables, blancs de tout vice et toujours parfaits. Quand ils se voyaient, que ce soit dans le cadre de ces rendez-vous préparateurs d'avenir ou à d'autres occasions, Cecil et Rainer tâchaient donc toujours de trouver du temps pour se retirer loin de tous les regards afin de passer un moment rien que tous les deux, d'une fragile intimité. Ils revenaient ensuite se mêler aux autres, discrètement, sans un mot, comme si rien ne s'était passé.
Aux yeux de leurs parents, les garçons partageaient des moments de complicité comme deux amis avaient parfois besoin de s'isoler. Mais Cecil se demandait souvent s'il était honnête de mentir de la sorte aux adultes. Ces derniers ne réalisaient pas du tout que ces moments secrets passés avec Rainer n'étaient en rien de simples instants de complicité entre deux amis. Cependant lorsque Cecil émettait des doutes, Rainer le rassurait en lui affirmant qu'ils ne mentaient à personnes. Ils taisaient tout simplement quelque chose au fond de leurs cœurs, à l'abri d'yeux indiscrets des personnes étrangères à leur relation. C'était là leur petite boîte à secret, qu'ils n'ouvriraient jamais à personne, et dont leurs parents n'auraient pas le sésame.

Les premières semaines, leurs échanges se limitaient à de simples baisers ou à des échanges de main discrets. Mais mesure que le temps passait, ils se firent plus audacieux. Vinrent pu à peu les caresses, les vêtements qui tombent, les corps mêlés aux creux de draps silencieux. Cecil se sentait désarmé et faible sous le coup des assauts de Rainer. Son cœur s'emballait et tous ses membres se tendaient lorsque les doigts de son confident s'égaraient sur sa peau moite. Ces instants voluptueux lui offraient un sentiment de libération immense, comme si tous les maux qui pesaient sur son cœur à ces moments là s'envolaient en un battement de cil, en un profond soupire. Ses pupilles révulsées sous ses paupières closes tandis que sa nuque se détendait, il avait l'impression de s'échapper du monde rigide et gris de la cité blanche.
Le mutisme auxquels ils étaient réduits lorsque leurs lèvres s'unissaient se poursuivait lorsqu'ils sortaient des pièces vides où ils se retrouvaient pour leurs interludes amoureux. Devant leurs parents ils n'étaient toujours leurs parfaits héritiers. Même après qu'ils aient commencé à nouer ces liens plus intimes que jamais, les garçons avaient été fiancés à des jeunes femmes de la pègre – envers qui ils n'éprouvaient qu'une affection amicale. Parmi leur entourage, personne ne soupçonnait rien de leur énigme et ils savaient s'en montrer d'exemplaires gardiens. Discrets et furtifs comme des sentinelles, rien dans leur comportement lorsqu'ils étaient mêlés à d'autres personnes ne laissait à croire quoi que ce soit. Leurs excursions loin d'autrui passaient aux yeux de leurs pères pour des moments durant lesquels les deux jeunes héritiers assuraient la durabilité des liens amicaux entre les familles Rosenwald et Vanclieff – qui pourrait les blâmer de vouloir échanger d'homme à homme ?

Lorsqu'ils atteignirent l'âge de seize ans, les deux garçons vivaient leur relation secrète depuis bientôt deux années. Si Rainer parvenait sans problème à mener cette double vie depuis tout ce temps, Cecil commençait à montrer des signes de fatigue. Chacun savait qu'à Anathorey celui qui taisait ses petites affaires vivrait tranquillement sans rien avoir à craindre d'autrui, mais le poids du silence pesait toujours plus sur le cœur du garçon et depuis trop longtemps pour qu'il continuât à l'ignorer. Il en était arrivé à un tel point qu'il sentait que s'il gardait pour lui toutes ses pensées, il exploserait tôt ou tard et déverserait tout ce qu'il avait sur le cœur sans rien retenir jusqu'à ce que son corps en soit purgé. Mais en tout noble prudent qu'il était, il décida de s'entretenir à ce sujet avec Rainer dès qu'il en eut l'occasion.
Un soir, après un repas copieux en compagnie de dignes gens à qui ils devaient politesses et courbettes de nobles, ils s'éclipsèrent dans un coin du manoir Vanclieff tandis que les hommes terminaient leur cigare autour de la table et les femmes se rendaient au salon.
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MessageSujet: Re: Coeur brûlé - Cecil [Solo]   Dim 28 Aoû - 19:30


Tout était allé si vite ce soir-là que Cecil en avait le vertige rien que de se remémorer les événements. Il avait pris Rainer à part et avait tenté de lui parler. Il voulait lui dire que cette situation ne pouvait plus durer, qu'il étouffait, qu'il s'en voulait de mentir ainsi à sa famille, qu'il voulait vivre tel qu'il était sans plus jamais se cacher. Pourtant il ne savait pas quoi faire. Comment avouer tout cela à leur famille ? Comment vivre libre quand on était comme eux ? Cecil ne connaissait personne, aucun homme autre que Rainer qui n'ait de telles préférences. Même si les arguments en faveur du silence étaient nombreux, il ne pouvait s'empêcher d'avoir mal au cœur, d'être mal dans sa peau, ce qui le rendait malheureux. Il implora Rainer de réfléchir à tout cela également, lui qui semblait ne pas être ému par leur condition. N'éprouvait-il pas le besoin de vivre au grand jour ? Une vie de mensonge ainsi qu'un mariage factice avec une femme qu'il n'aimait pas ne le dérangeait-il pas ? En réponse à sa détresse profonde, Cecil n'eut comme réplique qu'un rire de la part de son compagnon.
« Ce que tu es bête de te faire autant de souci pour rien, lui avait dit Rainer en lui caressant la joue. Ce qui compte, c'est que l'on soit ensemble. Peu importe les circonstances, je pourrais vivre dans l'ombre jusqu'à ma mort si c'est le prix à payer »
Cecil n'eut pas le loisir de répondre, car son compagnon s'empara de lui avec un emportement et une force tels qu'il ne put que subir le baiser qu'il lui offrait. Jamais il ne l'avait encore embrassé de cette manière. Puissamment, passionnément. Il lui semblait perdre pieds et la raison au cœur de cette étreinte. Leurs souffles se mêlaient, ainsi que leurs doigts, leurs jambes et leurs désirs. Ils s'embrassaient avec tant d'ardeur qu'ils en oublièrent le monde autour d'eux. Un bruit de plateau qui se fracassa sur le sol les ramena brusquement à la réalité. En proie à un vif sursaut, ils tournèrent leur regard vers l'origine du vacarme. Un serviteur était là, à l'autre bout de la pièce. Tétanisé et blanc comme un linge, il posait un regard terrifié et dégoûté sur les deux jeunes hommes. Rainer voulut le rattraper, mais le valet s'était dépêché de tout ramasser, s'était excusé et s'était éclipsé en un clin d’œil.

Quand il eut fermé la porte, Cecil et Rainer demeurèrent interdits. Ils répétaient en boucle ce qu'il venait de se passer dans leur tête. Un immense sentiment de crainte s'empara rapidement d'eux : ils étaient perdus, ce serviteur allait les dénoncer. Que faire ? Que dire ? Ils convinrent après quelques minutes de panique de se séparer immédiatement, de faire comme si de rien n'était et de déclarer que le serviteur mentait si d'aventure cet événement venait à se faire savoir. Rainer quitta la pièce le premier. Cecil quant à lui rejoignit les hommes au salon après avoir patienté quelques instants, prétextant avoir été faire un tour à la bibliothèque avant de venir boire le café. Personne ne semblait se comporter de manière étrange parmi leurs proches, si bien qu'ils tâchèrent d'agir comme à l'accoutumée jusqu'à la fin de la soirée. Les Rosenwald repartirent chez eux heureux comme des rois d'avoir passé un si agréable dîner, et le Vanclieff allèrent se coucher sans se douter le moins du monde de l'événement qui s'était produit sous leur toit.

Par la suite, les deux jeunes hommes n'entendirent pas parler de cette affaire gênante dont ils étaient les acteurs, à tel point qu'elle sortit presque de leurs pensées. Leurs deux familles n'accusaient aucun changement dans leur attitude vis-à-vis des héritiers et les rencontres se déroulaient toujours aussi bien. Cependant Cecil et Rainer se montraient deux fois plus prudents lorsqu'ils s'entretenaient tous les deux. Leurs apartés ne se déroulaient plus dans les maisons de leurs deux familles, mais dans des dépendances où ils se rendaient seuls, sans même un seul serviteur pour s'occuper d'eux. Ils s'adonnaient alors à leur amour sans aucune retenue, avec une envie et un désir si brûlant qu'ils croyaient parfois s'être consumés tout entier. Cecil aimait Rainer, il l'aimait aussi fortement que naïvement. Il le désirait jusqu'au bout des doigts, il voulait le manger tout cru autant qu'il voulait le chérir et prendre soin de lui comme d'un trésor. Rainer répondait à ces sentiments avec une ferveur et une fougue peu communes. Ils vivaient une idylle intense, affamés de leurs chairs respectives et ivres d'affection l'un pour l'autre. Ils étaient heureux tous les deux, bien que cachés. C'était parfait. Mais comme chacun le sait, la perfection n'est qu'une illusion en ce bas monde.

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Coeur brûlé - Cecil [Solo]

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